‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 9 sur 124 · AU TOMBEAU DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

AU TOMBEAU DE JÉSUS-CHRIST

^Tableau de ta gâterie de Lucien Bonaparte , peint sur toile. Figures de grandeur demi-nature.

En parlant du Narcisse d'Augustin Carraclie , nous avons eu occasion de remarquer que son frère Annibal donnoit plus de temps que lui à rexercice de son art. Il pensoit qu'un peintre ne doit parler qu'avec le pinceau : idée juste, lorsqu'elle n'exclut pas les études historiques et littéraires dont la nécessité^ est évidente : idée dont Dufresnoy , dans son poëme sur la peinture , a cru devoir faire un précepte , terminé par ce vers sententieux ;

« Dispositumque typumnon Linguâpinxit Ap elles, )> « Apelle n'a point exécuté ses tableaux avec la langue. »

Annibal Carraclie fut toutefois obligé de consulter ce même Augustin et le prélat Agucchi^ pour ce qui tenoit spécialement à l'étude de l'histoire dans la composition de ses tableaux ; mais certes ^ ce ne fut pas pour celui-ci qu'il dut recourir à leurs lumières. Le sujet, indiqué avec précision dans l'évangile , ne demandoit aucun effort de la part de l'artiste, pour être transporté sur la toile ; et l'on peut dire qu' Annibal Carraclie l'a rendu avec une rigoureuse exactitude. II y a de la grâce et de l'expression dans l'attitude de l'Ange. Celles des Saintes

Femmes sont contrastées sans bizarrerie , et Fon y trouve cette vérité précieuse, qui fut un des principaux mérites du grand artiste, ainsi que la correction du dessin et le bon choix des draperies. Annibal Carrache posséda de plus un genre de talent dont il est juste de lui savoir gré. Ayant peint, tant à fresque que sur toile, dans toutes les proportions , et depuis la grandeur colossale jusqu'aux moindres dimensions , il adopta toujours, pour chaque production, le faire qui lui convenoit le mieux. îSous voulons dire que son pinceau, large et vigoureux dans ses grandes compositions , fut plus précieux à mesure que ses tableaux dimlnuoient de grandeur. Les fi coures de celui-ci sont de proportion demi -nature, et terminées avec un soin qui satisfait , parce qu'il n'est pas trop précieux. Ce mérite d' Annibal Carrache paroîtra pjus remarquable, lorsque l'on songera que de très-grands maîtres n'ont pas toujours su donner à leurs sujets le juste degré de fini qui convenoit à la grandeur du cadre. Aussi Annil^al est-il, dans cette partie comme dans plusieurs autres , un modèle digne d'être étudié et imité.

Il existe une bonne gravure de ce tableau , par G. Fillœul d'Ahheville.

LA SAINTE FAMILLE

2'ahleau de la collection du comte de Grosvenor ^ à Londres.

Hauteur 4 pieds 2 pouces, largeur 3 pieds 6 lignes.

A Foccasîon du tableau de la Madelame , qui se voit dans la galerie de M. Hope , nous avons dit que Louis Carrache fut le régénérateur de la peinture en Italie. Pour triompher du mauvais goût qui régnait alors , il opposa la vérité de la nature et les beautés de l'antique , à la manière libre et expéditive des Sabattini à Rome , Passignani à Florence , Procaccini à Milan ^ Fontana à Bologne ^ etc. Ayant étudié à la fois les ouvrages du Corrège et de l'Ecole Vénitienne , Louis connoissoit les principes à l'aide desquels on produit ces effets cliarmans qui , au premier a^ect, captivent et séduisent le spectateur. Il sut n'emprunter à ces différens maîtres que ce qui pouvoit embellir ce style correct, mâle et énergique qui distingue ses productions , et dont la supériorité fut enfin reconnue sur celui des peintres de son temps.

Louis Carrache , plus instruit que ses cousins dont il fut souvent le conseil , savoit varier à l'infini le même sujet sans devenir bizarre. On comioît de lui beaucoup de Saintes Familles -, toutes ont une physionomie particulière. Celle qui se voit à Londres dans la collection du comte Grosvenor, est une des plus belles que nous connoissions. La composition en est savante et heureuse; le caractèie

de la Vierge et de FEnfant Jésus est d'une grâce exquise , Saint Jean est plein de vie et de sensibilité , et la tendre sollicitude de Sainte Elisabeth, qui l'engage à modérer son empressement, dans la crainte de troubler le sommeil de Jésus , est admirablement exprimée. Enfin, l'ensemble de ce tableau est digne de la juste célébrité de Louis Carrache.

Cette Sainte Famille fit partie de la collection de W. E. Agar. Elle a été gravée à Londres par Raimbach,

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