‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 101 sur 123 · TESTAMENT DE GUILLAUME DU VAIR · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE GUILLAUME DU VAIR

GABDE DES SCEAUX DE VRiflCE, IVÊQEE DE LIZIBOX.

G. du Vais est plus connu comme grand politique que comme littérateur , quoique les ouvrages qu'il a laissés et qui consistent en harangue*, traductions, etc. , ne soient pas sans mérite. Né à Paris le 7 mars 1 556 , il fut successivement conseiller au parlement, maître des requêtes , premier président au parlement de Provence (à Àix), garde des sceaux en 1 616 , sacré évêque de Lisieux en 1 61 7 , et enfin mourut de la peste a ïoaneins , où il était à la suite de Louis XIII , pendant le siège de Clerac, le 3 août 161*1. Ou a reconnu dans du Vair une sagacité surprenante pour le maniement des affaires, et lui-même en fait l'aveu dans le préambule de son testament; on dit encore qu'il était d'une éloquence peu commune, et qu'après Malherbe, notre langue n'avait point alors de meilleur écrivain. Ce n'est pas dans l'acte que nous allons rapporter qu'on trouvera cette élévation et cette dignité de style dont on lui fait honneur; il est vrai qu'un testament n'est ni ne peut être une pièce d'éloquence. Voyons donc un échantillon de son style familier; dans le début de l'acte en question, le testateur s'exprime airisi :

AU ROM BU PEKB, Dit, FILS ET DU SAIHCT EBPBJT.

c Je Guillaume du Vair, misérable pécheur, indigne evesque de Lizieux puisqu'il a pieu a Dieu , et garde des sceaux de France, admonnesté , non seulement par

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4lO TESTAMENT

la commune condition des hommes, mais aussi parl'aage de soixante trois ans passez, et encore dans les périls dans lesquels je voys flotter ce pauvre estât , et fraischement par l'accident de peste arrivé en ma maison , me dispose a quitter ce monde toutes et quantes fois qu'il plaira à Dieu m'appeller, et consigne icy ma dernière volonté toute escrite et signée de ma main , que je veux valoir pour testament ou codicille , ou autrement le mieux qu'elle pourra ; et ce tant plus que je le fais principalement pour la descharge de ma conscience. Nay que j'eslois avec une ganté fort infirme, avec un corps et un esprit peu. laborieux , une mémoire grandement imbe cille (i) , ayant pour toute grâce de nature une sagacité a la vérité si grande, que je ne sache jamais depuis que j'ay esté en ange d'homme estre arrivé rien d'importance , ny a Testât , ny a u public , uy a mon particulier, que je ne l'aye preveu; outre cela, mes père et mère fort importunez (s) ne m'ayant laissé pour tout bien qu'un office de conseiller d'église et une prébende de Meaux , chargé de la décrépitude de mon dict père , et eu le soin de sa maison grandement désolée au temps que l'on croyoit que Testât s'en alloit tomber en ruine; Dieu néant moins m'a si miraculeusement assisté et favorisé que je me vois eslevé aux plus grands honneurs du royaume, avec des biens abondament et quasi plus que je n'ay désiré, et la réputation et bienveillance commune, telle que jeTay pu désirer (S). En

(i) Imbdcille n'irait pas alors l'acception qu'il a aujourd'hui; il signifiai i/aii/e.

(a) Encore un mot qui a changé d'acception; il est pris lï pour ptu fortuné.

(3) Ce n'est pas lorsque le fougucui rTEspernon lui dit, on jour, on plein conseil et en présence du roi (Louis XIII) : c Vous êtes un impudent. Et tous, répliqua du Vair, «oua êtes ce que tous êtes. » Celait dans une discussion sur la préséance des ducs et pairs; l'avis de du Vair l'emporta, malgré la résistance de d'&pernon.

