‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 52 sur 124 · AGAR RAIMENÉE VERS SARA PAR ABRAHAM · texte numérisé non relu

AGAR RAIMENÉE VERS SARA PAR ABRAHAM

Tableau de la Galerie de V Ermitage , peint sur toile.

Hauteur 6 pieds 5 pouces , largeur 5 pieds 8 pouces.

Nous l'avons déjà dit en d'autres termes y la manière de Piètre de Cortoiie séduira toujours , même ceux qui se croiront obligés de la critiquer, d'après l'austérité de leurs principes , parce qu'elle n'est jamais dénuée de grâce , et qu'elle annonce chez l'artiste une rare facilité. Quintilien caractérisoit ainsi Ovide , auquel toutefois Piètre de Gortone ne peut être entièrement comparé : « Il abonde en défauts agréables. »

La Genèse dit que Sara , épouse d'Abraham , se croyant frappée de stérilité, invita le patriarche à prendre pour seconde femme leur servante Agar. Celle-ci devenue enceinte, méprisa sa maîtresse. Sara, qui exerçoit sur son mari un très-grand ascendant, chassa, de son consentement , une importune rivale *, mais l'Ange de l'Eiernel apparoissant à Agar, lui conseilla de retourner vers sa maîtresse , et de s'humilier devant elle. Il lui prédit pour la consoler , que son fils seroit fort et courageux. Ce fils fut Ismaël , devenu depuis le compagnon de la détresse de sa mère , lorsqu'elle alla une seconde fois dans le désert, par oi^lre d'Abraham et de Sara, fière d'avoir enfanté Isaac.

Il est heureux pour Piètre de Gortone, qu'une tradition reçue depuis long-temps, fasse connoître son sujet. Autrement, on pourroit croire qu'il a voulu représenter qiîchpie événement arrivé dam des temps raodevne3rf

Il y a bîeii 5 à la vérité, quelque vague réminiscence du grand style dans le costume d' Abraham , mais les deux femmes nous reportent à plusieurs milliers d'années après levénement. Cette Sara, dont le caractère dût être un peu revêclie , est ici une jeune et jolie dame qui , assise avec assez de grâce , semble examiner la femme de chambre que son intendant vient lui présenter , et consentir à l'admettre à son service. Une description de ce tableau nous apprend que, dans cette figure, « on recon- » noît une maîtresse qui, satisfaite d'avoir montré qu'elle » pouvoit punir, pardonne avec complaisance. » Voici bien ce que l'on est convenu d'appeler des beautés de cornmentateur , €t nous nous ferions un véritable scrupule de nous exprimer de la même manière, pour deux raisons évidentes : l'une , que jaijiais Piètre de Cortone ne brilla dans l'expression , l'autre , que les plus grands-maîtres dans cette partie, n'auroient sans doute pas, plus que lui, songé à réaliser des nuances de sentiment tellement fugitives, qu'elles échapperont toujours au pouvoir de l'art.

Il est à peine nécessaire d'ajouter que le hangar et la draperie placés derrière Sara , blessent le costume autant que le reste de la composition. Il faut aussi admettre , puisque Piètre de Cortone l'a voulu ainsi , que l'enfant ailé qui voltige derrière Agar, est l'Ange de l'Eternel ; et ne pas voir en lui un petit amour. En résumé, onpeut appliquer à toutes les parties des tableaux de ce peintre agréable , ce que Taillasson dit seulement des expressions de ses têtes : c< Elles plaisent , quoiqu'elles ne soient pas tout-à-fait justes, et quelquefois, elles font oublier ce qui leur man€[ue. »

Ce tableau, qui vient de la galerie Houghton , a été gravé à Londres par /. B. MlcheL

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