‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 18 sur 91 · DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

DE NAPOLÉON

» frère Joseph, au commencement de l'année » 1779 (1) , accompag^né de M. son père ( qui, » comme peut-être il vous m souvient, était un

9 «iiperbe homme ), et de M. Tabbé de Va ,

» qui ensuite devint grand-TÎcaire d'Autun , sans » doute à son grand étonnenient. . . . , et qui depuis • 8 est marié , a été commissaire des guerres, etc. » {9) Napoléon avait neuf ans et demi quand il 9 amfa à Autun ; il y apporta un caractère som- » bro et pensif; il ne s'ainiisail avec personne, » et se promenait ordinairement seul , ayant pour > .ainsi dire l'air de calculer dé|à l'aTcnir, du » mins je le suppose d*après une conversation » auprès du poêle dans la salle d'études , entre lui » et le» autres pensionnaires^ qui le contrariaient

(t) Et non pas 1777, année ou certains biographes le font entrer à Brie n ne. Bonaparte n'aurait pas encore eu au commencement de cette année sept ans et demi ; on n^entre pas dans une école mifitaire à cet âge. I«e8 détails de la lettre que nous rapportons annoncent qu'il avait neuf ans et demi. H n'a été à Autun que momentanément, et pendant que son père, député de la noblesse des états de Corse à Paris, profitait dé la circonstance, et Csdsait des démarches sans doute pour obtenir en faveur de son fils une place gratuite à Brienne, oft 3 est en eifet entré le dimanche a5 avril de la même année 1779. V. sur l'arrivée de Charles Bonaparte à Paris > le Mémcrial dâ Sainte-Hélène t tom. I, p. i4i»

(a) On m'a assuré que ce Monsieur ne se faisait pas -|B6rupule de garder les petites sommes que la ianiilie de^ Corse lui envoyait de temps en temps pour les enfans. Ce €]in laissait ceux-ci, ou du uioiiis Joseph et Lucieu, dans un dénuement auquel un de ses j^fiesseurs a i^lus d'uns ibis pourvu.

TE8TÂMSNT

» sur la [)rise de la Corse, et qui taxaient de là- » ciieté les habitans. 11 écouta leurs réflexions » avec cet air fl^me et froid qui formait son 9 caraotère. Mais quand ils eurent fini ^ il allongea » avec vivacité et même avec humeur son petit » bras de neuf ans et demi, et répondit que si 9 Ton n'avait été que quatre contre un, im n^au*

* rakiamais {Mis^la Corse, mais qu'on était venu

• dix contre un. J'étais à côté de lui, et je lui » dis : « Cependant, vous aviez^ un bo^ générai » dansPaoli. » 11 me répondit avec un iArpekié; « 0«i , Monsieui^^ et je voud^is bien lui ressem- » Mer. »'Hpan^l que dèsFenfance, son caractère » s'était annoncé, puisque, quoique le cadet de » Josepli, on l'avait destiné aux armes. 11 aimit 9 beaucoup dedispositions, comprenait et ^ppr^Br » naît facilement. Quand jelui donnais une leçon, » il fixait sur moi ses regards bouche béante, » Cherchais-je à récapituler ce que je venais de « lui dire , il n'écoutait plus ; et si |e iiM feisais « des reprocàes, il me répondait a^ec un air » frèîd, on pourrait même dire impérieux : «Mon- » sieur, je le sais. » Je ne l'ai eu que trois mois; » pendant ce temps^ il a appris le fi^g^iig^jlii 4^ » naniëre^ à faire librement la çonvmatkNÉv ai » même de petits thèmes et de petites versions. » Au bout des trois mois je l'embarquai avec un B M. de Champeaux pour j'école militaire <fo » Brienne (i).

( 1 ) U fut conduit à cette école avec le fils cadet de M . de Champeaux , par M. de Champeaux père, et il y arriva le dimanclie a5 avril 1779. Son père, If. Charles Booa* parte , Ty attendait depuis cinq à six jours.

