LA VIEROX AU POISSON
Thbleau de la Galerie du roi d'Espagne y à Madrid , peint sur toile.
Hauteur ^ pieds 4 pouces , largeur 5 pieds 3 poucei,
Raphaël est de tous les peintres celui qui a le mieux réussi dans la représentation des figures de Vierges. Le Corrége même , son égal dans quelques sujets , ne sauroit pour ceux-ci lui être comparé. Ses Vierges, il est vrai, sont extrêmement gracieuses et respirent Finnocence et la pudeur virginale; mais à ces trois caractères, que Raphaël posséda à un degré plus éminent encore , il ne joignit pas, comme lui, cette suhîime décence, cette majesté surhumaine , enfin ce certain air de vénération pour un fils dont elles semblent reconnoître intimement la divinité. De la réunion de ces précieux caractères , qui produit une expression si prodigieuse qu'elle n'a pu être copiée , ni en peinture ni en gravure , nait ce respect le plus profond et cette admiration sans réserve , dont le spectateur le moins pieux ne peut se défendre à la vue des Vierges de l'illustre peintre d'Urbin -, sentiment que n'inspirent pas toujours celles du Corrége, qui n'offrent, le plus ordinairement, que l'image d'une femme charjnante badinant avec son enfant.
La Vierge au poisson, ainsi nommée à cause du jeune Tobie qui vient lui faire hommage du poisson dont le fiel rendit miraculeusement la vue à son père , réunit toutes les beautés que Raphaël savoit si bien imprimer à ces sortes de figures. Celle de Jésus est d'une naïveté charmante.
Le mouvement qu'elle fait pour premlre la main du fils de Toble y qu'un ange lui présente , est d'un naturel et d'une grâce Inimitables et la figure de Fange est aussi belle que toutes celles qui sont sorties du pinceau de Raphaël, c'est dire qu'elle est parfaite. Saint Jérôme , que caractérise le lion qui est à ses pieds , a infiniment de noblesse ; enfin , le jeune Toble offre toute la vérité d'un portrait. Peut-être est-ce celui du fils du particulier qui commanda ce singulier sujet^ et à qui l'on doit en attribuer l'idée bizarre.
Ce taljleau que Raphaël peignit pour l'église de Saint Dominique à Naples , s'est vu long-temps à Saint Laurent de l'Escurial. Il est du nombre de ceux qui , après avoir été bien rentoilés et restaurés à Paris ^ ont été renvoyés à Madrid en 1818. Il a été gravé en 1782 par Fernando Selma y célèbre artiste espagnol, et, depuis peu, à Paris sous la direction de Chatillon, Ces deux estampes diffèrent essentiellement de celle de Marc-Antoine représentant le même sujet. Cette dernière paroît avoir été exécutée plutôt d'après un dessin de Raphaël que d'après le tableau. Nous la citons comme étant de Marc-Antoine ^ parce qu'on la lui attribue assez généralement. Cependant Mariette y Barth et autres connolsseurs prétendent qu'elle est de Marc de Ravenne y son élève. Les épreuves avec le chiffre de Mare Antoine sont après la retouche, celles qui portent, de plus, Ant, Sal, exc. leur sont postérieures; enfin , il existe une copie assez médiocre de cette planche , dont les épreuves se reconnoissent à ce que les têtes de la Vierge, de Jésus et de Saint Jérôme, sont ornées d'auréoles. Elles portent également l'adresse A^Ant. SaL S. A. R. MoNsiEirR, possède une belle copie de ce tableau peinte sur porcelaine et exposée au salon de 1818 par Madame Jaquotot.