‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 23 sur 91 · DB NAPOLÉON. I · texte numérisé non relu

DB NAPOLÉON. I

» républicains et royalistes, firenl éclater eu même temps

> une indignation sentie par tous avec la même vivacité. 9 Dn coup d'état si discordaiil avec le caractère libéral

> du siècle où nous vivons est cepeadanl la souillure » unique de la vie de ce grand personnage. »

Ecoutons le récit (rune autre personne qui a eu grande part aux affaires publiques. Voici le passage textuel de ses publiés en 1824:

« J \ \is un des premiers connaissance de la mission de » Cauiaincourt et d'Ordcncr sur les bords du Kbiii. Mais » quand je sus que le télégraphe venait d'annoncer » Tarrestalion du prince, et que Tordre de le transférer • de Strasbourg à Paris était donné, )e pressentis la 1 catastrophe et je frémis pour la noble victime. Je courus » à la Malmaison oîi était alors le premier consul : c'était 9 le 39 ventôse ( ao mars i8o4)* J'y arrivai à neuf heures

> du matin , et ie le trouvai agité, se promenant seul dans 9 le parc. Je lut demandai la permission de rentretenir » du grand événement du jour, t Je vois , dit-il « ce qui t vous amène; je frappe aufourdliul un grand coup qui

> est nécessaire. • Je lui représentai alors qu'il soulèverait » la France et l'Europe, s'il n'administrait pas la preuve » irrécusable que le duc conspirait contre sa personne à » Etteinheim. • Qu'est-il besoin de preuve, s'écria-t-il ? » n'est-ce pas un Uourbon et de tous le plus daiifi^ereux?» » J'insistai en exposant des raisons politiques ptojites à » faire taire la raison d'état. Ce fut en vain ; il tmit par 1 me dire avec humeur : « Vous et les vôtres irav<v-\ ous » pas dit cent luis que je fuiirais par (Mrc le Monck de « la France et par rétablir les Bourbons ? Eh bien , il n'y » aura plus moyi n de icciilci . Quelle plus forte garantie » puis-je donnera ia i^Nolution que vous avez cimentée » du sang d*un roi ? Il faut d'ailleurs en finir : je suis » environné de complots. Il faut imprimer la terreur ou a périr. » En proférant ces dernières paroles, qui i^e lais-* » salent plus d'espoir , il s*était rapproché du château.

> J'y vis arriver II* de Xalleyrand , et un instant après les a deux consuls Caqubacérès et Le Brun. Je regagnai msk

194 TESTAUENT

» voiture et rentrai chez moi consterné. Jésus le lende-

• maîn qu'après mon départ ou av ait tenu conseil , et que » dans iaimît Savary avait procédé à re^cécution duiaal«

» heureux prince. On citait des circonstances atroces

» L'indignation que j'avais prévue éclata de ia manière i la plus «anglante. Je ne fus pas celui qui osa s'exprimer

• avec le moins de ménagement sur cet attentat contre

• le droit des nations et de rbumanité. C'est plus qu'un

> crime, dis^ie, e*est une faute ! paiolesque fe rapporte»

> parce qu*e|les ont été répétées et attribuées à d*autres*»

(F) 11 est question du camée antique It gué à lady Holland, dans une note de l'article Buon aparté, rédigé par M. M al) ni, pour son Annuaire nécrologiqu£j 11.* année, i8ai , Paris, 1822, in-8.*, pp. 20 — 108, et la noie p. 100. I Bonaparte, avant de mourir, dit M. Mahul , a » chargé quelqq'un de remettre de sa part à lady HoUand

• une tabatière ornée dHin camée antique d'un grand » prix, comme témoignage de sa reconnaissance. » Le motif de cette teconnaissance est que loid Holland {élève et nevea de Fox) a exposé au parlement les plaintes de Bonaparte sur la manière vexatoiie et tyrannique dont il se disait traité à Sainte-Héiène, de la part de ceux qui étaient chargés de sa surveillance, et particulièrement de celle de sir iliidsuii Lowe, gouverneur de l'île depui» î8iG. Lord Bathurst, Tun des secrétaires d'état de S. M* Britannique, a répondu en détail à tous les griefs exposés par lord Holland; et les longues explications qu'il a données ont paru satisfaisantes à la majorité de la chambre des pairs» Les détails suivans qu'il a fournis sur la table de Bonaparte sont assez curieux, et prouvent, s'ils Sont vrais, que la pénurie de comestibles et de vins ne devait pas être Tobjet des plaintes portées au parlement. Voici , à cet égard, ce qui a été mis sous le» jeux de la chambre dès pairs par lord Bathurst :

