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LA MANNE

Tableau de la Collection du comte de Burch, à Londres ^ peint sur toile.

Environ 8 pieds de large, sur g de haut.

Autant le tableau précédent prête à la critique , autant celui-ci mérite d'éloge*, dès le moment que l'on admet pour Fartiste, la nécessité de circonscrire sa composition dans un certain espace, et de donner à ses figures des grandeurs uniformes.

II n'est personne qui ne connoisse le sujet de la Manne, dont les juifs, après avoir quitté l'Egypte , se nourrirent dans le désert. Le Tintoret éparpilla ce sujet sur une vaste toile; Poussin en rassembla les incidens principaux dans une composition qui sera toujours admirée des artistes , pour l'heureux choix des épisodes et la profondeur des pensées. Rubens n'a présenté ici en quelque sorte qu'un extrait de l'événement ; mais il y a rassemblé tout ce qui pouvoit plaire au spectateur sensible, et versé dans la connoissance des moyens que l'art emploie pour parvenir à son but.

Nous nous arrêterons peu à la figure de Moïse. Le peintre fut gêné par l'espace^et ce chef d'Israël, vu de profd, rappelle trop plusieurs figures du même artiste. Mais tout le reste de la composition est rempli d'intérêt : à droite, une jeune mère a déjà rempli sa corbeille de la nourriture bienfaisante, et emmène son enfant qui doit bientôt la partager. Cette figure vue par derrière , a autant d'élégance dans son attitude , que l'on en déslreroit dans les formes. Rubens en la peignant, fut inspiré par le

ressouvenir d'un bas-relief antique, dont 11 imita Tintention , mais non la pureté du dessin. Il le fut aussi par celui des figures mâles et fières de Michel- Ange ou de Baccio Bandinelli j lorsqu'il peignit Pisraélite qui ramasse la Manne à terre. Les autres personnages sont plus spécialement dans sa manière \ et la femme qui se penclie pour recevoir sur sa tête une corbeille pleine , joint la grâce à la vérité. Enfin , Rubens ne s'est pas montré moins grand coloriste dans ce tableau que dans le précédent et les deux qui suivent. Ces peintures sont censées être des tapisseries. C'est ce qu'indiquent positivement les Anges qui les déroulent et les attachent aux colonnes d'un temple. Il est probable qu'elles furent destinées dans l'origine à servir de modèles pour être exécutées à l'aiguille.

Le Musée du Louvre possède ^ depuis peu d'années , deux tableaux du même maître qui furent peints comme ceux-ci, et peut-être dans le même temps , pour être exécutés en tapisserie. Ils ont été acquis en Espagne par le général Sébastlani. L'un représente le prophète Elle qui^ pour se soustraire à la vengeance de Josabel , s'enfuit dans le désert, où il est secouru par un Ange; l'autre le triomphe de la Religion. Lorsque le Gouvernement françois fit Facqulsition de ces deux tableaux , 11 eut aussi le désir d' j joindre les quatre dont nous donnons la gravure, et qui étolent alors à Paris. Nous ignorons les motifs qui firent abandonner ce projet et privèrent ainsi la France de ces quatre chefs-d'oeuvres.

Le tableau de la Manne n^a point encore été gravé*

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