‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 49 sur 124 · LA VIERGE, JÉSUS, SAINT JOSEPH ET SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

LA VIERGE, JÉSUS, SAINT JOSEPH ET SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE

Tableau de la Galerie de V Ermitage^ peint sur bois.

Hauteur 2 pieds 8 pouces, largeur a pieds i pouce.

Ce tableau est un des plus beaux qui soient sortis Sa pinceau de Léonard de Vinci. Il faut croire qu'il en faisoit lui-même un cas particulier , puisque , contre sa coutume , il l'a signé des trois lettres D. L. V. On ne connoit qu'un autre exemple de ce cbifFre de Léonard , que nous oSre un tableau du cabinet de M. Sanvitali , à Parme.

Ce qui distingue éminemment les ouvrages de Léonard de Vinci , a dit un artiste recommandable par son talent , et par ses écrits sur la peinture, est un dessin savant, o II il cherche la beauté dans la nature même , sans la prendre dans les statues antiques : 11 s'est approché du goût des anciens sans les copier, mais en s'y prenant comme eux; et comme eux, il a tout à la fois la noblesse , la vérité , la grâce et l'énergie : terrible quand il peint les combats, il est rempli d'un charme céleste lorsqu'il offre des Anges et des Vierges.

L'idée qu'il s'étoit faite de toute la puissance de son art , l'a rendu difficile et long dans ses ouvrages ; j amais ils ne lui paroissolent assez terminés; jamais 11 ne pouvolt transporter sur la toile ce qui se présentoit à son âme. Il ne croyoit pas que la grandeur, la beauté des pensées, le dispensât de la beauté de l'exécution, et un de ses caractères distinctifs, est d'avoir réuni la chaleur de la composition et de l'expression, au fini extraordinaire des détails. C'est pour celte rdsoa que plusieurs de ses ouvrages.

n'ont point été terminés. Léonard tout vigoureux qu'il étoit, ne pouvoit supporter les efforts constans de son esprit , pour arriver à la perfection qu'il cherchoit. Une couleur trop également violette , est encore une des choses qui le distinguent. Mais comme elle est ménagée avec heaucoup d'art, elle a un aspect imposant, et quoique défectueuse, elle a trouvé des imitateurs.

Dans le tableau de l'Ermitage , il a représenté la Vierge assise , tenant sur ses genoux l'enfant Jésus. Plein de gaieté et de force , cet enfant clierche à découvrir le sein de sa mère; Saint Joseph debout à la droite du spectateur, sourit à l'enfant Jésus, avec une sorte d'affectation tout - à - fait originale et singulière dans un sujet sacré. Néanmoins, Saint Joseph n'en perd pas sa dignité. Du coté opposé, est Sainte Catherine d'Alexandrie , tenant un livre et une palme. On aperçoit devant elle la roue armée d'ongles de fer, instrument de son martyre. On prétend que cette figure est le portrait de la bellesœur de Léon X. pour qui ce tableau fut fait.

Ce tableau a appartenu aux ducs de Mantoue. Il disparut de leur palais lors du pillage de cette ville par les troupes allemandes. On le croyoit anéanti depuis long-temps , iorsqu'en iJJJ y on vint FoiFrir à l'abbé Salvadori, secrétaire du comte de Fermiaoe. Cet abbé craignant que le comte ne voulut l'acheter , tint son tableau caché et ne le laissa voir qii'à quelcpes amis discrets , parmi lesquels on compte M., de Pa grave, célèbre amateur. A la mo. t de l'a])bé Salvadori, ses héritiers emportèrent ce chef-d'œuvre à Moris, bourg du Trentin , et ce fut là que les a gens de Catherine II le découvrirent et l'achetèrent à grand prix, il n'a point été gravée

moïse exposé sur les eaux.

Tableau de la Galerie de F Ermitage ^ peint sur toile.

Hauteur 6 pieds 7 pouces 8 lignes, largeur 4 pieds 4 pouces.

L'histoire juive rapporte qu'après la mort de Joseph, qui avoit appelé près de lui son père Jacob et ses onze frères , le peuple d'Israël se multiplia tellement en Egypte, que Pharaon fut jaloux de sa prospérité. Afin d'empêcher qu'il ne devînt plus puissant, il l'opprima, le surchargea de travaux pénibles , et poussa la barbarie jusqu'à ordonner aux sages-femmes de faire mourir tous les enfans mâles qui naîtroient des Hébreux. Cet ordre , secret, n'ayant pas produit l'effet désiré, le roi fit proclamer un édit par lequel tous les enfans mâles de cette nation, dévoient être jetés dans le Nil au moment de leur naissance.

Malgré cet ordre cruel, Jochabed, épouse d'Amram, de la tribu de Lévi , cachoit son fils depuis trois mois ; mais forcée enfin d'obéir, elle fit un berceau avec des joncs enlacés , qu'elle eut soin d'enduire de poix et de bitume , elle y plaça son malheureux enfant , l'exposa sur les bords du Nil , parmi les roseaux , et ordonna à sa fille de se tenir près de là , pour veiller sur le sort de son frère. La fille de Pharaon se promenant avec ses compagnes sur le Ix^rd du fleuve, aperçut le jeune Israélite, en eut pitié, se le fit apporter, et l'adopta. Dans la suite , cet enfant à qui l'on donna le nom de Moïse, fut le libérateur des Hébreux.

