LE REPOS EN EGYPTE
Tableau de la Galerie de V Ermitage , peint sur toile.
Hauteur 4 pieds i pouce 4 lignes , largeur 5 pieds 5 pouces 8 lignes.
Murillo est tlu nombre des artistes dont la y le offre des particularités propres à faire aimer leurs personnes autant que leurs ouvrages. Rien de plus intéressant, que de lire chez les ])iograplies de ce peintre, comment, âgé seulement de vingt-quatre ans, et résolu d'aller se perfectionner en Italie, il se procura, pour entreprendre ce voyage, les ressources indispensables dont il étoit entièrement dénué. Il achète une assez grande quantité de toiles, les partage en plusieurs morceaux, les imprime lui-même, puis il peint sur les uns, des passages mystiques et des fleurs sur les autres. C'étoit sans doute, rabaisser un talent déjà recommandable. Mais Murillo espéroit que, devenu une espèce d'ouvrier, il se procureroit ainsi, en peu de temps, l'argent que peut-être alors, son mérite comme peintre d'histoire, n'auroit pu lui faire trouver. Son ingénieuse idée eut tout le succès qu'elle méritoit : un marchand qui se disposoit à partir pour l'Amérique , lui acheta toute cette pacotille, et Murillo se mit incontinent en, voyage. Différentes circonstances voulurent qu'il n'allât pas plus loin que Madrid. Il y trouva Vélasquez , jouissant alors d'une grande réputation, et qui s'honora, en fournissant au jeune artiste les moyens d'étudier dans les Palais Royaux, les chefs-d'œuvres des plus grands-maîtres^ Destiné à se placer lui-même parmi les peintres du pr cimier rang , Murillo tira de ses travaux le parti le plus avantageux pour le perfectionnement de ses taleas; et
après un séjour de troî5 années dans la capitale de l'Espagne , ou il ne cessa d'étudier les ouvrages de Paul Véronèse , du Titien , de Ru}3ens et de Yandyck , il revint dans sa ville natale , où il jouit long-temps de la gloire que lui méritoit son talent.
Ce peintre^ comme la plupart des grands-maitres ^ eut trois manières différentes, qui se succédèrent à mesure que ses études constantes perfectionnèrent son talent. Dans ses premières productions , on remarque un pinceau fier et liardi, un dessin plus vrai que correct. Dans la suite, sa touche acquit plus de moelleux, ses carnations devinrent plus fraîches. Enfin , ses derniers et ses plus nomhreux tableaux sont mieux dessinés, la nature y est mieux choisie, et l'on y reconnoît un pinceau plus franc, plus vigoureux et plus ferme. C'est cette dernière manière qui lui valut en Espagne le titre glorieux de prince des coloristes, qu'il partage aujourd'hui dans le reste de l'Europe , où ses productions sont mieux connues, avec Titien et Ruhens. Ainsi que presque tous les coloristes, Murillo manque souvent de pureté dans son dessin , et ne connut pas la beauté des formes antiques; mais du moins la nature est rendue chez lui avec une naïveté channante.
Le Repos en Egypte que nous publions , possède les principaux caractères du sujet. L'Enfant Jésus endormi attire tous les regards et Marie charme par l'expression bien sentie de son amour maternel. Ce que nous venons de dire du style de Murillo, ne nous permet pas d'insister sur la physionomie commime des deux petits Anges. Tout ce qui tient au coloris ne mérite que des éloges. Le fond indique le climat ardent de l'Egypte , et concourt , par sa vigueur, à l'harmonie générale.
Ce tableau n'a point été gravé.