, € Le mettre d*h^I de Bonaparte à Sainte-Hélène , a s 1000 liv. st. à dépenser par mois , somme égale à celle » qui est allouée au gauvcriieur de l'Ue. On fournit à sa

DE NAPOLÉON. igS

» talÉe» de quinze en quinxe iours, B4 bouteilles de vin » ordinaire et 966 bouteilles de vins forts » savoir : 7 » bouteilles de Coostanoey 1 4 de GhampagnOy 9 1 de Grave, > 84 de Ténériffe» et 140 de Bordeaux. Le nombre de 9 personnes qui mangent dans sa maison est de neuf » 1 sans oomprendre les enfans. Ainsi , ciiacan a deux » bouteilles de vin fort par jour. On fournit eu outre 4^ » bouteilles de porter par quinzaine.

« La détention de Napoléon, pendant les six ans qu'il » a passés à Sainte-Hélène, parait avoir coûté environ » 3,000,000 livres slerl. ( environ 5o,ooo>ooo fr. ) »

(G) C'est l'homme ( >!. Larrcy) le plus vertueux que j*aia cam^, M . Las>Cases met la note suivante à ce passage , dans son édition du testament : « On trouve au Mémorial^ » toiis. VI y a5 octobre 1816, la circonstanee intéressante ». Çjt çprîeUBe qui a mérité une si magnifique aposItUe.»

Aauîontons-la en peu de mots, d'après le Hémuriat,

. «, 4P>^.^^ batailles de lutsen» Bautsen et "Wurcben (en^mai i8i3 le nombre des blessés se trouvait eu proportion bien supérieur à d^autres temps et à d'autres actions. L'empereur en fut burpiis et chercliail à en expliquer la cause. M. Larrcy la trouvait, indépendamment des circonstances locales, dans la masse des soldats qui, voyant le feu pour la première fois, se trouvaient gauches dans leurs mouvemens , et moins adroits contre IA[^î1. L'empereur peu satisfait et fort préoccupé de cette eirfOfistance, questionna ailleurs. 11 lui fut répondu par des |if rsonnes lasses de la guerre , que beaucoup de ses blessi^ s'étaient mutilés eux-mêmes, pour n'avoir plus à se bat^« fut un coup de foudre pour Tempereur. Gbercbant dans son esprit eomment arrêta une telle coiftpgion, il fit mettre à l'écart tous les blessés d'une certainé nature, nomma une commission de chirurgiens présidée par M . Larrey , pour constater leurs blessures , ré.solu de sévir d'une manière exemplaire contre ceux qui se seraient muLilés. M. Larrey se présenta devant l'empereur pour lui réitérer ses observations. Napoléon irrité

IC^6 TS8TAHBNT

de aon obstiliatfon, qu'on avait eu soin de foire rewrtir encoie, kii dit d'un front sévère : € Monsieur, vous me ferei Toa observations offîoieUement ; ailes remplir votre devoir. » te baron Larrey se mit à Touvrage. Poursuivant les plus petits détails , il avançait lentement, tandis que divers motifs rendaient des gens bien impatiens; On sa-vait que l'empereur Tétait beaucoup. On ne manqua pas de faire observer à M. Larroy que sa position était de» plus délicates. Il dem^^nra sourd et imperturbable. Enfin au bout de qu( Iques joui s . il se rendit anj>i < s de l'empereur, insistant pour remettre lui-nn^me son travail. « Eh • bien. Monsieur, persistez-vous toujours dans votre » opinion ? — Je fais plus. Sire, je viens la prouver à Votre » llajpté. Cette brave lennesse était indignement calom- 1 niée : je viens de passer beaucoup de temps à rexanlen , » le plus rigoureux* et je n*ai pas trouvé un coupables II » n'y a pas un blessé qui n'ait son prdcè8-verbal'iii4fifi« > duel; des ballots me suivent; Votre Majesté peut en B ordonner Texamen. » •■;