Le moment choisi par Le Sueur est celui où la malheureuse Jochabed vient de placer sur l'eau le frêle esquif

qui doit préserver son fils d'une mort qu'elle croît inévitable. Celui-ci crie , pleure , et tend vers sa mère ses petits bras supplians. Sur un plan plus éloigné , on voit la sœur du jeune Moïse qui suit le cours du 'Nil , pour observer ce que va devenir l'objet de ses alarmes. Sa démarche , son regard , toute sa personne , enfin , porte l'empreinte du sentiment dont son coeur est affecté. Mais cette figure, malgré sa perfection, est néanmoins subordonnée à celle de Jochabed, qui attire tous les regards. Le Sueur , sans altérer la beauté et la noblesse des traits de cette mère éplorée , lui a donné l'expression la plus vive et la plus vraie. Ainsi, il n'est pas une seule partie de ce tableau où l'on ne retrouve des marques de cette exquise sensibilité qui fut une des qualités de l'artiste que les François se plaisent à nommer leur Raphaël.

Ce tableau n^est pas seulement recommandable sous le rapport de l'expression et de la disposition de l'ensemble ; le coloris , partie de l'art que Le Sueur ne posséda pas à un degré éminent, ne manque ici ni d'éclat ni de force. Jochabed est drapée noblement. Un voile jaune foncé, dont elle relève une partie avec la main gauche , couvre sa tête, et redescend sur une tunique bleu clair, changeant en violet rose, qu'accompagne un manteau rouge. La sœur de Moïse est couverte d'une étoffe grisâtre.

Ce tableau, qui fit partie de la Collection d'Houghton, a été gravé en Angleterre, par Bernard Baron en 1720, %t Richard Read en i779'

LA MORT DE SAINT ETIENNE, dit le JEUNE. Tableau de la Galerie de V Ermitage , peint sur toile

Hauteur 8 pieds 9 pouces, largeur 8 pied» a pouces.

Saint Etienne y dit le Jeune y eut avec le martyr dont il portoit le nom la triste et glorieuse ressemblance de succomi3er sous les attaques d'hommes furieux ou soldés, et de périr sans jugement.

Ce Saint , dont le génie du B.aphaël françois a exhumé la gloire, étoitun moine Bythinien et vivoit au huitième siècle , sous le règne de Constantin Copronyme , Fmi de ces nombreux Césars qui déshonorèrent le trône de Bysance , si impolitiquement fondé par Constantin I. Copronyme, surnom luirlesque qui ne peut se traduire, étoit iconoclaste , ou ennemi des images, comme son père Léon. Il désira qu'Etienne le secondât -, le solitaire , attaché au culte reconnu comme orthodoxe, rejeta ses insinuations et brava ses menaces. Les soldats de Copronyme l'accablèrent de coups de pierres , et l'un d'eux lui fracassa la tête avec un levier.

Telles étoient les données que l'histoire fournissoit à Le Sueur. Que fit notre immortel artiste? llnepouvoit choisir le moment même du meurtre ; son âme y répugnoit : il avoit donc à choisir entre l'instant qui précéda et celui qui suivit. Son exquise sensibilité lui fît préférer ce dernier. Il avoit alors à représenter une scène de douleur pieuse ; une de ces scènes dans lesquelles, aucun artiste ne le surpassa jamais»

Dans sa composition , le crime est consommé j les bourreaux se sont éloignés. Des fidèles seuls environnent les restes mortels du martyr. Les deux sexes, la vieillesse et Fenfance se pressent autour de ces restes vénérés. Des femmes surtout , telles que Le Sueur les savoit peindre ^ des femmes , des mères, se livrent à l'excès de la douleur; tandis que des hommes , dans 1 âge mur, et des vieillards se disposent à rendre au Saint les derniers devoirs. Les femmes pleurent et prient, les hommes agissent ou se disposent a agir ; chacun garde le caractère que lui a donné l'auteur de la nature. Etoit-ce un calcul de la part de l'artiste ? non il a trouvé dans son âme ces contrastes , dont FeîFet étoit d'autant plus sûr qu'il ne Favoit pas laborieusement cherché.

Après avoir admiré ce qu'il y a d'excellent dans la partie poétique du tal^leau , nous devons de semblables éloges à la partie pittoresque. Cette figure du Saint , qu'un vieillard soulève par les pieds , est très-hardie et même neuve dans un des sujets le plus fréquemment traités. L'artiste, en la présentant sous cet aspect, a su éviter des raccourcis désagréables. Il n'a oublié ni le vêtement ecclésiastique, qui caractérise son principal personnage , ni Famas de pierres qui indique le genre de sa mort; et il a donné au Saint les formes de la jeunesse pour augmenter l'intérêt. E.emarquons enfin que dans cette composition de dix-neuf figures, il n'en est pas une seule qui ne prenne à Faction une part très-active. Le corps du Martyre est un centre vers lequel tout se dirige.

Ce tableau qui fit partie de la fameuse collection Hough" ton y a été gravé par F. A liamet.

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