‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 59 sur 124 · LE PORTEMENT DE CROIX · texte numérisé non relu

LE PORTEMENT DE CROIX

Tableau de la Collection du Roi d' Espagne , peint originairement sur bois, et transporté sur toile ^ en 1818.

g pieds ii pouces de haut sur y pieds 2 pouces de large.

Ce tableau, connu sous le nom de lo Spasiino di Sicilia, fut peint à Rome , pour le monastère des frères du mont Olivet à Palerme, dit Sainte Marie du Spasme. Il faillit être anéanti au sortir des mains de l'artiste. Le vaisseau qui le portoit à sa destination ayant fait naufrage , sans qu'on pût rien sauver de ce qui étoit dessus. Peu après il fut retrouvé dans la mer de Gènes, flottant sur les eaux et renfermé dans une caisse qui le préserva de tout dommage. La renommée bientôt publia la beauté et le mérite de ce chef-d'œuvre ; les moines de Palerme le réclamèrent , et, après avoir récompensé généreusement ceux qui l'avoient sauvé, le placèrent dans le lieu pour lequel il avoit été fait. Là, au dire deVasari, il étoit en plus grande réputation que le mont Etna. L'Espagne est redevable à Philippe IV de la possession de ce tableau. (]e fut lui qui détermina les frères du monastère de Sainte Marie du Spasme à le lui céder, moyennant une rente très-considérable .

On y voit Jésus succombant , pour la première fois, sous le poids de sa croix , à ce détour où un officier de justice le tira par la corde dont il étoit lié , pour l'obliger à hâter sa marche *, au moment où il dit aux saintes femmes : ^< Ne pleurez point sur moi , mais sur vous-mêmes et sur » vos propres enfans. » ( St. Luc , ch. XXIII, v. 28 à 3i ). La mère du Sauveur , à genoux et dans une attitude suppliante, implore la compassion de ceux qui maltraitent

SI inhumainement son fils ; mais ses exliortations et se^ larmes ne pouvant fléchir leur barharie , elle succombe à sa douleur. Saint Jean, la Madeleine, Marie, femme de Cléopas, et non Sainte Véronique, comme dit Vasari, s'empressent de la secourir et la soutiennent sous les bras. Derrière ce groupe , Marie , soeur de la mère de Jésus , est debout, et, les mains jointes, témoigne sa vive affliction. Que de noblesse et de majesté dans la figure de la Vierge ! Quelle sublime expression î Combien est grande et énergique la douleur de la Madeleine, et quel charme inexprimable dans la jeune femme, qui, ainsi que la ISIadeleine , prête ses secours à la Vierge La figure du dis ciple chéri de Dieu pouvoit-elle aussi avoir plus de beauté et de finesse ! Etoit-il possible de donner plus de variété aux physionomies de tous ces personnages, qu'un même sentiment anime, enfin, quel art n'a-t-il pas fallu pour conserver à la Vierge, au milieu de tant de perfections cette supériorité qui devoit distinguer la mère du Sauveur ! Mais il est un autre prodige que la vue seule du tableau peut expliquer. C'est celui par lequel Raphaël est parvenu à subordonner ce groupe merveilleux à la figure du Christ plus merveilleuse encore. On ne sauroit avec des paroles faire concevoir combien est belle cette figure, dont tous les traits respirent cette bonté et cette majesté que le peintre d'Urbin sut toujours imprimer à la figure de Dieu. Malgré ïa force de son expression , la tête du Christ conserve toute sa noblesse, et bien que toutes les parties essentielles des os et des muscles y soient indiquées avec une grande délicatesse, le grandiose des formes principales n'y perd rien. La main qui pose sur la pierre est admirable sous tous les rapports et la manière ingénieuse dont la manche est rajustée pour que cette main ne soit point cachée, mérite aussi d'être remarquée ; les plis semblent n'avoir fait qu'une demi-action ,

Page 1