‹ Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étrangersChapitre 92 sur 124 · LES PÈRES DE L'ÉGLISE GRECQUE ET DE L'ÉGLISE LATINE · texte numérisé non relu

LES PÈRES DE L'ÉGLISE GRECQUE ET DE L'ÉGLISE LATINE

Tableau de la Collection du comte de Burch, à Londres ^ peint sur toile.

Environ 12 pieds de large , sur 10 de liaut.

Voici une de ces compositions mystiques , dont on ne pouiToit pas dire précisément qu'elles représentent un sujet déterminé , et dont le principal mérite ^ doit consister dans l'exécution. Il est très -probable que ce tableau fut expressément demandé à Rubens, car, son génie ardent lui auroit sans doute fait choisir quelque trait historique , plus propre à le faire briller dans l'expression des passions y toutefois ; ce point convenu , il est juste de remarquer que ce grand artiste a parfaitement observé les convenances. 11 ne s'agit ici que d'une réunion de Pères de l'Eglise, discutant paisiblement et avec la conviction d'une foi vive , les plus profonds mystères de la religion. Le calice de crystal que tient Sainte Claire , et au travers duquel brille la sainte hostie, porte même à croire qu'il s'agit spé* cialement du mystère de la transsubstantiation.

Par les trois Docteurs placés à droite , Ptubens a voulu désigner des Pères de l'Eglise Grecque. Nous en jugeons d'après la grande richesse des costumes , ornés d'or et de pierreries. On sait qu'aujourd'hui même encore , le malheur d'être soumis à des conquérans avides, ne peut détourner les chefs de l'Eglise Grecque , d'étaler ce faste oriental. La triple couronne que porte un de ces vieillards j ne détruit point ce sentiment. Les Patrlaixhes Grecs et;

Arméniens , toujours empressés de ne céder en rien aux souverains pontifes latins, la portent assez fréquemment dans les grandes fêtes; et la croix a huit Lranches que tient ce personnage , est évidemment une croix grecque. Quant aux figures placées à gauche , dès la première vue , il est impossible d'y méconnoître un Cardinal , un Docteur et un Religieux de l'Eglise latine.

L'intervention du Saint-Esprit dans ce tableau , est doublement heureuse, et comme très-convenable au sujet, et parce que les rayons lumineux qu'il verse sur les personnages , produisent un très-bel effet pittoresque.

Ce tableau, comme les trois précédens, devoit être exécuté en tapisserie. Rubens a donc pu et même dû y déployer ce faire large , ce coloris brillant qui caractérisent son talent. On pourroit censurer la disposition de ce personnage, qui, vu par le dos, n'est à proprement parier , qu'une espèce de riche mannequin ; mais le genre d^apparât excuse ces sortes de licences, que ne comporteroit pas un style plus austère. Au reste , les autres figures et surtout celle qui tient un livre et montre le ciel , sont d'un goût noble , grand, en un mot digne de Rubens.

On peut assurer que Sneyders , élève de Rubens , a exécuté ici, comme il le faisoit presque toujours, les guirlandes de fleurs et de fruits qui enrichissent cette composition. Il étoit très-habile en ce genre , et Rubens dont il existe si peu de tableaux, tout entiers de sa main, ne majzquoit pas dans des occasions telle que celle-ci , d'empj^yer le pinceau brillant et spirituel de ce savant coloristQ.

Ce tableau a été parfaitement gravé par Nicolas iJaupçers et Remoldus Eynhouedts.

DESCENTE DE CROIX

Tableau de la Galerie de Cleveland-liouse à Londres y appartenant au marquis de Stafford, peint surhois.

Eauteur a pieds 4 pouces, largeur x pied lo pouces.

Bastiano Luclano , connu en France sons le nom de Sébastien de Venise , parce qu'il est né dans cette ville , fat surnommé Fra del Piombo, de la charge de scelleur dans , la Chancellerie que lui donna le Pape Clément VIL La musique fut sa première occupation. Encore jeune et désirant s'adonner à la peinture , il entra dans l'école de Gio Bellini qu'il abandonna bientôt pour suivre les préceptes de Giorgion qui possédoit une manière plus simple et surtout un coloris plus vigoureux et plus séduisant.

Michel -Ange, jaloux de Raphaël et chai-mé de la beauté du coloris de Sébastien del Piombo, crut voir dans ce jeune artiste un rival digue d'être opposé au prince des peintres. Dès lors , il l'aida de ses conseils , lui donna en petit l'idée de ses tableaux, et souvent même lui dessina en grand ses figures sur la toile. Tel fut le tableau de la Résurrection du Lazare que Sébastien peignit en concurrence de la célèbre Transfiguration, et dont nous ferons connoître le sort, dans notre prochaine livraison.

Les avantages que Sébastien retira de son union avec ce grand peintre ne fur.ent pas aussi importans qu'on

pourroît le croire. On seroit peut-être en droit de lui attribuer cette manière froide, léchée et irrésolue qui, dans la suite dégoûtèrent Michel-Ange. Car Sébastien devant s'astreindre à suivre le trait qui lui étoit donné, dut perdre nécessairement cette liberté de pinceau qui est indispensable aux Coloristes.

Sébastien naturellement lent, paresseux et irrésolu abandonna presque entièrement la peinture pour la musique et la poésie , dès qu'il fut en possession de l'office du sceau, dont les revenus, suffisoient amplement à ses besoins. Il ne fit plus que des portraits, et réussit dans ce genre qui n'exige pas d'invention.

La Descente de Croix dont nous donnons ici le trait n'est pas moins admirable par la force et la beauté du coloris , que par la pureté du dessin et la vérité de l'expression, et tout porte à croire qu'elle est du nombre des ouvrages que Sébastien exécuta sous la direction de Michel- Ange. Malgré son mérite , il ne fut porté qu'à i5oo francs dans l'estimation de la Galerie du Palais-Royal dont il faisoit partie. Ce qui est d'autant plus singulier que de tout temps les productions de ce maître ont été extrêmement rares et que celle-ci est assurément une des plus capitales du maître. Delaunay jeune l'a gravée pour le recueil intitulé Galerie du Palais-RojaL Ce tableau a appartenu à M. de Bretonvilliers.

Page 1