JÉSUS AU MILIEU DES DOCTEURS
Tableau de la Galerie de Cleveland^House à Londres ^ peint sur toile.
Hauteur 3 pieds 9 pouces, largeuT pieds 3 pouce*.
Quoiqu en disent les Italiens , Joseph Ribei a qu'ils surnommèrent l'Espagnolet, n'est point né en lôg^, à Galiipoli dans le royaume de Naples, mais le 12 janvier i588, à Xdtiva , aujourd'hui Saint Philippe , ville d'Espagne voisine de Valence. Le marchand de tableaux Le Brun assure du moins avoir vérifié ce fait pendant son séjour en Espagne. Il faut avouer cependant que si Ribera appartient à Fécole espagnole par sa naissance , le^ Italiens peuvent avec raison le revendiquer. Car . non-seulement ce peintre vint fort jeune en Italie, et y passa le reste de ses jours , mais il dut à ce pays Favantage d'avoir eu de bonne heure sous les yeux d'excellens modèles. Malheureusement , son choix ne fut pas toujours bien dirigé. Il quitta Fétude des ouvrages de Raphaël et des Carraches^ pour ceux, du Caravage , dont la manière avoit pour lui tant de charmes ^ qu'il s'estima heureux d'être admis au nombre de ses élèves. '^Ribera jouit peu de cet avantage, car il n'avoiî que vingt ans lorsque le Caravage mourut; néanmoins, ioutes ses productions sont empreintes de la manière vicieuse de son maître , dont les défauts principaux .>ont : un goût particulier pour les sujets horribles , un mauvais choix dénature, l'opposition subite du clair et de l'ombre, sans dégradation ménagée? enfin un dessin plus pr<^> »ioncé que correct.
.Lorsc[ue Ribera fit le voyage cle Parme , exprès pour voir des peintures du Corrége, il fut tellement enthousiasmé du grand goût de dessin , de la beauté des expressions , de la suavité et de l'heureuse harmonie du coloris de ce maître , qu'il copia avec le plus grand soin toute sa célèbre coupole. Aussi , les premiers tableaux qu'il fit à Rome , à son retour de Parme , étonnèrent-ils tous les artistes. Mais les changemens heureux qui venoient de s'opérer dans son style et son coloris ^ ne furent que passagers. Son goût naturel, ou, comme on s'accorde à le dire , sa jalousie pour les succès du Dominîquin , le fit revenir à la manière du Caravage, espérant que sa force exagérée feroit paroître fades les peintures de son redoutable concurrent. Au reste , le style de Ribera fut constamment moins sec et moins dur que celui de son maître et son dessin plus correct.
Il existe plusieurs tableaux de l'Espagnolet représentant Jésus au milieu des Docteurs. Ils ne diffèrent que par la dimension des figures. Le prince Léopold Guillaume en possédoit un à Bruxelles , qui n'avoit pas moins de sept pieds de haut sur dix pieds de large. Il en existe une bonne estampe exécutée par /. T^-yen, Peut-être est-ce le même qui se voit à Vienne , et que /. Fischer a gravé en lygS. Celui que nous publions fit autrefois partie de la célèbre Galerie du Palais-RoyaL II se fait remarquer par la vérité des expressions , la correction du dessin , un pinceau large et vigoureux, et une exactitude d'imitation qui n'ote rien à la hardiesse de la touche.
Dans l'estimation qui servit de base à la vente de cette Galerie , ce tableau ne fut porté qu'à 2000 francs. Ch, Levasseur l'a gravé dans une moins grande dimension que les deux estampes désignées ci-tlcssus.