‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 55 sur 124 · LA VIERGE, L'ENFANT JÉSUS, SAINTE BARBE ET SAINT SIXTE · texte numérisé non relu

LA VIERGE, L'ENFANT JÉSUS, SAINTE BARBE ET SAINT SIXTE

Tableau de la Galerie de Dresde^ peint sur toile.

Hauteur g pieds 3 pouces, largeur 7 pieds.

Tout est réellement céleste clans cette composition. Les draperies qui caclioient aux regards même des })ienheureux , l'intérieur du céleste sanctuaire , se sont repliées à la venue de Marie , qui , pleine de grâces et de majesté , s'avance , tenant son divin fils entre ses bras , et foulant les nuages d'un pied léger. Des chœurs de Chérubins, qu'on entrevoit dans le fond du séjour sacré , lui forment une auréole éclatante de lumière ; sur le devant , deux jeunes Anges sont dans l'attitude de la méditation» Saint Sixte et Sainte Barbe se prosternent : celui-là est un vénérable pontife reconnoissable à la richesse de son costume; la Sainte, d'une beauté céleste , et dans la fleur de l'âge , laisse néanmoins à Marie l'incontestable supériorité qu'elle doit avoir..

Cette composition, originale dans un genre où, même du temps de R.aphaël , il étoit si difficile aux peintres de ne pas suivre les routes tracées , fut faite pour les bénédictins de Saint Sixte à Plaisance. Vasari la loue en peu de mots , mais avec énergie , comme un ouvrage extraordinaire. Ce témoignage est d'autant plus précieux^ qu'il vient de l'ami et de l'élève de Michel - Ange. Il prouve que les contemporains mêmes de Raphaël, surent rendre justice aux bonnes productions de son pinceau.

Ce taLIeau fut long-temps une des principales cause? qui attii'oieiit à Plaisance les amateurs cle Fart, voya-géant en Italie. Dans l'année 1754^ Auguste III ^ roi de Pologne et électeur de Saxe , en fit l'acquisition pour

;000 écus romains ^ ( près de 220^000 francs ) , selon l'écrivain qui a décrit les tableaux de la Galerie de Dresde. Le traducteur françois de Vasari dit : 22,000 écus ^ (environ 1 20^000 francs ) ^ cette somme seroit toujours considérable , et prouveroit la grande estime que l'on faisoit de ce chef-d'œuvre. 11 en existe ; ajoute ce traducteur, une belle copie, faite du temps de Raphaël. Peutêtre les propriétaires se déterminèrent - ils , par cette circonstance, à vendre l'originaL Ce fut là, pour le dire en passant, un îles plus mauvais calculs que jamais les Italiens aient pu faire. Peu à peu on les détermine par l'appât de l'or à renoncer aux chefs-d'ceuvres transportables qu'ils doivent à leurs grands maîtres. Ces hommes illustres n'ayant point eu de successeurs chez eux, la terre classique des beaux arts n'aura peut-être plus à montrer, dans un certain nombre d'années , que des fresques menacées par la main du temps d'une destruction inévitable. Que les Italiens y songent. L'événement qui leur a rendu, liien restaurés, bien rentoilés, tant d'excellens ouvrages, étoit jusqu'alors unique dans l'histoire de l'art, et ne se renouvelera probablement pas.

Quelque fut le mérite de ce tableau, il étoit naturel Cju'il éprouvât des critiques ; et la plus forte de toutes est venue de Winckelmann : <( Il n'est pas , a-t-il dit , de îa meilleure » manière de Raphaël , et quoique le dessin y fasse re- » connoitre sa main, le coloris en est mauvais. » Mais auparavant il avoit donné les plus magnifiques éloges t « Au mélange merveilleux d'une douce innocence et

5) d'une majesté célestes, exprimées sm^ la pliyslonomic » de la Vierge )^ il n'avoit pas cru possible de « rien » concevoir de plus grand, de plus noble que le contour » de cette figure admirable. » Enfin , il ayoit parlé des autres personnages avec le même entîiousiasme , à l'exception des deux petits anges sur lesquels il gardoit un silence absolu.

Nous avons cru devoir faire ce rapprochement pour ceux qui considèrent Winckelmann comme ime autorité. Quant à nous , même en mettant à part ces contradictions , qui oteroient toute importance à son opinion , nous avouons qu'il nous a toujours paru plutôt un érudit trësrecommandable qu'un observateur d'un goût sûr, principalement lorsqu'il cesse de parler des statues antiques. Les connoissances par lesqueUes on apprécie un bas-relief, une figure de marbre ou de bronze, sont loin de suffire pour juger un tableau de grand maître, et peser avec impartialité ses défauts et ses beautés.

Voici , nous osons le dire , l'exacte vérité sur cette composition de Raphaël : lorsqu'il l'exécuta , il avoit déjà rejeté ce que la manière de Pérugin , son maître , oSroit de mesquin; mais on ne s'aperçoit pas, à la figure de Saint Sixte , qu'il eût encore adopté pour ses personnages de vieillards le grand caractère des têtes de Michel- Ange ; ce qui sufîlroit pour démontrer qu'il peignit ce tableau vers le temps où il exécuta sa célèbre fresque dite l'Ecole d'Athènes. Cette tête de Saint Sixte paroît n'être qu'un portrait. Quant au coloris , si durement traité par Winckelmann , il est suave dans les deux têtes de femmes , et harmonieux dans les nuages. Seulement l'éclat du fond sur lequel se détache le groupe principal nuit à l'elTet général. Au reste, cette Madone peinte sur toile et noa

•îi?r bois y comme la plupart des autres tableaux à rhulîe de Raphaël, arriva en Saxe très-dégradée et a probablement souffert, soit dans ce pays, soit en Italie, des repeints de quelque artiste ignorant. Les petits anges, dontWinckelmann n'a rien dit , sont peut-être les deux plus belles figures de ce tableau; mais le savant antiquaire a sans doute pensé, comme Mengs, Cochin, et quelques autres, que Raphaël n'avoit pas su toujours exprimer la naïveté de cet âge. Une simple distinction suffit pour rétablir ici la vérité. Rapliaël, naturellement aussi porté au grand qu'au gracieux , a presque toujours fait de ses enfans des figures célestes. Ses enfans Jésus , ses anges , les amours mêmes de la Farnésine en offrent la preuve. Or, il n'est pas difficile de concevoir qu'en cela il a plutôt mérité des éloges que des critiques, puisque , laissant à d*autres une imitation plus exacte des formes communes , il s'est élevé à ce beau idéal, objet constant de ses études, qui le distinguera toujours, même des artistes placés comme lui au premier rang.

Ce tableau a trouvé un digne interprète du génie de Raphaël dans le graveur allemand Millier^ dont le burin pur et suave en a su conserver les principales beautés. Cette estampe, véritaMe chef-d'œuvre de l'art, est la dernière production de son auteur , qui mourut en 1 8 1 5 peu de temps après l'avoir terminée, victime d'une trop longue et trop pénible application. Les épreuves de cette planche se vendent aujourd'hui, dans le commerce, plus de 5oo fr. avant la lettre , et celles avec la lettre , vm prix propor-tionné à leur beauté.

Szanco'iù

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