LE CHRIST AU TOMBEAU
Tableau de la Galerie de V Ermitage , peint sur hois.
Hauteur i pied 7 pouces 6 lignes , largeurs pieds a pouces 3 lignes,
li ne siifTit pas , comme la plupart des jeunes artistes sont disposés à le croire, de s'éloigner de la voie commune pour mériter des éloges, il faut encore que la marche que Ton substitue à celle qui a été tracée par les grands maîtres , soit avouée par le bon goût et la raison.
Ici, le Garofalo, pour avoir voulu être original, a mérité le blâme , en adoptant un parti qui blesse les convenances. Son groupe principal, celui qui fait le sujet du tableau, au lieu d'être composé des personnages les plus nobles , ne nous présente que deux serviteurs soutenant le corps de Jésus avec des linceuls et le descendant dans la tombe , tandis que Joseph d'Arimathie , Nicodème et Saint Jean , qui devroient s'occuper particulièrement de ce saint office, ne sont que des figures accessoires. Ils prennent même une si foible part à Faction , qu'il faut les chercher pour les trouver. Joseph surtout , en costume oriental moderne , seroit méconnu si le peintre n'avoit placé près de lui Nicodème , que sa tête vénérable et d'un beau caractère indique suffisamment. Quant à Saint Jean , il faut soupçonner que l'intention de l'artiste a été de l'admettre dans sa composition, pour le voir dans la figure qui essuyé ses larmes avec son manteau.
On se tromperoit cependant," si de ce que nous venons de dire , on concluoit que ce tableau est une produoliou
médiocre. Le nombre des beautés qu'on y remarque, est suffisant pour lui mériter une distinction honorable.
Marie est un chef-d'œuvre d'expression et de sentiment. Immo])ile et comme anéantie par l'excès de sa doul -îur , elle considère son fils, dont elle tient une des mains, et semble ne rien voir, ne rien entendre de ce qui se fait ou se dit autour d'elle. Cette figure, sagement pensée , établit un heureux contraste avec celle de la Madeleine , qui, moins maîtresse des mouvemens de son cœur , s'abandonne au plus, violent désespoir.
Nous n'ajouterons rien k ce que nous avons déjà dit de Saint Jean , que le peintre a placé entre la Vierge et le jeune homme en robe d'un violet clair qui soutient la tête du Christ, mais nous vanterons cette dernière figure, dont le caractère est admirable, et digne de Raphaël.
Le Garofalo s'est montré grand coloriste dacs ce tableau, en formant l'ensemble le plus brillant et à la fois le plus harmonieux , d'une réunion de couleurs plus vives les unes que les autres. Joseph d'Arimathie est vêtu d'une ro])e jaune clair, sur laquelle est passée une autre robe bleu foncé; un manteau pourpre, dont il tient un des pans de la main droite , retombe sur son épaule gauche ; son turban est d'étoffe rouge vif entouré de mousseline. La robe de Nicodème est verte , ainsi que celles de Saint Jean et de la Madeleine -, celle de la Vierge est ponceau et son manteau bleu. Au mérite du coloris, ce tableau joint un bon goût de dessin, des draperies bien jetées, et surtout une iiaiveté d'expression qu'on ne retrouve, le plus souvent, que dans les lîons ouvrages de la renaissance de l'art.
Ce tableau n'a point été gravé.
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