‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 87 sur 124 · L'ÉDUCATION DE JUPITER · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION DE JUPITER

Tableau de la Galerie Koy aie de Berlin, peint stir toile ^

Hauteur 3 pieds 2 pouces , largeur 4 pieds 2 pouces.

La fable de Saturne qui dévoroit ses enfans mâles ^ est assez connue pour que nous soyons dispensés d'en rappeler les détails. Lorsque Rhéa eut mis au monde Jupiter , le dernier de ses tils^ pour le soustraire à la voracité de Saturne y elle offrit à sa place une pierre enveloppée qu'il avala. L'éducation du jeune Dieu fut aussitôt confiée aux nymphes ^ mais les anciens ne sont pas d'accord sur le lieu où cet enfant fut élevé, ni sur le nom des nymphes qui en prirent soin. Ici le Poussin s'est conformé à deux récits à la fois. Celui de Diodore dit que les nourrices de Jupiter furent Amalthée et Mélissa , de Mélissus , roi de Crète \ qu'il fut nourri avec le lait de la chèvre Amalthée , dont par suite il changea une des cornes en corne d'abondance. Antonius Liberalis rapporte qu'on montroit dans la Crète une grotte où un essaim d'abeilles nourrissoit de miel le jeune Jupiter.

Ici Amalthée et Mélissa sont occupées à rendre à leur jeune élève les soins les plus tendres et les plus affectueux. Le berger vient de traire la chèvre nourricière j l'une des sœ^ars abreuve le petit Dieu appuyé sur ses genoux, tandis que l'autre recueille le miel qui ('écoule d'une ruche autour de laquelle voltigent les abeilles qui, pour un si noble usage , souffrent qu'on les dépouille du fruit de leur travail.

Les attitudes de ces quatre personnages sont d'une simplicité et d'une vérité remarquables. Celle du îjerger^ à qui

il ne manque que des pieds de bouc et des cornes pour être un faune , est peut-être un peu trop académique ; mais quelle aimable pose que celle de la nympbe qui fait boire le jeune Dieu; et comme la satisfaction qu'elle éprouve, en lui voyant sayourer la liqueur bienfaisante, est bien exprimée î Sa sœur est plus svelte , et sa tunique laisse mieux voir que dans l'autre figure , l'élégance et la beauté dés formes; ses bras sont charmans , mais son profil surtout est admirable ; il offre une de ces heureuses réminiscences des études constantes que le Poussin fit de Tantique , et qu'on retrouve dans plusieurs de ses tableaux. Une coiffure champêtre et sans prétention et de beaux cheveux blonds ajoutent encore aux agrémens de cette figure.

Il n'y a rien d'équivoque ni de superflu dans cette cornposition, l'on retrouve, jusque dans les moindres accessoireSj le goût et le discernement du Poussin. La draperie à fleurs d'or, jetée entre le berger et la nymphe , et sur laquelle celle-ci s'appuie , indique tout à la fois la haute naissance du jeune nourrisson et celle des deux sœurs; le chêne est l'arbre consacré à Jupiter ; le thym , le serpolet , dont le miel de l'île de Crète passoit pour avoir principalement Fodeur, sont multipliés sur le devant du tableau; enfin, par le bras de mer et les montagnes figurées dans le lointain, le Poussin a voulu indiquer l'île oiv fut élevé le jeune Jupiter.

Nous ne vanterons pas le coloris de ce tableau qui , comme tous ceux du Poussin, est un peu terne. Ce ton de brique qu'il a trop généralement donné aux carnations de ses figures , ne convient ici qu'à ce berger brûlé par les feux du soleil.

Ce tableau a été gravé , sous les yeux de Fauteur , par Château^ mort tn 1685.

LA SAINTE FAMILLE

Tableau de la Galerie de Lucien Bonaparte , peint STff toile» Figures de petite proportion,

11 paroit nécessaire de ne donner à ce tableau que le titre de la Sainte Famille , et non celui de la Sainte Famille en Egypte y comme on l'a fait dans la Collection de Lucien Bonaparte. Autrement, comment expliquer la présence de ce second enfant, qui n'étantpas vm ange, ne peut être que Saint Jean-Baptiste , un peu plus âgé que le Christ.

On doit observer encore que Poussin eut plus qu'aucun autre peintre l'attention de caractériser les lieux où il plaçoit ses personnages. Rien ici n'annonce le sol égyptien ; ni pyramides , ni Sphinx , ni autre monument particulier a cette contrée ne s'offre à la vue, comme dans quelques autres compositions où réellement ce grand artiste a voulu représenter la Sainte Famille dans le temps où il est dit qu'elle chercha chez les Egyptiens un asile contre la colère soupçonneuse du roi de Judée. Poussin en se conformant^ comme il devoit le faire, aux traditions reçues, avoit trop de jugement pour introduire ici le petit Saint Jean, qui n'alla jamais en Egypte, s'il eut voulu placer dans ce pays la scène de son tableau.

L'écrivain qui , peut-être a exprimé sur la Peinture les idées les plus profondes et les plus utiles, l'artiste qui, quoique d'une classe inférieure , n'en a pas moins exposé avec un goût exquis les principes du grand style , Reynolds dans son cinquième discours , décrit la manière du Poussin

arec une rare sagacité. « J'ai souvent pensé, clit-il^ que Poussin a poussé la vénération pour les anciens jusqu'à désirer de donner à ses ouvrages Fair de tableaux antiques. » Rien ne justifie mieux cette observation que celui - ci : si les figures de la Vierge et de son fils , n'indiquoient pas du premier coup d'œille sujet au spectateur , il pourroit sans le moindre effort d'imagination supposer que cette gravure lui reproduit quelqu'une de ces scènes domestiques, souvent retracées par les artistes anciens. Le groupe principal est rempli de grâce , mais de cette grâce accompagnée d'une certaine austérité , qui est un des signes distinctifs des productions du Poussin , et qui annonce autant la tournure de l'esprit que le genre des études de ce peintre célèbre.

La figure de Saint Joseph , si heureusement placée dans le fond du tableau, pourroit toutefois faire demander à de rigoureux critiques si le peintre n'a pas pris une licence en donnant un livre à ce Saint. Il est en efî'et douteux que y simple artisan d'une petite ville , et né chez un peuple peu Instruit , Saint Joseph ait su lire \ mais Poussin savoit ce qu'ont ignoré tant d'artistes et même d'écrivains sur les arts , que la représentation poétique des sujets a toujours^ plus de mérite qu'une imitation exacte. C'est faute d'avoir fait cette réflexion essentielle que l'on a porté un grand nombre de jugemens erronés.

Ce tableau, de petite proportion^ a été gravé a l'eau forte dans le recueil intitulé Galerie de Lucien Bonapate.

le Maruiçe i/e / la Vierae^.

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