DE M. DE VONT Y ON
Les établissemens publics et autres Ic^aUiircs ont fait les diligences nécessaires pour les recouvremens, et on a compté que, déduction faite des legs individuels, ce qui restera aux hôpitaux et aux académies ne sera pas fort au-dijbbous do cinq iiiilJions.
Le conseil général de radminiêtration des hospices de Paris , aordonné que la mémoirede M. de Montyon serait consacrée par un marbre qui coiilieudrait Texpressiuii tic la reconnaissance de l'administration , et qui serait placé au lieu le plus apparent de la salle des concours.
L'académie française a aussi voulu témoigner sa reconnaissauce à ce généreux bienfaiteur. M. Lacretelle jeune a été chargé de faire son éloge pour la séance publique de la Saint-Louis de îSiài. lls'estdigqementacquittédecette tâche agréable. Voici comment on parle de ce discours dans le compte qui a été rendu de cette séance: « L'éloge de M. deMontyon, lu par M. Boger pour H. Lacretelle , a excité des apphiudissemeiis unanimes et réitérés; c'était une justice rendue au style élégant et gracieux de l'auteur; mais il faut avouer, sans diminuer le mérite de M. Lacretelle, que le sujet était facile à traiter et naturellement plein de charmes. Ce tableau d'une vie entière consacrée a la bienfaisance la plus modeste et en même temps la plus étendue, s'alliait véritablement au caractère religieux et monarchique de la féte, »
l30 TESTAMENT
Voici k testament d'un homme extraordinaire, dont le modeste berceau et le tombeau solitaire,
sépares 1 un de Fautre par des mers immenses (1) , font un contraste Irappaiit avec l'éclat de sa vie , yie qui est sans exemple dan« les annales de rhistoire moderne.
Né pour les armes, Napoléon Bonaparte (9) ^ met à peine le pied dans la carrière, qu'il fixe tous les regards par des conquêtes rapides. Enivré de 8i)ccès non interrompus , et profitant habile* ment des circonstances, dans un moment où ropinion publique se pro n o n c a i t fortemen t contre les derniers efforts de l'anarchie expirante, il marche à grands pas vers le pouvoir Bupiéme, s'en empare, et ne tarde pas à voir tous les peuples
(i) La plus ^sotirte disfaiice d*A|acoio en Corse, à Longwood ( lie Sainte-Hélène ) , e§t d*envîron 654 myriamètres, qui, à raison de la route à suivre pour pai-venir
de 1' une de ces villes à 1 autre ^ peuvent donner i58j iieues (de 25 au degré ).
(a) Ce nom en italien eM Baona parte; il est ainsi écrit dans leK Alnianachs milit ures antérieurs à la révolution; IV est accentué. J'ignore l'époque où Napoléon a francisé son nom, mais je possède un ordre du jour manuscrit, daté de Nice le 3o ventôse an II (20 mars 1794) > signature autographe porte BroNAPim. On prétend ^ue c'est depuis 1796 qu'il a signé BonaparU*
DE NAPOIÉOn
de rF4urope, excepté im, se presser sur ses pas, lui servir de cortège, aller au-devant de ses volontés, trembler à «on aspect, changer de sou-* veraiiis ou de gouvernenu iit , et se déclarer libres ou sujets, selon les circonstances, selon ses intérêts, et quelquefois selon les caprices ou les vues de son ambition. %^ ne peut disconvenir qu'il n'ait été l'un des hommes les plus puissans(/^^ qui ont étonné le monde, depuis AlexaiK ire , César et Charlemagiie. Jamais pouvoir imprévu , créé pur la victoire , secondé par des talens éminens, étayé par de grandes alliances , n'a été plus fortement, plus adroitement constitué; et cependant Ce pouvoir colossal s'est écroulé en moins de temps qu'on en ftvâit mis à rétablir! 11 a disparu; et il n*en reste plus <j[ue des souvenirs aussi variés , aussi opposés entre eux que les passions de ceux ^uâ les conservent. Mais ces souvenirs d'allection ou de haine s'affaiblissent chaque jour, et bientAt leur objet, phénomène înou^ dans les siècles modernes, ne sera plus pour tous qu'un sujet de méditation sur les décrets de cette Providence qui, dans les grandes révolutions, exaltât êt dbnittii selon les lois de son immuable )ustice* Avant de rapporter le testament de Napoléon, nous allons entrer dans quelques détails sur ses premières études et sur celles de ses frères Joseph et Liiden. Ces détails , quelque minutieux qu'ils
(J ) Nous renvoyons à la fin du testament cette note et toutes celles qui seront indiquées par des lettres majuscules. Quant aux notes désignées pardes chiffres, elles .seront placées au bas des pages.
