‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 3)Chapitre 47 sur 123 · PKD1BCS. 3AXVM · texte numérisé non relu

PKD1BCS. 3AXVM

CIVCHIAEnORSIFEltAE ET CUmiFERAE PESSVETAE ET 1IAN» SVET.VE, CVIVS VT IKSVLTVRA BESVLTVRAE COMMODETT.il, PVBLIVg CRASSVB ttCLAE SVAE CHASSAS BENÏFEHENTI SÏPPEDAKEVM HOC CVM RISV PONINDVM CVR. VIX1T MiNIS TRIBUS , MENS. XV. DIES ET NOCTES. XXI.

TESTAMENT DE J. CLEBERG.

Tout voyageur qui arrive à Lyon par la route de Mâcon , doit apercevoir sur sa droite , en passant dans la rue de Bourgneuf , une statue sise sur un rocher assez élevé, dît le rocher de Tunes ; cette statue qu'on appelle l'Homme de la Roche , représente un guerrier armé, d'une pique et tenant une bourse de la main droite. Elle a été exposée de tout temps à l'espièglerie des enfans, qui en passant lui jettent des pierres ; mais on a toujours eu soin de la réparer et même de la renouveler quand elle avait succombé à tant d'assauts. ( Je l'ai vue M y a quelques années entièrement restaurée et enluminée de vives couleurs : cette restauration a eu lieu le 24 juin 1820. )

Les érudits n'ont pas dédaigné de rechercher l'origine de ce monument singulier, auquel il parait que le peuple tient beaucoup. On prétend

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DE JEAN Cr.-0-ERG. afil

que la reconnaissance éleva cette statue à la mémoire d'un nommé Jean Cleberg ( appelé mal à propos Flebergue par plusieurs auteurs), Allemand , né à Nuremberg vers iq85 , établi à Lyon en i53a r conseiller de ville en. i544» e* mort le 6 septembre i5<46; homme qui a laissé une grande réputation de charité et de tendre sollicitude pour les malheureux. Outre des dons considérables faits à la ville , il consacrait chaque année une somme assez forte à marier les pauvres filles du quartier de Bourgneuf. En effet la bourse que tient cette figure, semble désigner la générosité de celui qu elle représente. Ce sont les habitans de Bourgneu f qui font ordinairement les frais dé la restauration dé cette statue ;, et avant de la placer sur la roche qui lui, sert de piédestal , on la promène en pompe dans toute la ville au soudes instrumens (1).

Mais quel rapport peut avoir cette statue avec un testament, aura sans doute déjà dit notre

(>) L'histoire de .T. Cleberg étant étrangère à notre travail , nous ne pouvons nous en occuper ici ; mais nous renvoyons à des notices et dissertations curieuses publiées en 1837 sur cet excellent citoyen , par des savans Lyonnais, aussi recom ma ndables par leur érudition, que par leur attachement à leur pays et leur empressement à rechercher tout ce qui peut l'honorer.

M. Gochard, membre, de l'académie de Lyon et de Dijon, a donné un petit volume intitulé L'Homme de ta Roche, au Calendrier historique, etc., orné du portrait de J. Cteberg, et suivi d'une notice sur cet homme célèbre, Lyon , Pézîeux ( 1827), in- 18, fig. Cette notice historique est • très-curieuse et fortintéressante. Pour peindra la.vertu.

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lecteur ? le voici : Il existe un petit livre rare et assez curieux, intitulé : Formulaire fort récréatif de fout contracte t donations , testament , codicilles et autres actes faits et passés pardevant notaires et ■ témoins , par Bredin te Cocu , notaire rural et contrôleur dés Basses Marches au royaume d'Utopie. Lyon, i5g4, in»i6; réimprimé dans la même Tille en 1610 et 1627. Parmi les différens actes plaisans et faits d'imagination , que ce petit volume renferme , il se trouve un testament ou donation à cause de mort , que le facétieux auteur attribue à l'illustre Jean Cleberg; lequel

et la bienfaisance avec des couleurs aussi vives et aussi naturelles , il faut nécessairement les puiser dans son propre cœur et être identifié avec le héros que l'on a sous les yeux.

