LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS
Tableau de la galerie de Florence ^ peint sur bois.
Hauteur i6 pouces, largeur i\ pouces.
Toutes les parties tle ce petit tableau respirent les grâces qui naissoient sans efFort sous l'aimable pinceau du Parmesan. On les retrouve surtout dans la figure delà Vierge. Son attitude est no]3le , son visage exprime la modestie et une angélique simplicité, mais en même temps l'air de tête , les proportions du col et les mains méritent les reproches que l'on a souvent adressés à l'artiste. Le premier a quelque chose de bizarre ; les autres ont un peu trop de longueur , sans toutefois être incorrectes. La tête de l'Enfant Jésus n'a pas moins de grâce que celle de la Vierge : elle est franchement peinte dans la manière du Corrège et il est évident que le Parmesan exécuta ce ^tableau dans sa jeunesse, lorsqu'après avoir étudié dans sa patrie cet admira])le modèle , il n'avoit pas encore modifié son style par l'étude des chefs-d'œuvres de l'école Romaine.
Le coloris de ce tableau est parfaitement entendu quant à l'elFet général. L'habile peintre en a adouci les teintes locales comme s'il eût craint de blesser l'œil par trop d'éclat et de détruire ainsi les douces sensations qu'il vouloit inspirer aux spectateurs.
Ce qui augmente singulièrement le prix de ce petit
taUeau ^ et le distingue de tant d'autres du même maître, représentant le même sujet , c'est qu'ici le Parmesan a su être gracieux sans affectation , franc et ferme dans la touche sans la moindre dureté , modération qui lui a souvent manqué dans l'exécution de tableaux plus capitaux et plus renommés. Aussi est-il arrivé que les connoisseurs les ont moins estimés que ses dessins.
Il existe une grande conformité d'exécution entre le tableau dont nous donnons le trait et la fameuse composition que le Parmesan acheva en i52j à Tâge de 24 ans. Ce dernier ouvrage représentant la Vierge , St. Jean et St. Jérôme , avoit été long-temps dans la maison Bufalini à Citûa di Castello, Il a depuis passé en Angleterre.
LA VIERGE, L'ENFANT JÉSUS, SAINT JEAN- BAPTISTE, SAINT ANDRÉET SAINTE HÉLÈNE.
Tableau de la galerie de Milan, peint sur toile.
Hauteur 9 pieds, largeur 6 pieds o pouces. .
Florence doit à Léonard de Vinci et à Micliel-Ange sa plus grande gloire dans la peinture. Ce furent ces deux, illustres artistes qui jetèrent les fondemens d'une Ecole si justement célèbre. « Son mérite personnel , dit Lanzi j )) et , pour ainsi dire , son patrimoine , fut la science du )) dessin. » Mais cette Ecole eut , comme toutes les autres ^ ses époques de décadence et de retour vers le bon goût. Piètre de Cortone appartient à la dernière ou à la cinquième de ces époques. On peut le considérer comme le fondateur d'une manière nouvelle, et en même temps comme le dernier des célèbres artistes de cette École.
Une habile opposition xle groupes et de figures , un caractère ferme dans les femmes et les enfans , des ombres toujours légères , une architecture bien tracée, des effet s de lumière piquans , des compositions remplies de personnages^ dont quelquefois plusieurs sont sans action ; un grand art dans la disposition des figures ; en un mot , tout ce qui peut surprendre, et si l'on peut dire éblouir les yeux ; tel est en général le style de ce peintre ; style dangereux y difficile à imiter , qui conduiroit des disciples maladroits
à la bizarrerie , la négligence et TafiFectatlon , style enfin auquel les juges sévères n'accordent des éloges qu'avec des restrictions nombreuses.
Les propriétés de ce style se font remarquer dans le tableau qui fait le sujet de cet article. Des groupes bien disposés ^ dlieureux contrastes, des oppositions savamment ménagées , un bon effet de clair-obscur , de la francbise dans les teintes , un pinceau facile ; telles sont les qualités distinctives de cette production du Cortone, qui laisse à désirer plus d'exactitude dans les draperies et un plus beau choix de tètes. Les cheveux , et principalement ceux de l'Enfant Jésus , sont un peu lourds, défaut qui tient à la trop grande facilité An peintre, et à la précipitation avec laquelle il exécutoit «es ouvrages.
Ce tableau fut long^temps placé dans l'église des Capucins de la Mandola , dans le royaume Lombard-Vénitien» Il n'a pas été gravé.