» Cependant l'empereur le considérait avec des règards sombres. « C'est bien. Monsieur, lui dit-il, en saisissant » son rapport avec une espèce de contraction; je vais » m'en occuper. » Et il se mit à marcher à grands pas dans son appartement, d'un air agité et combattu. Puis revenant bientôt à M. Larrey avec un visage tout à fait dégagé, il lui prend affectueusement la main , et lui dit d'une voix émue: < Âdieu, M. Larrey, un souverafn est beureux. d*avoir à faire à un homme tel que vous. On vous pWpHNL mes ordres. » M. Larrey reçut losoir même de lapatt dto N apdéon son portrait enrichi de diamans , six mîUef raves en or 9 et une pension sur Tétat de 5ooo fr. , exclusive ^ dit le décret, à tonte autre récompense méritée pars^ grades , son ancienneté et ses services futurs. » < ' t ■ ' Si, cofnme ou l'assure, M. Larrey s'est refusé à abréger les souffrances des pestiférés de Jaffa, il a encore des droits bien plus incontestables à Tbouorable apostille qui lui est donnée dans le testament.

(H ) Do ces quatre boîte» laÎMées aux Tuileries le li> mars »9i5. Fane offrait le portrait de M.** la oomtesMr de Provenee (morte à Londres, le i5 novembre 1810)9 femme de Louis X VIII. Sur les trois autres os voyait le» portraits de Louis XYI , de la fei«e>et de M*"** la Uauphîne. , Hèurensemêtf t que le eoffret du roi ( i ) i»*avalt pas été laissé avec ces quatre boites. Parmi les autres tabatières de Bonaparte, il y en avait aux cfligics des membres de sa famille, et d'autres omécs de médailles antiques. Napoléon portait de préft reuce celle qui était oniée d'uue lèt& d*AlejEandre-ie-<jraiid.

(J) Une petite pendule qai est dans ma ehamhr c , etc On»

frouTe dans des journaux français des 29 et5o mars 18279un article où cette pendule figure d'une manière asser singulière. L'article coornience ainsi r « Le fils de Napo- ». léon vient d'atteindre sa seisième année (si)> et d'après^

(0 Oa «ppekit à U eo«r le ^^nt^êùrt»^ lae petite ceesOle pré-

cii*use renfermant une collection de portraits en miniature. Loma. XVIII avait ehai|;.ë la cëiébfe M."* JaqaoUot de lui peindre sur porcelaine une coIlectiiNi de personnages illiL^trcs poor son coffret. Cette (lame a peint environ nne quarantaine J« porlraits qui sont da plus {(rand intérêt. On y remarque enfere autres (.'harles VlIIy diaprés Léonard de Vinci*, Jr*«»e o'AiBRKT, Marif- Awtoihette, Lovis XVI, HoRTEssE Mancimi \ F^:^ÉI40^, U'aprrs Vâvirn \ Moi.i£REf, d^aprè& Bourdon \ A:«i»e u£ BitEXAcaE, diaprés une tutniature de soa livre dlieures *, et parmi les personnes vivantes ,11.** la ducbeiee de. Bbrri, n."^ la dnchesse d^OatSAvar, le dno die Wbluvgtov^ k comtesse 'Wotonovp, h comtesse de Lokcbs^ là vicomtesse de- SmrovsSf etc.*

Outre les pnnrMts« le eq0hii wahmMlè eaoore ane tah^tîére d'or* dont le couvercle, par un moyen mécanique, permettait de placeit et d\)ter à volonté une téte ^eloonque. (Test ainsi que Louis XVIII se plaisait à voir chaq^ue jour sur sa tal>atiére on nouveau poctrait de

sa colleciion.

(3) Napoléon Fran( ois-Charles-Josepîi Bonaparte est né le ao mar9 181 1, du taari j;^ ^ de INapole-on avec rarchiducliesse Marie— Louise, née elle-même le i a dtctnibrc 1791 -, l empereur dWulricbe a nommé* ce jeune pipince duc de Ileiclj&tadt, le i4 octobre, lÔl^i celû»-ciai donc atteint sa seisième année le ao mars i837«

igS TESTAMENT

ï les lois qui rc^lciii la condition des princesTclela famille » iinp(^ririle cF Autriche , il est majeur. Les journaux ont B annoncé que MM. de IVlontliolon et Marcliaiiti doivent » bientôt se rendre auprès de lui pour lui remettre les » effets mobilien que son père lai a légués. La Pandore,