M. Breghot du Lut, digne collègue de H. Cochard, a consigné dans le 5." vol. d<;s Archives historiques et statistiques de Lyon, pp. 207 — 3i5, une très-bonne analyse de l'ouvrage précédent, avec quelques observations et de nouvelles pièces sur l'histoire de J. Cleberg ; c'est encore un morceau précieux, qui ajoute quelques rayons de lumière à ceux que M. Cochard avait jetés sur ce sujet obscur. Les mêmes Archives présentent , pp. 3% — 3(5(i , une lettre de M. Cochard à M. Breghot , où la discussion continue et offre un nouvel intérêt. Enfin M. Cochard , dans son Homme de la Roche ou Calendrier pour 1828, seconde année, Lyon, 1838, in-18, consacré à la mémoire de Pierre Adamoli , autre bienfaiteur de la ville de Lyon , a encore parlé , pp. 3;) — 49 > de Jean Cleberg , et des recherches de M. Breghot à ce sujet.

On trouvera dans les différens ouvrages et dissertations que nous venons de citer, tous tes renseîgnemenB que l'on a pu découvrir sur le boit Allemand, vulgairement appelé l'Homme de la Roche.

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du haut de son rocher donne et lègue en toute propriété à Guillot-le-Songeur , son voisin et boa ami , toutes les pierres qui lui sont ruées par les petits enfens, etc. Nous avons cru pouvoir rapporter cet\ acte facétieux , tant pour un peu égayer la matière , que pour faire voir quelle était la formule des testamens et donations au XVJ." siècle ; puis nous y joindrons un mot sur l'ingénieuse découverte de l'auteur du nom pseudonyme du Formulaire récréatif, par le savant bibliothécaire de la ville de Lyon , M. Pericaud. • Pardevant, etc. , fut présent noble Fierabras » le Furieux , seigneur de la Roche sous Tunes , 1 lequel sage et bien advisê , considérant que le 1. peu ou point d'espérance , tant s'en faut , qu'il » se puisse asseurer d'une longue vie en la charge 1 volontaire qu'il a prise pour la conservation de » sa patrie, d'estre sur pied jour et nuit, et en » tout temps en sentinelle, la hallebarde au

• poing, exposé â tous vents, et à toute autre » injure de temps , craignant d'estre prévenu de 1 la mort, et pour autres bonnes considérations » a ce le mouvant , de son bon gré et libre vo- » lonté , a donné , cédé , cède , et remet, par » donation faicte à cause de mort et après son > decez, et non plustost valable, à honorable

■ homme Guillot le Songeur , son voisin et bon » amy , présent et acceptant , toutes les pierres » qui sont ruées au dit donateur par les petits » enfants, tant et si longuement qu'il se trouvera

■ en sentinelle , et qui se trouveront à ses pieds » ou près de luy lors de son dit decez , pour en

* jouir et en user par le dit le Songeur, les

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• siens et ayans cause, en toute propriété, in-

• continent après la mort du dit donateur ;

> lequel confesse pour ce, tenir et posséder la

■ chose donnée au nom de précaire et de consti- » tut , au profit d'icelui donataire qu'il veut et

• entend s'en pouvoir saisir et emparer , de son

> autorité privée, et sans aucune forme ni figure

> de procez , incontinent qu'il sera deuement

■ averti du decez du dit donateur , lequel outre '

■ ce , a donné, remis , cède et remet par la même » donation que dessus fai£te a cause de mort au-

■ dit le Songeur , sa hallebarde et toute sa des-

> pouille, dont aussi il se pourra saisir et prendre

■ par ses mains , sans attendre que la délivrance

> lui en sera faicte par les héritiers du dit donai teur, qui a voulu estre faict et expédié le pre-

