LA MADELAINE
Tableau de la galerie de M, Th. Hope , à Londres.
Hauteur 3 pieds 3 pouces, largeur 2 pieds 5 pouces et demi.
Louis Carraclie fut élève de Prosper Fontanaà Bologne , du Tintoret à Venise , et selon quelques auteurs , du Passignano à Florence. Plus âgé que ses deux cousins , Annibal et Augustin , il fut d'abord leur maître , et bientôt leur émule. Ce fut lui qui fonda cette célèbre Ecole de Bologne , dont Annibal devint ensuite le chef, et de laquelle sont sortis le Gnide , le Dominiquin , TAlbane , Spada 5 le Guercliin , Lanfranc ^ Cavedone , et beaucoup d'autres artistes célèbres qui contribuèrent, par leurs ouvrages, à la régénération de Fart singulièrement déchu du degré où Favoit élevé Raphaël , Léonard de Vinci , Michel-Ange , et autres grands maîti^s de Fépoque précédente.
Louis Carrache avoit étudié des ouvrages du Titien et de Paul Véronèse à Venise , d'André del Sarte à Florence , du Corrège à Parme , de Jules Romain à Mantoue. Mais on voit que ce fut la manière grande , noble et gracieuse du Corrège qu'il affectionna le plus.
La belle Madelaine , qui fait le sujet de cet article , en est une nouvelle preuve. Cette demi- figure est d'un grand goût de dessin ; la téte a infiniment d'expression ^ elle est touchée avec beaucoup de finesse et de légèreté , çt le paysage est digne du talent de Louis Carrache
clans cette partie de l'art; mais le clair-obscur en est foible , et il faut convenir que , sous ce rapport , tous les Carraclies sont restés loin du Corrège.
Ce tableau fît anciennement partie de la célèbre galerie des princes Giustiniani. On ignore à quelle époque il en fut extrait y et si ce fut du consentement du propriétaire : on sait du moins que M. Hope l'acheta à Rome en lygS, et qu'à cette époque , pour que le public ne s'aperçût pas de la disparition de cette belle peinture , on substitua une copie à l'original. Vers 1802 , cette copie étoit encore exposée aux regards des connoisseurs , qui ne furent pas dupes de la supercherie. Lorsque cette galerie fut exposée publiquement a Paris , en 1812 , avant de devenir la propriété du roi de Prusse , nous n'y avons pas revu plusieurs morceaux capitaux qui jadis en falsoient partie. De ce nombre est un très-beau tableau du Poussin, qui se voit présentement dans la galerie de Lucien Bonaparte. Il représente un épisode du massacre des Innocens. On peut en voir la gravure au trait dans l'œuvre du Poussin , publiée par C. P. Landon.
M. Hope possède le cuivre d'une estampe gravée à Ptomc d'après le tableau de la Madelaine , qui fait le sujet de cet article. Cette planche, qui lui fut livrée avec la peinture y n'étoit pas terminée ; un artiste italien y mit la dernière main, et la signa des deux lettres V. G. Cette estampe, médiocrement exécutée , n'a pas été livrée au commerce. La meilleure gravure de ce tableau est celle de AnkerSmith.