DE DEUX POITEVINS
» que son corps- serait enfermé dans une peau » de pourceau conroyée, et ensevely de bout » devant le grand autel de l'église , sur une pile » de charbons , donnant pour raison de son » dire , qu'il n'y a point d'autre Dieu au monde » que l'incorruptibilité du corps et que les char- ■ bons et la peau de pourceau bien conroyée , » estoient deux suffiaans moyens pour empes- » cher la pourriture. ■ Cet homme était fort riche, il avait beaucoup d'argent comptant, qu'il cacha dans une salle basse sur le plafond de laquelle il avait fait peindre les douze signes du Zodiaque et les planètes. Les murs étaient couverts du mot mille fois répété, grippillewny; sur la porte de ta salle était écrit en grosses lettres gothiques : qui potest capere capiat ; et au milieu de la voûte ou lisait : qcxkite et invehietis. Il fit publier par son exécuteur testamentaire que ses trésors étaient dans cette salle , que tout le monde pouvait y entrer pour les chercher et que le tout serait de bonne prise pour celui qui les aurait trouvés. Il ordonna en outre que son corps fût porté en terre le plus joyeusement possible , priant tous ceux qui lui feraient l'honneur d'assister à son enterrement, d'avoir une branche de laurier à la main au lieu de cierge. C'est à l'issue de l'office de ses obsèques que la salle devait être ouverte à tout le monde pour aller fourrager ses trésors. Maïs l'histoire rapporte que ses domestiques y avaient, mis bon ordre, même avant la mort de leur maître; et, selon toute apparence le legs des fourrageurs fut réduit à bien peu de chose,
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Le P. Garasse dit * que si, dans le testa-
> ment de Cortusio ( dont nous avons parlé , » tom. I , p. 70 ) » >1 y a des niaiseries et des
> impiétés insupportables, on trouve dans celui- » ci des tranchées lunatiques qui déposent de » la folie du personnage. »
« Ce testament-ci, plein d'impiété, dit le P. Garasse , est encore d'un vieux athéiste assez cognu sur les lieux pour les desbordemens de sa vie. Cet homme qui n'avoit trop vescu que de soixante ans, mourut l'an 1601 , en février, sur les confins du bas Poictou , dans nu prieuré qui lui appartenait, et fit un testament aussi meschant qu'on sçauroit faire au milieu de la Turquie, car.il ordonna :
» I. Que son corps ne seroit point ensevely en terre saincte, mais au milieu du marché, et dans uu lieu profane, afin que ses os se ressentent des danses villageoises qui se font en cette place tous les après souper d'été.
» II, Qu'estant mort en février ( i) , il ne vout loit pas qu'on fist ses obsèques en ce mois, qui est un mois mélancolique , mais qu'on attendis! au premier jour de may qui est le mois de resjouissance.
» III. Que tous les ans , au premier jour de may ,- "ro cherchast quatorze jeunes enfuis , yier-
(1) 11 est assez singulier qu'un homme dise dam «m testament qu'il est mort en février. Le zèle fougueux du. "\ Garasse n'y regarde pas de si près.
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