‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 91 sur 124 · MELCHISEDECH OFFRE A ABRAHAM DU PAIN ET DU YIN · texte numérisé non relu

MELCHISEDECH OFFRE A ABRAHAM DU PAIN ET DU YIN

Tableau de la Collection du Comte de Burchy à Londres ^ peint sur toile.

Environ ii pieds de large, sur g de haut.

L'histoire juive raconte que, du temps d'Abraham, quatre rois s'étant imis ensemble, et ayant ravagé tout le pays d'auprès de Sodôme, le roi de Sodôme et ceux des quatre villes voisines se réunirent pour leur résister , mais qu'ayant aussi été vaincus , ils prirent la fuite et leur abandonnèrent Sodôme et Gomorrhe.

Tandis que les vainqueurs s'en retournoient avec un riche butin et quantité de captifs , parmi lesquels on comptoit Loth, neveu d'x4.braham , un homme échappé du combat vint trouver Abraham qui demeurolt dans les plaines de Mambré Amorrlieen, et l'instruisit de ce qui venoit d'arriver. Abraham rassemble aussitôt ses serviteurs , choisit parmi eux trois cents dix - huit des plus braves , se met à la poursuite des quatre rois victorieux. Il les surprend pendant la nuit , se jette sur eux, les bat, leur reprend tout ce qu'ils avoient enlevé , et rend ainsi la liberté à Loth, aux femmes et au peuple qu'ils emmenoient captifs. Dès que le roi de Sodôme eut appris la nouvelle de cette action glorieuse , il vint au - devant d'Abraham, pour lui témoigner sa joie; alors parut le grand-prêtre Melchisedech , roi de Salem, qui offrit à Abraham du pain et du vin, lui donna sa bénédiction et rendit grâces à Dieu,

Le moment clioisl par Rubeiis est celui où le grandprêtre Melchisedech , ayant héni clu pain et du vin, le présente à Abraham. Contre toute vraisemblance ; le grand-prêtre est en manteau d'hermine , Abraham a le costume d'un guerrier du dix-septiëme siècle , et ses serviteurs portent des casques demi grecs , demi romains ; enfin tout , jusqu'aux vases précieux qui contiennent l'ofiPrande, transporte le spectateur dans d'autres temps que celui dont Rubens a voulu nous retracer un des événemens mémorables. Cette faute est d'autant plus grave dans ce tableau, où une noble simplicité étoit de rigueur, qu'elle détruit l'illusion, et empêche même de saisir aisément le sujet représenté. Mais ces erreurs, quelque graves qu'elles soient, sont bien rachetées par la richesse, le mouvement et le pittoresque de la composition. Il est impossi])le de pousser plus loin le prestige du pinceau, de rendre avec plus de vérité les étoffes et les accessoires j enfin, de produire en même temps un effet général plus brillant et plus harmonieux. C'est dans ces grandes machines que le talent de Rubens brille dans tout son éclat. C'est là, et non dans ses compositions de peu de figures, qu'il faut le juger. Quelle fougue ! quelle impétuosité de génie et d'exécution !

Rubens a peint deux fois ce sujet avec des différences considérables. Celui-ci a été gravé par Isacic Neefs , l'autre par H ans ou Jean TV itlidoueclcs ^ en i638.

LES QUATB.E ÉVANGÉLISTES.

Tableau de la Collection du comte de Buivh , ambassadeur de Danemarck à Londres ^ peint sur toile.

Environ 9 pieds de haut , sur 10 de large.

Si un grand maître des écoles de Florence ou de E-ome avoit eu ce sujet à représenter , il Fauroit sans doute conçu tout autrement que Rubens; certain que là/ où aucune action ne peut exister , il faut se borner au beau développement des formes , et à l'étude exacte des parties essentielles. Plusieurs tableaux italiens prouvent que telle fut la métbode constante des artistes , à la plus belle époque de Fart moderne. Le prince de l'école flamande a dédaigné la route tracée par ses prédécesseurs ^ et a suivi l'impulsion qui le porto it toujours à voir avant tout le mouvement et l'eifet pittoresque. Les quatre Evangélistes sont en marche , on ne sait trop pour quel motif ; mais enfin le tableau est animé : c'étoit l'essentiel pour Rubens. Les signes caractéristiques de chacun ne sont pas équivoques. Saint Luc est reconnoissable au bœuf dont on aperçoit la tête auprès de lui \ Saint Marc vu de dos est accompagné d^im lion} Saint Mathieu tient un livre ouvert , mais au-dessus de sa tête , un ange , répété plusieurs fois par R.ubens , et toujours de formes un peu lourdes , semble lui dicter ce qu'il doit écrire , et lui montre le ciel. Enfin , Saint Jean tient d'une main le calice , et de l'autre presse sa poitrine , pour témoigner sa foi vive et pure. L'aigle qui désigne cet Evangéliste descend vers lui.

Rtioens , qui ne fut pas toujours sévère observateur des usages consacrés , a conservé à chacun de ses quatre Evangélistes le symbole que les peintres leur ont le plus généralement donné. Ces divers signes caractéristiques ne sont pas tirés de la vision d'Ezéchiel.

Le bœuf a été donné à Saint Luc , parce que cet Evangéliste commence sa narration précisément avec la naissance de Jésus-Christ, qui reçut le jour dans une étable ; le lion , symbole de Saint Marc, annonce le début de son évangile : la prédication de Saint Jean dans le désert. On donne à Saint Mathieu un ange ou un jeune homme parce qvi'il est le seul qui commence par la génération temporelle du fîls de Dieu; enfin, le calice que tient Saint Jean , rappelle un miracle opéré en sa faveur , et que Saint Isidore rapporte ainsi : Saint Jean après avoir consacré le précieux sang dans une coupe empoisonnée à dessein , le but sans en recevoir aucun mal , ainsi que tous ceux qui, comme lui, avalèrent le poison. C'est pour désigner ce poison , que Ton fait sortir une couleuvre du calice. Saint Jean est le seul des Evangélistes représenté sans barbe, parce qu'il fut le plus jeune des apôtres , et qu'il n'a point été marié.

Sous le rapport du coloris et de l'harmonie générale , ce tableau n'est pas inférieur aux trois autres que nous considérons comme exécutés dans le même temps, et avec la même destination. Mais si les draperies ont ici la même vérité , elles ne sont pas assez légères , et leur jet est négligé et dénué d'élégance.

Ce tableau a été très-bien gravé par Bolswert , et médiocrement par G. Hubert. Il Ta été aussi en petit, avec quelques cliangemens par Â, Delvaux ^ pour la vie Jésus- Christ du père Deligny.

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