DE NAPOLEON. iZ'J

» Depuis ce temps je n'ai point cherché à lui parler, quoique je connusse ses bonnes dispositions â mon égard; ce dont )*ai été informé pendant mon exil, par m officier de marine émiii^ré, qui avait épousé la cousine de sa première iemuie ( Joséphine ) , à qui il avait prêté quatre-vingts louis en l'amenant d'Amérique en France. Il alla les lui redemander à Milan. 11 rencontra Bonaparte qui commandait Tannée d'Italie f et lui parla de moi. • Je suis surpris, dit-il, que labbé Ch.... ne m'écrive pas, Il sait que je pnis lui rendre service. » L'officier, avec 0 lequel j'étais très-liéà Venise, lui répondit : «Vous » n'en seriez pas étonné, si vous le connaissiez 1, maintenant; rien ne lui manque, et même s'il avait besoin, je crois qu'il ne serait pas dans son caractère de demander. » C'est l'officier qui me rappoi la cette conversation. J'ai su après qull donna de mes nouvelles à son frère Joseph, â cçtte époquQvtqAbassadeur à- Rome. , » Quant à celuÎHci { Joseph ) , il avait aussi beaucoup de dispositions. Ne sachant nullement le français â son arrivée , malgré son peu d'ardeur pour l'étude, il l'apprit très-promptement ainsi qt|e les ][>rincipes du latin , au point qu'en vingt-deux mois que je lui donnai des leçons il entra en quatrième et fut des premiers de la classe , et partagea les prix* 11 fit encore bien en troisième. Je le quittai alors; et H. le prin« cipal me dît depuis qu'il avait perdu à mon absence et s'était négligé. En effet il m'était tellement attaché, qu'il travaillait parce qu'il savait que c'était un moyen de me faire plaisb. Autant

T£STAU£NT

1 son frère était impérieux, autant il était coin-

» plaisant et honnête. Son caractère était doux, « prévenant» reconnaissant (i) , aimant ses ca- » marades, protégeant ceux que l'on choch^U à » contrarier. Jamais je n'ai vn en lui de ^mtte» » d'ambition. Son naturel gai , niais tranquille, » n'annonçait aucune disposition pour le genre » de tie auquel on Ta destiné ; et c'est ce qu\ine » fait soupçonner, d'après le caractère que f^fm » ai connu, qu'il a été roi malgré lui. ^ "

» Pour Lucien, je nai fait que l'apercevoir, » lorsque retournant a Autun, ('allai voir son > frère JcMepjb» IjbéBemble que sa conduite dans « la suite a montoré qu'il ayait un caractère très* M ferme (2). Il se serait peut-être mieux soutenu • que son kère, à moins que la Providence, dont

(1) M. Tabbé F m'écrivait en i8a5 : « Jqsepli n'a

» quitté le collège d*Autun qu'en 1785, après avoir achevé • ses humanités. Il était doux, timide et très-aimant. Je ' » lui avais témoigné beaucoup d'intérêt; il m'a fait les » offres de services les plus flatteuses et jen*en ai accepté » aucune. »

En effet je sais (jue Joseph arrivé sur le pinacle , a offert à M. l'abbé F..... l'évêcLé de Mende, que celui-ci a eu l:i modestie de refuser. Je sais aussi qu'il a fait une pension de 4i00o fr. sur sa cassette à M. l'abbé C

Enfin il a procuré à M. l'abbé Simon , qui a éî*alement été sou prolésscur au collé£i;e d'Auluti, r< v(}( lu^ de (irenoblc. M. Simon a été sacré le 8 août 1601; il est mort à Grenoble le j octobre i8a5, à l'âge de 81 ans^ étant né à Semur ( Côte-d'Or)^ le 3 novembre I744*

(s) M. Tabbé F me mandait : c J'ai assez suivi le

» bon et pétulant JLuden pendant vinf;t à vin|Hieuz > mois* • f

DE HAPOLiON. iSg

» tout dépend , n en eût autrement décidé. Mais > )e ne l'ai pas assez vu pour ie )uger. Quant à » Louis ét son frère Jérôme, je n*ai jamais sù

» qu'ils aient été à Autun. Voilà, Monsieur, en 9 abrégé l'bistoire des Bonapartes que j'ai tus à » Autun, eipf^ etc. »

Nous avons dit précédemment que le jeune Napoléon s*était rendu à lecole de Erienne en 1779; il y est resté jusqu'en 1784. Vers la fin de cette année 9 il sortit de cette école, suite de |i note fiiVorabiè q^'il obtint de Finspecteur (1) au conco^iifà dans lequel on désignait les meilleurs élèves qui avaient mérité d'aller achever leur éducation |^.'éçole militaire de Paris. Cette note W^ainsi conçue :^

InSPBGTIOICS dès iftCOtlSS BOTAIES ET MILITAIBES,

» année 1784 ^ sons le ministère de M. de Ségur, » M. de Buonaparte ( Napoléon ), né le 1 5 août

