SAINT BASILE ET L'EMPEREUR VALEINS
Tableau de la Galerie de r Ermitage , peint sur toile.
Hauteur 4 pied* i pouro, largeur a pieds 6 pouces.
Pierre Subleyras, né à Uzës , et élève de Antoinf; Rivais, s'étoit déjà fait avantageusement connoître à Toulouse lorsqu'il vint à Paris. Il remporta en 1728 le premier prix de peinture, fit le voyage de Rome comm*^ |>ensionnaire du Roi^ et s'y fixa. 11 sut se faire une teîi<^ réputation dans celte capitale des arts, où les étrangers ne sont pas légèrement accueillis, que les princes , les cardinaux, le Pape même voulurent avoir leurs portraits de sa main. En 1739 il épousa Marie Félice Tibaidi, qui s'est fait un nom très-célèbre dans la miniature.
Le tableau dont nous donnons le trait est' la première pensée, ou une esquisse terminée d'un ouvrage d'une très- grande étendue que Suhleyras peignit pour Saint Pierre de Rome , et qu'il eut le bonlieur unique de voir exécuter en mosaïque, sous ses yeux. Il n'est pas indifférent d'observer que l'avantage de faire un tableau pour la première église de la clirétienté, fut toujours très- Irrigué, et que trois peintres fr an cois seulement, Poussin, Yalentin et Subleyras , ont triomphé des obstacles que leur opposoit la jalouse concurrence des artistes italiens.
Pour la place que ce tableau devoit occuper, il eût été difficile de choisir un sujet plus heureux. C'est un de ceux où l'ascendant des Ministres de la religion, sur les maîtres mêmes d'une partie de l'univers, se fait fortement apercevoir. L'empereur Valens , disent les historiens de l'église et de l'empire d'Orient, favorisa la sec le a laquelle
Arîus donna son nom^ et, selon l'usage des sectaires puissans , il employa plus d'une fois la force pour propager son opinion. Basile, évêque de Césarée, sut résister à ses dons et à ses menaces. Valens irrité , pour exciter une querelle qui motivât ses violences , entra inopinément dans l'église où le saint pontife oîïicioit, se fit précéder d'une offrande que, contre son espoir, on reçut comme celle d'un orthodoxe. Basile ne fut point ému de la présence de l'empereur ; mais celui-ci frappé de la pompe de la cérémonie autant que de la majesté du saint évéque, s'évanouit entre les bras de ses gardes.
Subleyras a retracé cet événement en artiste habile et en homme d'esprit. En tournant la figure de Fcvêque et celle de ses acolytes vers l'empereur , il a lié sa composition et bien expliqué son sujet. On s'accorde à louer l'air de dignité du ministre de l'autel et le recueillement de ses prêtres. La manière imposante dont les évêques grecs officient est également bien retracée , et l'art avec lequel Subleyras a surmonté la difficidté que lui présentoit cette réunion de vêtemens blancs, prouve qu'il possédoit un sentiment vrai de la couleur j mais la figure de Valens mérite plus d'un reproche : elle est contournée, maniérée et son expression manque de noblesse. Au reste, son évanouissement est bien exprimé sur son visage pâlissant y la lumière qui vient de la voûte éclairer la figure du saint pontife produit l'effet le plus heureux ; enfin , tout l'ensemble de ce tableau annonce un peintre habitué à triompher , dans l'exécution , de difficultés que de trèsgrands artistes n'ont pas toujours surmontées avec le même bonheur.
Dominique Cunego a gravé le taUcau de Saint Pierre 4e Rome.
Witter) ^eccf^ï/ y Cco(c ^ciiiticRiie^.
DIANE ET CALISTO.
Tableau de la Galerie du comte de Stafford y hôtel Cleveland, à Londres y peint sur toile.
Hauteur 5 pieds 11 pouces, largeur 6 pieds 4 pouces.
LafaLle qui a fourni le sujet de ce tableau est assez connue pour que nous nous dispensions d'en rappeler les principales circonstances. Diane , assise sous une tente formée par une draperie écarlate jetée sur des arbres observe Calisto que ses compagnes désliabillent. Déjà la mallieureuse nymphe ne peut plus cacher le témoin irrécusable de la perte de sa virginité y la Déesse lui adresse les plus durs reproches et lui fait pressentir que sa vengeance sera proportionnée à sa faute.
Quel sujet convenoit mieux au talent du Titien. Des femmes nues ; des étoffes riches et variées, du paysage, de l'eau, des animaux, enfin, tout ce que le pinceau merveilleux de ce peintre savoit rendre avec la plus étonnante vérité s'y trouve réuni. Aussi, sous le rapport du coloris^ ce tableau est-il un des plus remarquables. Mais c'est sans doute devant une semblable production , que Michel- Ange disoit du Titien : (( Si cet homme eut été aidé par l'art et » le dessin comme il l'est par la nature, surtout enlaco- » plant , personne n'eut pu le surpasser , tant à cause » de son génie supérieur, qu'à cause de sa manière » agréable et spirituelle, i) En effet, on est en droit ici de reprocher au Titien plusieurs incorrections de dessin, La figure de Calisto est dans , une attitude que la nature ne sauroit offw*, le bras de la nymphe, vuç
c!e clos , et qui s'appuie sur un carquois , est mal dessiné ; plusieurs figures paroissent aussi un peu longues- enfin ^ la dégradation des plans n'est peut - être pas suffisamment sentie. Ce dernier défaut , d'ailleurs peu sensible , ne peut être que l'effet du temps qui , en éteignant de certaines teintes , aura détruit cette harmonie générale que le Titien connut si bien et ne négligea jamais.
Ce tableau a pour pendant celui de Diane et Actéon , que possède également M. le comte de Stafford , et que nous publierons plus tard. Ils ont tous les^deux passé de la Collection de la reine de Suède dans celle du duc d'Orléans. Celui de Diane et Calisto a été gravé à l'eauforte par Duclos^ et terminé au burin par /. Aliamet , pour l'ouvrage intitulé Galerie du Palais-Royal. Le même a été porté à 4ooo fr. dans l'estimation qui a servi de base à la vente des deux cents quatre-vingts tableaux de l'école italienne que contenoit cette Galerie.