• dans 0On numéro de ieudi dernier, a donqé des détails » intéresians sur ces dépouilles de Napoléon. Voici > dit « ce journal, de quoi se compose Théritage q^^e va re*-

• cueillir rhérîtîer de celui qui avait cru pouvoir léguer » à ses proches des trônes et des peuples, et qui m\}^^jf!( » à son (ils que quelques lambeaux de yétemiens« i ïSisuite vient le détail des objets; mais la liste n*en est ni exacte, ni complète. On a cherché à enjoliver decoufeurs sentimentales cet inventaire peu conforme au testament de Napoléon. On y détaille avec attendrissement le cliapeau du défunt, sa vieille capote grise , jusqu a i^es bottes, Enûn arrivé à la petite pendule mentionnt e ci-dessus, le journaliste a cru devoir en faire Tobiet. d'une espèce de miracle ; il s'exprime ainsi :

« Une pendule carrée en bronsè doré , la seule qui fût » à Longwood.

» Une particularité singulière donne àcette pièce d*hor* » logerie le plus grand prix. EUé s^arrétâ une heure avant « ia mort de ^empereur; elle n*a plus marché depuis^ On » Tavait montée peu d'instans auparavant, et |amais> » jusqu'alors elle ne s'était dérangée. Bile marque encore » riieure où elle s'est arrêtée. » Il faut rendre aux rédacteurs la justice de dire que ce sont eux-mêmes qui ont souligné les mots, elle s'(irré(a , etc. Pour nous, nous pensorts que le miracle eût été plus curieux , plus complet et plus frappant, si la pendule se fût arrêtée juste au moment même de la mort.

iD'autres articles non mentionnés au testament se tropvent encore dans Tinventaire du journaliste ; par exemple, « un médaillon rempli de cheveux ebàtain-fonoé qui » comiiiencent à grisonner. » Les deux articles snivans ne pouvaient figurer dans le testament : ■ Un moroeau » ensanglanté de la chemise qu'avait le corps de Na« , » pdléon au moment de 1 autopsie. La barbe et la mous*

DE NAPOLÉON. igg

• tache qui» pendaal le cou» de la maladie de rempereur, » avaienl cra d^un pouce 9 et que M. Marchand a re- » cueiilied. » Enfui 9 la nomenclature finit par çes mot§: « Tels sont les objets qui composent le reliquaire impé> riaL »

(K) A ta princesse Pauline, le petit mcdailler. Comme cette princesse est morte depuis son frère, et qu*eUe a fait un testament, elle doit, 80U8 ce dernier rapport» être mentionnée dans noire recueil.

Marie-Pauline Bonaparte est née le ao octobre 1780» k Ajaccio ; on l'appelait en ÊuniUCt étant enfant , Paolettau Elle a d*abord été mariée en 1801 au général Le Clero» mort à Saint-Domingue le a noTcmbre iSos. Napoléon * lui a ensuite fait épouser^ le prince Borghèse, le 6 no» <vembre i8o3. Elle est morte le 9 inin i8a5. Par mi le»> tament elle institue pour héritiers ses frênes le comte de Saint-Len ( Louis ) et le comte de Montfort ( Jérôme ) , a\(x; réserve toutefois de ce qui revient à M."* Letzia Bonaparte sa mère. Quant à Lucien, elle lui accorde le pardon des torts qu'il a eus envers elle. Les filles de M.** Murât reçoivent chacune une somme de 3o,ooo piastres, à Texceptiou de la comtesse Pcpoli, mariée à Bologne. Sa villa près la porte Pia, à Eome, est léguée au iils aîné du comte de Saint-Leu. Son mari (le prince Borghèse) a rusufroit de la villa située près de Via- Reggio» dans le duché de Locqoes» Plusieurs cardinaux romains 9 Pacca » Spina « Etvarola 9 surtout son onde le cardinal Fesch» ainsi qup plusieurs seigneurs et dames de Rome , sont mentionnés dans son testaasent pour des sommes plus ou moins considérables (1). Des legs innr

(1) Si le cardinal Hcrcide Goazaivi n''eùt f>as préce'dr li princesse Borghèse dan* la tombe, il aurait sans doute eu pari aus^i à &es libé*' ralités. Né à Rome le 8 juin t^aj , il est mort à Rome le janvier l8a4 , et a nommé pour son légataire nniversel le collège à% U Pro». pagande de la ^i. On estime à plus de cent mille éam romain» les bagues , ubatiéret et portnits que cette Emiaenee e ie4;ti$ en pr^tei^t des souverains de rSuiope.

portans ont été faits à sa dame de compagnie , M."* d'HautmesDil (et non pas Duménil)» à son liomme d*affaires Tanutelli» et à celui du prince Borglièse, à Rome. De plus, elle a légué un capital dont les intérêts seront employés chaque année à rinstractfon de deux feunes gens qui doivent étudier la médecine et la chirurgie à Âjacciu y ad ville natale.

