LES TROIS GRACES
Tableau de la Galerie de Florence , peint sur bois.
Hauteur i pied 7 pouces, largeur i pied 6 lignes.
Les Grâces que les Grecs iiommoient Charités , filles <îe Jupiter et d'Eurynome , étoient regardées dans l'origine comme ayant le noble apanage de présider aux bienfaits et à la reconnoissance. Les poètes lyriques et érotiques en ont fait les compagnes assidues de Vénus. On pense qu'Etéoclcy roi d'Orchomène , fut le premier qui leur consacra un culte j ces aimables divinités eurent ensuite des temples dans les principaux lieux de la Grèce. On les regarde comme les dispensatrices des manières agréables , de l'humeur vive et enjouée , de la décence , de la libéralité , de la sagesse et de l'éloquence ; on unissoit leur culte à celui des muses comme à celui de Vénus , parce que les talens et la beauté même ne peuvent plaire sans les Grâces.
Le nombre des Grâces a varié ; mais il a été enfin fixé a trois par les poëtes et les artistes. Elles se nomment Aglaé , Thalie et Euphrosine.
On a trouvé dans leur idéal et dans leurs attributs d'ingénieuses allégories ; leur joie décente annonce les plaisirs qu'on éprouve à rendre de bons offices et à être reconnoissant des bienfaits; elles sont jeunes, parce que le souvenir des bienfaits ne doit jamais vieillir ; vives et légères, parce que c'est obliger doublement qu'obliger
promptement -, vierges, parce qu'une sage retenue doit diriger la véritable bienfaisance. C'est pourquoi Socrate disoit à un homme qui obligeoit sans discernement : (( Les Grâces sont des vierges , et tu en fais des courtisanes. )> La manière dont elles se tiennent par les mains indique les nœuds formés par la reconnoissance ; et elles dansent en rond, parce que les bienfaits doivent circuler sans cesse et revenir à la source d'où ils viennent. Enfin les Grâces sont au nombre des divinités , parce que nous devons tout aux dieux.
Peu de personnages mythologiques ont été plus souvent représentés en peinture ou eu sculpture , que les trois Grâces groupées ensemble , et l'on s'étonne que Rubens , peintre d'un génie fertile, ait tenté de traiter un sujet si rebattu et si peu analogue à son talent. Ses Déesses sont posées avec goût et avec esprit. Elles ne manquent ni d'enjouement ni de naïveté. Il y a de la gaieté et de la vie dans sa composition , que les ris et les amours animent par leur présence ; mais on y chercheroit vainement cette grâce enchanteresse, cette beauté idéale , ce dessin svelte, pur et coulant , Indispensable dans un tel sujet , et que ne possédèreat jamais les maîtres de l'Ecole flamande.
Ce tableau , qui n'est peint qu'en clair-obscur , a été fort bien gravé par Massard ^ pour le recueil de Masquelier.
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