> sent acte de donation au profit du donataire

• parle notaire soussigné. » Faict, etc. ■

Telle est la donation à cause de mort du fameux Jean Cleberg. Ce n'est sans doute pas l'acte le moins plaisant du recueil intitulé : Formulaire récréatif, etc. ; mais qui est l'auteur de ce recueil ?. Cette question a été l'objet des recherches de M. Pcricaud, de Lyon, qui me paraît en avoir trouvé la solution. VA vit au lecteur qui est en tête du Formulaire n'a pas de signature, oit pour mieux dire , elle est remplacée par les mots bonté n'y croist, qui ne sont autre chose qu'une devise anagrammatique : on sait qu'au XVI. * siècle les auteurs avaient assez l'habitude de substituer àleur signature l'anagramme de leur nom, dontils faisaient une devise telle quelle. M. Pericaud en

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cite plusieurs exemples que nous pourrions beaucoup multiplier (i). II a donc cherché quel nom pouvait être caché sous la devise bonté n'y crois t j et il y a découvert Betwist Troncy. « Or , à l'époque où le formulaire a été publié, dit-il, il existait à Lyon un individu nommé Benoitt du Troncy j lequel était contrôleur du domaine du Roi , et secrétaire de la ville de Lyon. Comme cette dernière charge anoblissait, celui qui portait ce nom y aura sans doute ajouté un du.

(t) tu chapitre de nos Amusemens philologiques, Dijon, i8q4 y in-8.", pp. aa — a8 , est consacré aux Anagramme/. Nous en avons cité un certain nombre ; M. Pericaud en rapporte deux qui nous ont échappé : ce sont celles de Jean de Coras , cède a saison , et de Jean Brynon, nus ion n'y a. Depuis la publication de nos Amusemens, noua en avons découvert quelques autres.

Lors de l'effroyable catastrophe qui priva la France du meilleur de ses Bois, le bon Henri, le père Coton publia une lettre déclaratoire de la 'doctrine de son ordre sur ce grand malheur. Cette lettre fort bien faite n'empêcha pas les ennemis de la société d'y répondre par une diatribe très-forte intitulée Y Anticoton. Us trouvèrent dans Pierre Coton , febcb iob soi. Les jésuites soupçonnant P. Dumoulin d'être l'auteur de l'Anticoton, répondirent par Petrus Dumoulin, suit mtndo lupus, Dumoulin n'était point l'auteur de ce pamphlet signé P. D. C. On l'attribua à César de Plaise , avocat d'Orléans. Comme ou ignorait alors son nom , on joua sur les initiales, en appelant l'auteur Pâté De Chenilles, Pernicieux Diable Calomniateur , Punaise D» Calvin, etc. Trente ans plus tard, on fit sur Jansenius l'anagramme suivante : Cornélius Jansenius, calvini sessps in ore, lien est encore d'autres : Maria Magdalena , grahdia MAtA me» ; sacramentum Eucharisiiw, sacha Ceses hctata in Cbbistuh, etc. etc.

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Ce qu'il y a de certain , c'est, que Benoist du Troncy est cité dans la Bibliothèque de Duverdier et dans les Lyonnais dignes de mémoire, comme ayant traduit le traité de la Consolation attribué à Cicéron , traduction qui fut imprimée à Lyon en iT>84, chez Rigaud, le même chez lequel se vendaient les éditions du Formulaire publié en i5q4 et 1610. D'après cela ne peut-on pas conclure avec quelque probabilité qu'il y a identité entre le traducteur de la Consolation et l'auteur du Formulaire. » Pour nous, nous n'en faisons le moindre doute ; et nous remercions M. Pericaud d'avoir si ingénieusement levé un petit coin du yoile qui couvre encore tant d'anonymes et de pseudonymes, malgré les recherches laborieuses desPlaccius, des Mylius, des Baillet, et surtout des Barbier et Van-Thol.

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