(L ) Les funérailles de Napoléon , mort le 5 mai, eurent

lieu quatre jours après, cVst-à-dire le mercredi 9. Il avait, dil-uii , marqué lui-inéuic le lieu de sa sépulture (1 IMS un petit vallon romantique , assez retiré, appelé ValUe (le Slane ou de Haute, où était une souree d'une excellente eau, dont Bonaparte faisait usage. C'est là qu'il allait souvent se reposer sous de beaux saules pleureurs qui entouraient la source.

La cérémonie funèbre eut lieu suivant le rit de Téglise catholique, avec toute la pompe religieuse et militaire que rUe pouvait fournir. Le gouvernement anglais qui n'avait jamais reconnu rez-empereur (1) , avait ordonné qu^on lui rendit les honneurs affectés à Tofficier général du grade le plus élevé.

Le corps fut reçu à la sortie de Longwood par 3ooo hommes de troupes, y compris rarfillcrie et une partie des soldais de marine, avec quatre détaclieniens de musiciens rangés le lone; de la route. Sur un char funèbre, traîné par quatre chevaux, s'élevait le cercueil couvert du manteau bleu brodé d'argent, le même que Napoléon avait porté à la bataille de Marengo. Le cortège composé des compagnons de son exil , de sa maison en deuil , du gouverneur de Tlle, et dé toute la garnison, le suivit dans un recueillement religieux, au son d'une musique lugubre et au bruit des salves d'artillerie tirées de moment en moment.

(1) St e« n^est en signmt le traité de Fonuinebleia avec les tutree pulssenccs. II est vrai qa^en recennaJstaiit taeilemcul le litre, il ne recotmaicsaii pea Taoloriiéf poisqa'elle ne anbeiauK plias depuis rabdicatioa.

DE NAPOLlt-ON

Arrivé près du lien de la sépuUiire, dans un endroit qui dominait la Vallée de Slane cl qui était inipraticnlile pour les voitures, le cercueil fut enlevé par vîngt-quatrc grenadiers anglais, et porté sur leurs épaules jusqu^au bord du tombeau (étrange destinée pour remiemi acharné du'nïooi britatonique). L*iftbé Vignali#écita les prières accoutumées. Des coupe de cauou fureat tirés de miaule en minute par le Taisseau amiral. Enfin le cercueil fut descendu dans la fosse sou» trois salves d*artillerîe consécutives de quinze coups chacune. Une énorme pierre fut ensuite abaissée sur la tombe et couvrit , dit l'historien écossais, l'espace borné qui sulTihait alors à celui pour qui TEuiope avait été trop étroite.

On a souvent dit que tout était spécnlaiion chez les Anglais : le trait suivant, relatif au lieu où ie|>o«e Napoléon f en est une nouvelle preuve. M. Torbet» prc^^^tcM^re ^,9e, terrain , ne Tavait offert que dans Veipoir , m petto, de gagner 5 ou 400 liv. sterL par an au moyen d^un péage imposé à la curiosité des nombreux visiteurs. Les auto- HtéÉ iè nie ayant voulu faire céssèr ice monojpolè humimûi^ tts comprmellaié » Mv Torbet de^MMia^ que te oorfiàtllkt/^xhumé et changé de place. Après ble^^ des débiatSiATée sufet, le gouvernement vient de foire cesser ce.|candale, en décidant qu'il sera payé par la compagnie des Indes une somme de 5oo liv. stcrl. ( 12.000 fr.) à M. Torbet, pour qu'il conserve les restes de Napoléon dans son champ. Ce (l«;dommaîJ:cmcnt a été accepté, et la tombe célèbre ne changera point d£ place; on pouipra diéju^rmap» la viMtet isays rétribution* ; ^ /'

