‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 2)Chapitre 128 sur 137 · TESTAMENT DE DUCLOS · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE DUCLOS

Charles Duclos, l'un des écrivains distingués du XVIII.* siècle, naquit à Dinan ( Bretagne ) le 12 février 1 704* Son nom de famille est Pinot. A deux ans et demi il perdit son père ; sa mère , veuve à quaranteun ans, femme à caractère , ayant eu dix enfans, ne se remaria pas et vécut plus de cent ans. Duclos destiné au barreau , mena d'abord à Paris une vie très-dissipée; puis se livrant aux lettres qu'il préféra à l'étude des lois, il se répandit dans le monde et se fit connaître avantageusement par des productions littéraires, historiques et savantes , où brillent l'esprit , l'originalité et une hardiesse mesurée , du moins dans ce qui a paru de son vivant. Duclos fut recherché des grands et même eut

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Festime particulière de Louis XV.(i). Il fut reçu à l'académie française le 26 janvier 1746, et il avait déjà été adopté par celle des inscriptions depuis 1739. Le roi le nomma en 1750 historiographe de France, à la place de Voltaire , qui avait renoncé à ce titre en se retirant à Berlin , mais qui en conserva le traitement ( 2000 liv.) jusqu'à sa mort. Ainsi Duclos n'eut que l'honorifique de cette place , c'est-à-dire le droit d'un logement dans les maisons royales, l'entrée à toutes les fêtes publiques, etc. Mais il paraît que cela ne l'empêcha pas d'amasser une fortune assez considérable pour un homme de lettres : car il laissa en mourant 260,000 liv. , dont 5o,ooo furent trouvées en or dans son secrétaire. Il fil son testament trois ans avant de mourir. Celte pièce a quelques clauses qui lui donnent des droits à figurer dans notre ouvrage. Elle fera connaître encore plus parr ticulièrement le caractère de Duclos. Le voici en entier :

« Au NOM DU PfeRE , DU FlLS , ET DU SaJNT-EsPRIT.

> Je donne et lègue douze cents livres de rente viagère à ma nièce M.™6 de la Soualaye.

> Je donne et lègue £1 Brusselle, qui me sert avec zèle et amitié depuis plus de vingt ans, six cents livres de rente viagère , qui sera continuée à sa femme, si elle lui survit; de plus , deux cents livres une fois payées pour leur deuil , et au mari toute ma garde-robe , mon linge de corps et les draps. Toutes ces rentes viagères seront

(1) On a toujours prétendu , et M. Auger l'assure dans sa belle édition de Duclos, Paris, Colnet, 1806, 10 vol. in-8.°, que Louis XV dit, après avoir lu les Considérations sur les mœurs : « Cest l'ouvrage d'un honuéte homme. » Mais Palissot, dans ses Mémoires de la littérature , fait honneur de ce mot à Voltaire, qui, dit-il, le lui a écrit. Qui sait si Voltaire ne Ta pas dit d'après Louis XV ? Tout le monde l'attribuait à ce prince avant la révélation de Palissot \ un tel bruit répandu dans le public n'a pas pu avoir lieu sans quelque fondement.

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