ADORATION DES BERGERS
Tableau de la Galerie de Florence,
Hauteur i pied 6 pouces, largeur 9 pouces.
Vanderwerf fut du petit nombre des artistes qui , de leur vivant, jouirent d'une réputation proportionnée à leur mérite : on peut même dire que sa renommée surpasse son talent. L'Electeur Palatin l'avoit pris en affection , il le fixa près de lui , le combla d'honneurs et de richesses , le créa chevalier et transmit ce titre à ses descendans. II lui permit même d'ajouter à son écusson un quartier des armes Electorales et le gratifia de son portrait enrichi de diamans^ qu'il accompagna d'un service complet en vaisselle d'argent. Enfin il lui assura une pension de 4ooo florins qui fut par suite portée à 6000 y et lui commanda quantité de tableaux et de portraits qu'il lui paya toujours magnifiquement. Vanderwerf ayant presque toujours travaillé pour l'Electeur, et les tableaux qu'il fit pour ce prince, ayant passé de la Galerie de Dusseldorf dans celle de Munich , où ils sont aujourd'hui réunis , ses productions ont toujours été très-rares ettrès-recherchées. Aussi est-il le seul artiste qui ait vu ses tableaux se vendre en public à des prix excessifs. A la vente de Patas , il vit acheter six de ses tableaux 16,000 florins. Un petit taUeau, représentant Loth et ses deux filles , fut porté de son vivant à la somme de 420o florins. Ce tableau fait partie de la précieuse collection de M. Hope à Londres. En 1718, il reçut 5ooo florins du duc d'Orléans , pour un jugement de Paris. Il avoit déjà vendu un autre jugement de Paris 55oo flor. au comte Czermain de Ghudeniez. Aujourd'hui
ses tableaux 5ont cncorè fort recherchés lorsqu'ils sont d'une belle conservation.
Néanmoins, on se tromperolt étrangement, siPonjugedit du mérite des ouvrages de Vanderwerf par le prix que les amateurs y mettent. Son dessin quoique d'assez bon goût , est souvent sans finesse et quelquefois roide , cependant toujours supérieur à celui des autres peintres de son Ecole. Sa couleur est froide et a le poli de l'ivoire dans les carnations. Ses figures nues paroissent d'une substance beaucoup plus dure que la chair, quoique ses contours soient loin d'être tranchans, et qu'on ne puisse pas dire que ses clairs ne s'unissent point aux ombres. Il a excellé dans les draperies et peut-être même trouvera-t-on dans ses tableaux d'aussi parfaits exemples en ce genre , que chez tout autre peintre : mais l'extrême fini de ses ouvrages, qui séduit le vulgaire des amateurs , loin d'être une qualité , est leur plus grand défaut. Il est cause cle cette froideur, qu'on leur reproche , et de l'absence de cette facilité qui est une des premières beautés de la peinture.
Son adoration des Bergers , conservée dans la Galerie de Florence , est mise au nombre de ses bonnes productions , l'effet de nuity est rendu avfin beaucoup d'intelligence, mais la couleur locale quoique vraie, est trop égale, et la différence qui devroit exister entre les carnations des divers personnages, vu leur âge et leur sexe, n'est pas suffisamment sentie; enfin, les draperies , d'ailleurs bien jetées, et d'un bon style , sont d'étoffes trop précieuses pour le genre historique , et offrent un contraste singulier avec l'hnmble réduit où vient de naître le Sauveur.
Ce tableau a été gravé par Patas,