TESTAMENT D'ÂMÉLIE-GÂROLINE DE BRUNSWICK,

Cette princesse, née le 17 mai 1768, était cousine germaine de son époui, étant fiUe de Charles-Gnillaume-F'erdinand, prince de Bruns-

wick-WoUeiibuttcl , et de la sœur aînée de Georges m. Elle épousa le prince de Galles (actuellement régnant sous le nom de Georges IV ) le 8 avril 1796; elle en eut une fille (Charlotte-Auguste), qui vit le jour le 7 janvier 1796, qui épousa le prince Léopold de Saxe-Cobourg le 5 mai 1816, et qui mourut en couches le 6 novembre 1817.

La naissance de cette princesse aurait dù resserrer les liens des deux époux , lieus qui , dit-on, n'étaient pas très^forts dès le principe, soit à raison de Féducation un peu négligée de Caroline, soit à raison de quelque s liaisons antécédentes qu'avait eues le prince de Galles , et qui n'étaient pas tout à fait rompues, soit enfin à raison de Fantipathie des caractères. Quoi qu'il en soit, la mésintelligence ne tarda pas â se mettre entre les deux époux, et ils se séparèrent vers la fin de 1796; la princesse de Galles alla demeurer â Montagu- House, dans le quartier de Blackheath. Comme elle y recevait beaucoup de monde, bientôt circulèrent des soupçons, des bruits sourds qui

DX lA EEINB CAROLINE. do3

comproiuireut 1 iiouneur du priuce de Galles. Il y eut une enquête, eldesdéposilionsfoudroyantes, surtout de la part de lad y Douglag , qui avait été dans riiitiuiité de Li princesse. Mais les preuves na parurent pas évideulcs. On alla jusqu à dire qu'un enfant nommé Austîu était le fruit de la conduite peu mesurée de Caroline; ce bruit prenail d'autaiil plus de crédit, que la princesse était passionnée pour cet enfant. Elle l'a élevé, et depuis .elle en a fait son héritier. .Malgré cela, on a prouvé par les registres de naissance que M.*"* Austia était bien la mère de cet enfant.

La princesse ayant obtenu la permission de voyager, quitta FAngleterre le 9 août i&i/^yét passa en Italie. Peu aptes son arrivée à iMilan, elle prit à son service uu. nommé Bartholoméc Bçifj^imi t en qualité de courrier et Yalet-de-pied, Cet homme, très-bien fait, sut tellement s'attirer la bienveillance de la princesse, qu'elle ne tarda pas à en faire son chambellan; et dans tous les Toyà^es qu'elle fit à Rome , à Naples , à Gênes , à Venise , à Jérusalem , etc. , elle admit ce Ber* garni dans une familiarilé qui devin t très-suspecte, et de laquelle on ne manqua pas d'instruire le pirlisce de Galles; car il y ayait en Italie des perséânès chargées de survQ^Uer la conduite ét lea actions de Caroline.

: îAprè» la mort de Geoiges III (le stg janY. 1 8i2o) , le. firiikce de Galles ayant été appelé au trône, Caroline s'empressa de revenir en Angleterre, et refusa toutes les propositions qui lui furent fai^jpour rester sur leçoutinent. Une nouvelle enquête eut lieu sur sa conduite pendant ses

ao4 TESTAMENT

▼oyiiges (i), et l'on peut dire que dans cette malheureuse affaire le scandale fut porté au

publique, qui, surtout en Anf^lcterre, a un certain caractère de liberté et une sorte de rudesse appropriés aux mceurs des classes moyenne et in^rieure du peuple. On proposa à la chambre des pairs un bîH portant que, vu la conduite scandaleuse, honteuse et criminelle, de S. M. la reine, celle-ci soit, en vertu de Tadoption de cet acte, privée du titre de reine, et de touteflflîîsi prérogatives, droits , privilèges et exemptions lui appartenant comme reine-épouse de ce royaume , etc. Les débats de cette affaire comn^e^acète^ le l 'j août 1 820 et durèrent cinquante-trois jours, après lesquels le bill fut rejeté. Ce triompiie de la reine fut reçu avec enthousiasme par tout le

