LE CHRIST AU TOMBEAU
Tableau de la galerie royale de Berlin, peint sur toile.
Hauteur 5 pïeds , largeur 4 pieds a pouces.
Le Domiiiiquiii , docile aux leçons d'Annlbal Carrache , son illustre maître , a rarement introduit un grand nombre de figures dans ses compositions. Il sut, presque toujours, avec peu de moyens, produire de grands eiTets , et jamais ne mérita le reproche qu'on fit à Lanfi anc , son camarade d'étude et son ennemi , de s'être plus attaché à surprendre le spectateur par des effets de lumière extraordinaire , la disposition de ses groupes pittoresques et nombreux, pour produire ce qu'on peut appeler du fracas en peinture, qu'à exprimer son sujet avec simplicité, précision, justesse et vérité.
Le tableau du Christ au Tombeau qui se voit à Berlin , réunit presque toutes les belles parties de l'art. La composition en est admirable. Avec six figures, dont une accessoire est sacrifiée dans l'ombre ^ le Dominiquln a rendu nettement et complètement cette scène de douleur. Il a donné à chaque personnage la pose , le caractère , l'âge et l'expression qui lui convient. Son dessin est partout aussi pm' que correct ; et^ sous ce rapport , les jambes et surtout les pieds du Christ méritent les plus grands éloges. Néanmoins toutes les parties de ce tableau ne sont pas également bel' es ; le coloris a poussé au noir j le fond alasi que les ombres sont
devenus si ^âgoureiix , et les figures ont un tel relief, qu^oit seroit tenté , au premier aspect, d'attribuer cette production au Caravage. Mais lorsqu'on examine attentivement ces beaux airs de tête , cette correction de dessin , ce pinceau coulant, et tant d'autres beautés qui brillent dans cette peinture , et dont les productions de ce dernier maître n'offrent aucun exemple , on n'est plus indécis sur le nom de son Véritable auteur. Le temps , il est vrai , a apesanti sa main destructive sur ce tableau ; mais celle des restaurateurs lui a été encore plus funeste , en en voulant faire ressortir quelques parties qui se perdoient dans le fond. La main gaucbe du Cbrist, et celle du disciple qui étend un linceuil sur le tombeau, ont évidemment été restaurées. L'une paroît un peu forte , l'autre est absolument difforme. Quant à la tête de Saint Jean , dont le caractère manque de noblesse , il n'est aucun artiste qui ne s'aperçoive qu'elle a presque entièrement été repeinte. Si un accident majeur a nécessité cette restauration , on doit regretter qu'elle n'ait pas été confiée à quelqu'un de plus babile ; mais si ce tableau n'avoit besoin, comme on peut le croire, que de légers raccords , et que la maladresse ou l'inexpérience du restaurateur l'ait engagé à couvrir de ses mauvais repeints des parties qui n'en avoient pas besoin, pourquoi ne le$ feroit-on pas disparoître, et ne chargeroit-on pas un artiste expérimenté du soin de rendre à l'art un de ses principaux chefs-d'oeuvres ?
Ce tableau a été gravé à la manière noire par Freidhoff. Son estampe se fait remarquer par un beau dessin et un effet assez d'accord avec celui de la peinture r