3,g,t,zeCb,G00gle

DE GUILLAUME BU VAIR. l\ 1 1

quoy je recognois que sa divine bonté a voulu choisir mon infirmité pour faire paroistre sa puissance et beneficence; je la supplie et conjure par la saincte passion de nostre sauveur et rédempteur Jésus Christ, son fils, qu'il ne m'impute point tant de grâces qu'il m'a faict , pour me condamner d'ingratitude , ains qu'il adjoutte ceste dernière de vouloir quand mon ame partira de mon corps la recevoir dans le sein de sa saincte et incompréhensible miséricorde , j'ay vescu et protesté de mourir en la communion de l'église catholique, apostolique et romaine , en la participation des prières de la glorieuse Vierge Marie , et do tous les samets et de tous les fidèles vivans , ayant néant moins tousjours eu un extrême regret, lequel j'emporteray dans le tombeau, de voir que la reformation de l'église de Dieu , et l'édification de ses peuples soit empeschée par l'avarice et l'ambition de ceux qui ont plus d'obligation a la promouvoir. Je prie sa divine bonté de leur toucher vivement et efficacement le cœur pour cest efTect. Si je decede a Paris ou es environs, je veux mon corps estre inhumé dans les Bernardins; si c'est a Lizieux, dedans la grande église, avec les cérémonies de l'église , sans pompe superflue; toutesfois le visage couvert dans un cercueil de plomb , sans autre inscription, sinon celle-cy, dans un marbre noir ;

GUILLELUUS DU VA 1H EPISCOPCS LEX0V1ENSIS ,

JPBASCLE PKO-CANCELLABIDS , HlC BXPECTO RESURRECTION EH

ET IIISBHICOBDIAII , KÀTl'3 7 K&RTII M.D.LVI.

» Je laisse a l'église ou je serây ensevely seize cens livres tournois, pour fonder un anniversaire et service solemncl tous les ans , au mesme jour que je seray decedé.

» Je laisse semblable somme a l'église sainct André des Arts a Paris, pour fonder un semblable service tous les ans , au jour de Nostre Dame de septembre , pour les âmes de mes père et njere et de ma sœur de Verigny qui y sont enterrez,

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» Je veux que le jour de mon enterrement, il soit distribuez manuellement aux pauvres la somme de mille} livres.

> Tous les biens qne j'ay en ce monde peuvent valoir deux cens mille livres tant meubles qu'immeubles que, debtes qui sont procédera de cent quatre vingt nul livres des offices que j'ay euzet dont j'ay disposé. Le surplus je l'ay espargné de mes appointemens ou des pensions, que j'ay eu sur l'evesché de Marseille; j'en dispose donc pour la descharge de ma conscience.

> Je laisse a ï'hospital du sainct Esprit de Marseille,, la somme de trente six mil livres tournoi» „ pour estre employée en rente, au profit des pauvres qui seront audict Kospital , a charge que tous les pauvres qui seront audict hospital , une fois le jour que l'on leur fera prier Dieu , prieront pour mon ame en ces mots.: « Dieu fasse miséricorde a un tel » en me nommant.

> Je laisse a Ï'hospital de Meaux, etc. etc..»

. Nous ne continuerons pas cette série de legs qui nous entraînerait d'autant plus loin que le testateur. n'oublie aucun de ses serviteurs , tels que son homme de chambre (à qui il donne toute sa garde-robe .excepté sa robe de velours } , ses valets de pied ,. son maître d'hôtel , sou argentier, son cuisinier, ses autres serviteurs et servantes. Quant à M. l'évéque de Vence, son frère, et M. l'évêque de Retz , son neveu , il lès prie e de se contenter du bien qu'il leur a procuré en l'église, dont if les exhorte de bien et charitablement user. » 11 donne le surplus de ses biens à-' mademoiselle Anthoinette du Yair, sa sœur, pour en jouir sa vie durant et les restituer à mademoiselle Rihier, sa nièce. Il lègue au sieur de Saint-Aubin un diamant de cent écus, et au sieur de Peyrets toutes ses médailles , l'un et l'autre étant au nombre de ses exécuteurs testamentaires.

Enfin, il déclare l'acte écrit et signé de sa main a Villeneuve-le-Roi , en sa maison, le mercredi dixième

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DE J. RACINE. /|i3

four do juin i6so. « A l'honneur de Dieu soit , et salut de mon ame. » Signé G. du Vaib, évêque de Lizieux.

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