LA NOURRITURE D'HERCULE
Tableau de la Galerie du comte de Stajford , Cleveland" House à Londres ^ peint sur bois.
Hauteur 3 pieds ii pouces, largeur 2 pieds 8 pouces,
Jules Romain , disciple cliérl de Raphaël , et son mei^ leur élevé , fut aussi Tun des plus grands peintres d'Italie. Occupé presque continuellement dans sa jeunesse , à peindre d'après les dessins de son illustre maître, il en adopta d'abord la manière , mais il ne la suivit qu'imparfaitement , parce qu'elle n'étoit point innée chez lui. Ce ne fut qu'après la mort de Raphaël qu'il s'abandonna a son propre génie, et eut un caractère véritablement à lui. Dès-loi\s , on lui reconnut un esprit vaste , élevé , érudit , ime tête éminemment poétique, une grande fécondité dans les idées, et surtout une fougue d'exécution prodigieuse. Mais le besoin de produire nuisit à la sagesse de plus d'une de ces compositions où , malgré l'immensité de leur cadre, son génie paroît encore avoir manqué d'espace.
Combien y remarque-t-on de pensées extraordinaires , extravagantes même , aussitôt fixées sur la toile que conçues , mais qui n'avoient besoin pour devenir sublimes que d'être modifiées par la réflexion. Jules R^omain a beaucoup étudié d'après l'antique, néanmoins son dessin, assez sévère , est souvent dur et manque de naïveté; ses figures de femme n'ont ni cette douceur, ni cette variété, ni cette grâce enchanteresse que son maître sut si bien imprimer aux siennes. Comme coloriste , il est aussi inférieur à R.aphaël. Ses demi teintes sont noires, ses chairs d'un rouge gui tire sur la brique. On lui reproche enfin,
de s'être rarement occupé de l'harmonie et de la juste dégradation de la lumière. Comment , nous dira-t-on, avec des défauts aussi remarquables^ Jules Romain a-t-il conservé son rang parmi les plus grands peintres? C'est que ses productions portent presque toujours l'empreinte de Toriginalité , d'un génie vaste et profond et que dans tous les temps^ les élans de son imagination brûlante , exciteront l'enthousiasme.
Dans son tal^leau de l'Education d'Hercule , l'artiste a représenté le fils d'Alcmëne et de Jupiter, élevé par les Nymphes , quoiqu'il soit dit que sa mère le nourrit ellemême. A l'expression de la Nymphe qui donne le sein au jeune dieu , on devine aisément que son nourrisson est déjà d'une force surnaturelle ; sans doute , Pallas le soutient sous les bras, pour rappeler qu'elle fut sa protectrice • Le paon tenant dans son bec une petite vipère , semble être là aussi pour rappeler les deux énormes serpens que Junon envoya vers son berceau, et qu'il étouffa, en badinant, dans chacune de ses mains. Enfin le paysage €t les arbres chargés de pommes qu'on y remarque , semblent avoir quelques rapports avec le jardin des Hespérides dont Hercule fit la conquête.
Il faut convenir que , si telles furent les idées de Jules Romain , elles sont peu dignes de lui. Toutefois , ce tableau n'est point à dédaigner. On y retrouve la main du maître dans le dessin et la hardiesse de l'exécution. Il a été gravé par Delignon , pour la Galerie du Palais-Royal dont il a fait partie.