LA SAMARITAINE
Tableau de la galerie de Milan, peint sur toile.
Environ 3 pieds 4 pouces de haut sur 6 pieds 3 pouces de large.
Le tableau dont on présente ici le trait , est une des trois peintures célèbres dont les sujets furent tirés de Tévangile , et que les Carracbes firent pour la galerie Sampieri.
Simplement vêtu , mais d'un aspect agréable , la figure expressive de la Samaritaine frappe d'aliord les yeux du spectateur. Elle occupe avec raison la place principale ^ et rappelle bien les circonstances qui ont précédé l'action. Elle se retourne vers le Sauveur avec un air à la fois gracieux, naturel, ei qui exprime l'admiration mêlée d'une sorte de crainte car Jésus vient de lui dire que l'homme qu'elle a épousé en secondes noces ne lui appartient pas entièrement. On entrevoit sur la physionomie de cette femme qu'elle soupçonne son interlocuteur d'être plus qu'un simple mortel. La figure du Christ a des formes larges et assez pleines ; son dessin tient à celui du Corrége. Jésus , en plaçant une de ses mains sur sa poitrine , et étendant l'autre , le doigt levé en l'air , semble prononcer ces paroles de l'évangile : (( Croyez-moi , femme , l'heure est arrivée , où ni sur cette montagne , ni dans Jérusalem ^ vous n'adorerez plus le Père éternel. )> La partie inférieure de cette figure laisse à désirer ; elle ne paroît pas eqi proportion avec la tête et le torse.
Les disciples de Jésus sont placés avec un tel art ^ qu'ik ne distraient pas l'attention du sujet principal. Ils parlent entre eux de la conduite que tient leur maître avec cette femme d'une réputation ass^ez douteuse. Leurs attitudes sont belles et convenables au sujet. Le peintre a très à propos introduit le jeune homme qui porte des alimens ^ car on lit dans le même évangile que les disciples avoient été à la ville pour s'en procurer , et qu'ils étoient revenus près de Jésus lorsqu'il s'entre tenoit avec la Samaritaine. Ainsi Annibal Carrache a satisfait tout à la fois à son art et à la tradition historique.
Les teintes du tableau sont suaves et harmonieuses ; le clair-obscur en est bien entendu ; le paysage a de la vérité , et la perspective y est bien observée. Il offre y parmi de riches accessoires , ce mont Garizim , sur lequel les Samaritains avoient coutume de prier. Baglioni a donc eu raison d'avancer que le talent de peindre les paysages fut originairement dû à Annibal Carrache, et que les artistes flamands ne furent que ses imitateurs.
Il existe plusieurs estampes d'après ce tableau. La plus ancienne et la plus exacte porte la date de 1610 j et Annibal Carrache inv. et sculp. , quoique eet artiste soit mort en 1609; une autre signée CarolusMarat 1649 , oflre quelques différences ainsi que celle exécutée par C/z. Slmonneau. Cette dernière , entièrement au burin , est d'une grande beauté.
.La MaiùJeû'ie