‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 62 sur 124 · LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE

Tableau de la Galerie de V Ermitage , -peint sur toile.

Hauteur 3 pieds 8 pouces 4 l>gnes, largeur 5 pieds i pouces g ligne».

Dans les arts d'imagination, ceux qui savent joindre à la grandeur des idées , robservation rigoureuse des règles établies, sont avec justice placés au premier rang; mais quand on ne peut approcher de la perfection , il vaut bien mieux joindre à des beautés réelles, des fautes même palpables , que de rester dans une désolante médiocrité. Les peintres ont, sous ce rapport, un avantage réel sur les poëtes ; on est moins rigoureux sur leurs défauts , lorsqu'ils les rachètent par d'heureuses inspira* tions , et cette Indulgence apparente n'est , au fond , qu'une véritable justice j car leur art doit vaincre de Lien plus grandes difficultés.

Telle est la raison qui fait accueillir et placer dans les plus fameuses Galeries , des tableaux ou les défauts sont compensés par un mérite supérieur sous quelques rapports, tandis que tout écrivain qui, dans des sujets graves, blesse les convenances, languit dans un oubli honteux , et ne parvient pas même à égaler la mince réputation des faiseurs de parodies et de travestissemens.

Ces observations s'appliquent naturellement au tableau du R.eniement de Saint Pierre, par Valentin. Le trait historique est trop connu, pour que nous songions à l'indiquer avec quelque étendue. Ceci posé : il n'est pas un spectateur de cette composition qui ne soit d'abord tenté de se récrier sur les fautes que le peintre a commises ;

comme par suite d'un dessein antérieurement formé. Ces soldats sont-ils des Juifs ou des Romains ? Non , ils ne représentent, par leur costume, que des guerriers contemporains de l'artiste et ceux des deux ou trois siècles précédens. Sur six personnages , trois sont occupés si complètement de leur jeu, que le sujet se partage en deux actions fort distinctes, dont Tune ne présente pas le plus léger intérêt.

Mais quand on a fait ces critiques faciles, il faut rendre justice au talent du peintre qui a su donner aux trois principales figures, des expressions \raies, et ce sentiment qui compense , ou fait même ou])lier les plus graves défauts. L'Apôtre qui commet une faute , dont la miséricorde divine pouvoit seule l'absoudre, semble^ par le mouvement de ses deux mains élevées , repousser en quelque sorte loin de lui le maître qu'il trahit. Même justesse dans le geste de la femme. Ce geste dit au soldat avec autant d'énergie que la parole même : c( Vous l'entendez ! il persiste dans sa coupable dénégation. »

Sous le rapport de l'exécution, ce tableau ne mérite guères que des éloges. Valentin, prévenu en faveur de la manière vigoureuse du Caravage, a presque égalé ici, comme dans ses autres productions, le pinceau à la fois moelleux et ferme de ce maître éminemment original. Grand coloriste , comme lui , il a aussi mérité la reproche d'avoir souvent cherché la vigueur aux dépens de la vérité, en rendant trop fortes les ombres de ses figures; mais ce défaut est bien moins répréhensible, lorsque, comme ici, la scène est dans un lieu fermé , et non en plein air.

Ce tableau, qui lit partie de la Collection du comte de Bruhl, a été gravé par Basan,

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