puissent paraître , nous semblent nécessaires pour
réctilicr des erreurs adulatrices de certains «biographes qui s'imagiueiit relever la gloire de leur héros en lui donnant une origine des plus illustres , environnée de Téclat de la fortune ; de sorte que le prenant au sortir de Técole militaire ^ ils en font un jeune officier vivant en grand seigneur avec équipage (i). Bonaparte n'a pas besoin de ce relief imaginaire. Que Jules-César, prononçant
( I ) Voyez les ObserwtHons sur /'Histoire de Napoléon , d'après lui-même, par Léonard Gallois, publiées par M. Amanton. Paris, I rouvé, 1827, iii-S-^de 23 pag. L'auteur a très-bien relevé les erreurs graves de M. Gallois sur rorigine et la jeunesse de Bonaparte, sur le caractère gai et plaisant qu'il lui prêle, sur sa première garnison, sur son oi>iilcnce au réiîinient, etc. etc. Mais ces erreurs n'appartiennent pas entièrement à M. Gallois: la plupart ont été copiées littéralement dans le Mémorial dé Stûnté^ Hélène, de M, L^Cases, Ottm^ où, parmi plusieurs détails ÎDtérewans et vrais, donnés et dictés par Napo-» léoD sur sa première jeunesse ^ il s'en trouve d'autres que Fauteur y a ajoutés e| qui sont fort erronés ; par exemples, il dit, tom. I, p. i65, que Napoléon, sortant do
Picote militaire^ fut joindre son régiment à Faïence « ^ue
sa fitmillo lui faisait ta grosse pension de 1900 liv. , ete. etc. Le fidt est que la ville d'Auxonne a été la première garnison de Bonaparte^ qu'il y a résidé pendant environ quatre ans ( avant d'aller à Talence ) , et qu'il y a vécu très-éeonomiquement de ses seuls appointemens. Cela est connu de toute la population d'Auxonne; et de pclites dettes qu il y a laissées, attestées par les billets qui existent encore, en l'ont foi.
Mais ce qu'il y a de singulier, c'est que M. Las-Cascs rapporte, tom. III, p. 585, une anecdote où Bonapai ic dit qu'^n 1786, à Aaxonne, sa garnison, étant à nager,, il
DE I^APOtiON. l33
à la tribune Téloge funèbre de sa tante Julie, la
fasse descendre d'Anciis Marlius; que lui-même prétende descendre de la déesse Yénus, et qu'il ajoute : « On trouve donc dans, ma famille la » sainteté des rois q ni sont les maîtres du monde» » et la majesté des Dieux qui sont les maîtres des » rois ; » cette ridicule jactance était conforme au but de cet ambitieux dictateur et aux idées supertitieuses du siècle où il vivait. Mais dans lioiî temps modernes , de pareilles absurdités pour
avait perdu connaissance avait faillî être noyé. Ce second passage du Mémorial impliijuc contradiction avec le premier. M. Las-Cases eût dû y faire atfenlîon. Il parle encore, toin. V, p. i(i6, rVun Voyage seiUnncntal que Bonaparte lit en Koiirgognc au commeiiccincnl de la révolution^ dans lequel voyage il alla à Nuits, et soupa. chez son camarade Gassendi, alors capUmm dans son régiment (c'était La Fère, en garnison à Auxonne) et marié assez richement à la fille d'un médecin du Heu (M. Sousselier). Bnsuite H foi souper chez Af."^ Maret ou Muret ( lisez Ma- Tvy)f et 9 dans ces deux soupers, il brisa beaucoup de lances en faveur de la révolution , etc. etc. Ce voyage sentimental n^est autre chose qù^une petite expédition militaire confiée au lieutenant Bonaparte , qui fut envoyé d^Auxonneavec an détachement de son régiment, d*abord à Seurre, pefîte ville voisine d*Âuxonne, oh il. y avait quelques troubles, puis à Tabbaye-de Ctteaux, où les religieux s'étaient insurgés contre l'abbé. Bonaparte y resta deux ou troi^ semaines ; il allait de temps en temps à Nuits. Voilà ce que M. Las-Cases appelle un royale sentimental, fait par ^apolLOii en Bourgogne. Il y auiait encore bien d'autres choses à relever dans le Mcmorial, qui cependant renferme des particularités curieuses parmi certains passages sur lesquels i auteur n'a certaiucmeut pas eu l'intention de réunir tous les suiTrages*
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déguiser Vorigiae d'un homme crlrhre qui a vécu au milieu de nous, ferait hausser les épaules. Et tout le inonde sait que Bonaparte lui-même a imposé silence aux Hoziers bénévoles qui déjà lui tenaient prête une généalogie an moins royale.
Rétablissons doue les faits concernant la jeunesse et les premières études de Napoléon et de ses deux frères Joseph et Lucien. On peut compter sur la véracité des détails que nous allons donner; nous les tenons de deux respectables ecclésiastiques qui ont été leurs professeurs au collège d'Autan , où ces leunes gens furent admis comme pensionnaires par la protection de M. de Marbœuf, gouverneur général de Corse , dont le frère était évéquc d'Autun depuis 1767. (il y resta jusqu'en
Disons d'abord un mot de la naissance de Bonaparte ; ensuite nous passerons aux détails annoncés ci-dessus et renièrmés dans un fragment de correspondance entre les deux dignes ecclésiastiques dont nous venons de parler, correspondance que nous avions sollicitée nous-même de Tun d eux , qui nous honore de son amitié.
Napoléon Bonaparte est né à Ajaccio en Corse 9 le 1 5 août 1769, de Charles Bonaparte, assesseur à la justice royale d'Ajaccio ( né en 174*^^? mort le 24 février 1 786 ) , et de Letzia Ramolini ( née le ^4 août 1 75o)« 11 est le second des treize enfans proTenus de leur mariage célébré au commencement de 1 767 ; mais de ces treize enfans , liait seulement, cinq garçons et trois filles, ont survécu.
Fragment de la lettre de M* i'abbé Ch^*m* à M. Vubbé jp,.., «Napoléon est arrivé à Autunavec son