L'ADORATION DES BEP.GERS
Tableau de la galerie de Lucien Bonaparte , peint toile. Figures de moyenne grandeur.
sur
Ce pèinlre naquit à Bruxelles, et passa la plus grande partie de sa vie à Paris où il mourut : aussi les biographes sont-ils incertains s'ils doivent le placer dans l'Ecole Flamande ou dans l'Ecole Françoise. Peu importent ces classifications , lorsqu'un artiste a mérité d'être compté au nombre des maîtres habiles ; et tel fut Philippe de Champagne. Le sujet de cette composition ne pouvoit être mieux choisi , sous quelques rapports , par un peintre qui, possédant plusieurs parties importantes de l'art , manqua souvent d'élévation dans les pensées et dans le dessin. Des pâtres j des hommes d'une nature commune, dévoient être bien représentés par lui. Comme la plupart des peintres flamands il savoit rendre la nature avec une grande exactitude. Sa couleur est vraie , solide ; sa distribution des lumières et des ombres laisse peu de chose à désirer : mais on chercheroit vainement dans ses productions ce grand caractère , cet idéal qui corrige les défectuosités du modèle. Ainsi j dans ce tableau , le groupe des bergers n'offre rien de répréhensible. On ne peut même reprocher à la figure de Saint Joseph que de ne pas prendre une part assez directe à l'action ; mais la Vierge et l'Enfant Jésus ne sont pas tels qu'un artiste pénétré de son sujet les auroit représentés. La mère du Christ est à genoux près
du berceau de son Fils; cette attitude^ juste et vraie ^ étoît consacrée par l'exemple de la plupart des artistes du moyen âge et du beau temps de la peinture jen Italie ; mais elle suffit pour démontrer qiîe Cbampagne a eu tort de ne donner aucune expression déterminée à la figure de la mère du Sauveur. Accoutumé à rendre les modèles qu'il avolt sous les yeux , il s'est contenté de faire un simple portrait.
Ge suj'et a été traité plusieurs fols par Pbilippe de Champagne. L'autel de la Vierge, dans la atliédrale de Rouen, possède une composition préférable à celle-ci dans soii ensemble. Les groupes y sont mieux Ijalancés ; les deux figures principales y attirent plus Fattention du spectaterir; mais le mérite de l'exécution n'y est point supérieur. Eu général, on peut assimiler Philippe de Champagne à ces écrivains qui , sans s'élever très-haut , sont toujours sûrs de ne pas échouer , et obtiennent ce que l'on est convenu d'appeler un succès d'estime.
Ce dernier mot convient d'autant mieux, lorsque l'on parle de cet artiste, qu'il fat pendant toute sa vie un homme pieux , modeste , et de mœurs irréprochables. Il donna un jour de cette modestie une preuve qui mérite d'être conservée. Le cardinal ûe riiclicKeu lui fit proposer la place de premier peiLitre du roi; Champagne ne s'en crut pas digne et la refusa. « Tout ce que je demanderois à son éminence , répondit-il , ce seroit de devenir plus habile dans mon art que je ne le suis ; mais comme un pouvoir, même aussi grand que le sien, n'y parvlendroit pas , je me contente de demeurer son dévoué serviteur. )>
Les figures de ce tableau sont de moyenne grandeur. Il n'en existe qu'une mauvaise gravure à l'eau-forte , qui n'a pas même le mérite de l'exactitude : elle est signée J.MoriTh.
DESCENTE DE CROIX
Tableau de la Galerie de Floraiicc.
îîauteur 6 pieds 4 pouces , largeur y pieds 4 pouces et demi.
Louis Cardi dit le Clgoli ou Civoli , du nom d'un cliâteau en Toscane où il naquit, fut élève, selon Baglioni, d'Alexandre Allori , ou selon Lanzi , Baldinucci et autres , de Santi di Tito. Mais les leçons qu'il reçut de ses premiers maîtres , contribuèrent bien moins à lui procurer ce talent original qui lui valut une juste célébrité, que ses études d'après les chefs-d'œuvres de Michel- Ange , du Corrége, d'André del Sarte, du Pontorme et du Baroclie. Le Cigoli heureusement né , fut à la fois peintre , architecte , musicien, poète, sculpteur et graveur. Il est aussi auteur d'un traité de perspective , resté manuscrit , et que Ton conserve dans la bibliothèque de Florence. Ses plus beaux titres à la gloire, sont : le tableau de Saint Pierre , guérissant un boiteux à la porte du Temple , qu'il fit pour le basilique de Saint Pierre de Rome \ celui de VEcce homo {\), qu'il peignit en concurrence avec le Passignani et Michel -Ange de Caravage (2), concours
(1) Ce tableau qui, du palais Pitti fut apporte eu France, a été gravé dans les Annales du Musée, tome 8 , planche 2™«. Il est retourné à Florence.
(2) Et non pas avec le célèbre Michel-Ange et le Barochc, comme Fa avancé l'auteur du texte de la Galerie de Florence publié par Masquelier j car Cigoli n'avoit que six ans lorsque mourut Michel-Ange Buonarrotij et le Barocîie ne paroît point ?xvoir été du nombre des concurrens.
dans lequel 11 obtint l'avantage ; et la Descente de Croix qui fait le sujet de cet article. On y trouve un grand caractère de dessin , des extrémités bien rendues , une grande connoissance de l'anatomie ^ un pinceau large et moelleux , enfin ^ des airs de tètes nobles, expressifs et d'une vérité parfaite. On admire surtout dans ce dernier tableau , l'expression douloureuse de la Vierge , qui n'ôte rien à la noblesse de ses traits. La tristesse attentive de Nicodème et des Anges n'est pas moins bien rendue : à ces beautés du premier ordre , ce tableau joint encore un effet très-savant de clair-obscur.
Il a été gravé Massard ^ pour la Collection de Masquelier sur la Galerie de Florence.