**>^1§99 de 4 pi«ds 10 pouces 10 lignes. » Xifli^ ^uati^ième.

» De bonne constitution, santé excellente, •^parj^ctère soumis, honnête et reconnaissant. •> ^^B^uite^r^i^ulière. S'est toujours distingué » jp«ur ion appliciitibn aux mathématiques; il sait » très-passabhîmeiit son histoire et sa géographie. »^I1 est assez faible dans les exercices d'agrément, iumsi que pour le latin , oà il n'a frit que sa qua-

(1) ii. Las-C|ises dit que ee| inspecteur était ie ehe- Hj^^Û^r de Kerapo, officier général, quf mourut presque aupjiilôl, et qmrli* de Regnaud, qui lui succéda, exécuta la nôte délivrée par M. de Keralio.

l/^O TESTAMENT

» Mérite de pasé^ à Técole de Paris. » ^ ^ En effet il entra dans celte école le 22 ocira^êi 17Ô4, et y resta pendant l'année 1785. Ayant terminé ses cours, il sub^jt u^^examen pour entrer dans Fartillene, etsi^ trcnfensix places d'offiçler qui étaient à donner, iî obtint îâ dottral^nieVêè t^ut nommé, le 1." septembre 1785, sous-lieutenant au régipaent de Fër|e ^ artillerie , ea garnison à Auxonne , où il »e re^i^if et rrésida ^nd^nt pj^ de quatre ans. Il y atait appelé son frère Louis, en 1789, pour lui apprendre les mathématiques; il lui fit faire sa premi^e communio^^d^s maij^^

de M. raUbé Morelel v Wè^P paroissiale d'Auionne, (qu'il ne faut pas confondre avec labbé André Morellet, de Lyon, grand économiste, mort eu 1,019 , qui peu de premières communions}., - , \

En 1 790 , Napoléon Bonaparte passa <iu régiment de La Fera à celui de Grenoble. Etant eu garnison à Valence vers la fin de cette ann^e , il

Tn

\ Elle épousa M. de Bressieux , qui , Joi^^^ devint directeur-général de Fadminlsi^ration des eaux et forêts; et M."* de Brcssieux fut dame d'honneur <||Ç j^ladame-mère^ . y . ; .

En 1791^ Mapôl^^ Bonaparte retourna, jen Corse, où il embrassa le parti de la réyolutîoft. 11 y resta en 1792. Il y eut des mouvemens auxquels il prit part. Le lundi de Pâques de cette années étant à la tété d'un bataillon de gardes nàtiônàux, il fit tirer sur le peuple , ait niSm^t où sortant de l'église, il y avait un rassemblement tumultueux , qu'il dissipa. Quelques l^o^s j^P^^

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il se brouilla avec Paoli qui ne protégeait pas la Con?eiitîoD» Aussi le 27 mal 1793, un décret spécial de la Consulta que présidait Paoli, bannit à perpétuité; Bonaparte de la Corse. 11 quitta sa patrie, suivi de sa nombreuse famille , qui, peu fortunée f vint fixer sa résidence à Marseille, où elle reçut les secours accordés par la Convention à tous les insulaires bannis pour sa cause. Bonaparte continua à servir, et quelque temps après survint le siège de Toulon, premier échelon de sa grandeur future. Le reste est trop connu pour que nous continuions ici l'analyse des événemens qui l'ont porté au faite du pouvoir, et qui l'en ont précipité si rapidement*

n est temps d'arriver à son testament, à cet acte solennel , trace d une main déjà défaillante. IVous verrons qu'il y dévoile un cœur ulcéré de sa triste position, et qui, moins accablé du poids de sa grandeur passée que de llsOlement oà il se trouve 5 exdale sa bile contre ceux qu'il regarde comme les auteurs de ses maux, ose avouer Teffroyable et inutile catastrophe qui a terni sa gloire, montre les sentimens les plus affectueux envers son épouse , son fils et sa famille, et donne de n()nibreus(;s marques de reconnaissance à ceux qm lui ont témoigné de rattachement et du dé^ vouement.

Nous avons mis tous nos soins à rendre cette

nouvelle édition du testament de Napoléon la plus exacte, la plus correcte et la plus complète de toutes celles qui ont été publiées jusqu'alors. ^Ue est rédigée d'après la collation de quatre

copies difTércntcs, coii igées les unes par les au-

treSy et d'apiès quelques reuBeignemens partica- Ëer9. On y trouvera le testament proprement dit ,

les t'îtats du mobilier, huit codicilles, un abrégé des discussions auxquelles. cet acte a dooué lieu i et d'autres pièces^ avec des noies, etc.

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