TESTAMENT DE JEAN RACINE
L'en des plus beaux génies et des écrivains les plus purs dont la France s'honore, Jean Racine, naquit à la Ferté-Milon, en Champagne, le 21 décembre i65g. 11 fut élevé a Port-Royal-des-Champs , ou des études fortes et sévères le familiarisèrent avec tous les chefs-d'œuvre de l'antiquité ; et doué d'un goût exquis, se livrant a la carrière dramatique, il rendit la scène française rivale et quelquefois supérieure à tout ce que la Grèce , dans les plus beaux temps de sa splendeur, nous a laissé- de plus admirable en ce genre. Sa carrière fut comme celle de tous les grands hommes , entre-mêlée de gloire et d'ennuis. Il fut longtemps comblé des faveurs du grand Roi; en même temps il eut à lutter contre les injustices et les tracasseries de la jalousie; le dégoût qu'il en éprouva le fit renoncer au théâtre d'assez bonne heure; une sensibilité déplacée sur un mot de Louis XIV , le conduisit au tombeau le 2 a avril 1699. Quatorzeansauparavant,en i685, il fit un testament d'une admirable simplicité, qui, en peu de mots, nous prouve que la bienfaisance et la charité étaient les principales vertus qui dominaient sa belle ame ; par la suite , en 1 698 , il ajouta a cet acte un codicille, véritable monument de modestie et de piété. Tel était l'esprit dominant du XVII.' siècle : toutes les vertus chrétiennes se tenaient par la main chez les hommes les plus distingués, les plus considérables de la société, et l'on ne songeait pas à les taxer d'hypocrisie.