(1) Ce procès a tellement intéressé les Anglais, que lord Georges Agar EUîs a commandé à Bf. Georges Bayter, Tun des plos habiles peintres de la Grande-Bretagne, un grand tableau représentant une séance de cemalheuienx

procès, moyennant i5oo liv. titerl. (36,ooo fr.) L*artÎ8te y a consacré plus de deux années. 11 a choisi le moment on le comte Grey s*est levé pour interroger Théodore M ii'iocchi y dit non mi ricordo , parce que c'était sa réponse à la plupart des questions qa*ou lui faisait. Dans ce tableau, !a reine est assise à la droite de la barre qui forme le devant du tableau, ayant à côté d^elle ses conseiU MM. JBrougham , Denman et le D.' Lushington. Plus de deux cents portraits des personnages les plus distingués de* r Angleterre, ajoutent à riutérét de cette vaste mactiiney qui est connue en France par des croquis au trait qu'ea ont donnés les revaes anglaises. Ce tableau a obtenu à Londres les honneurs de l'exposition publique*

DS LA CABOLIJNfi, â05

bas peuple (i) , et on illumina pendant trois iours.

L'année suivante (1821), lorsqu'il fut question du couronnement du roi, fixé au mois de fuillet,

la reiiio fit toutes les démarches possibles pour participer à cette cérémonie et être couronnée avec son époux ou du moins quelques jours après. Toutes ses prétentions furent écartées; et il lui fut déclaré qu'elle ne pouvait assisltT à la cérémonie. Malgré cela, le 19 juillet, jour où elle eut Heu, Caroline se rendit dès six heures du matin, dans un équipage à six chevaux, à labbaye de Westminster, mais l'entrée lui fut refusée; elle eut beau tourner autour de Téglise, se présenter aux différentes poftes, solliciter vivement: partout on lui répondit qu'on n'entrait point sans billet. Après cette scène d'humiliation, qui dura plus d'une demi-heure, elle fut contrainte de retourner, au milieu d*un tumulte effroyable, des cris confus et des sifllcts d( la loulc, à son carosse, qui la ramena fort agitée à son palais (Brandeboui^- House). La cérémonie du couronnement se passa dans le plus grand ordre; mais la reine n'y fut pour rien. Le dépit qu'elle en éprouva peut bien avoir contribué à accélérer la maladie mortelle qui survint peu après.

(i) Lord Lartderdair (jui sorlait de la chambre des pairs et qui venait de voter contre la reine, fut entouré et assailli par le peuple qui voulut le forcer à crier vive la reine! a Très-volontiers, dit-il, vivat! vivat I et je souhaite à tous • les Anglais qui m*eDiourent , une femme anasi sage.et m aussi fidèle que Ul reine Caroline* »

â06 TXSTAHENT

Le 3i juillet, le roi partit pour Flrlande; la reine se préparait eUe-méme à aller en Ecosse pour partager l'attention et les hommages dont elle était si jalouse, lorsque le 5 août, elle se sentit frappée d'une maladie inflammatoire qui s'annonça avec les symptômes les plus alarmans* On lui tira soi^rante^six onces de sang ; on employa tour à tour les topiques et les réfrigérans. Tous les efforts de l'art furent vains. Après plusieurs jours de douleurs aiguës, elle expira le 7 août, à dix heures vingt-cinq minutes du soir.

Pendant sa maladie, elle a constamment conservé sa connaissance , et donné des ordres pour son enterrement. £lle a demandé que ses restes fussent transportés en Allemagne ; elle s est occupée de son cercueil et a exigé qu'il fut de bois de cèdre. Le dimanche 5 août, deux jours ayant sa mort, elle avait envoyé chercher M. B usch pour prendre sa mesure; ne le voyant pas arriver, elle le demanda de nouveau ; les domestiq\ies firent des excuses , et alors elle donna ses ordres pour la façon du cercueil.

11 est temps d'arriver à son testament.

La reine Caroline ordonne d'abord par cet acte.

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produit en soit remis entre les mains du jeune

W . Austin , auquel elle laisse en outre tout ce qui peut lui revenir (à elle testatrice) de sa mère la duchesse de Brunswick. ( Quant à ses propriétés italiennes , la reine n'en parle point , parce qu'elle en avait disposé précédemment, par acte notarié, eii faveur de Bergamî. ) Elle ordonne qu'une boite cachetée soit remise

I»B LA ElINl CAEOIINX. aO^

à un marchand de la ville , à qui elle doit ^5oo lÎY. sterL On suppose que cette botte contenait des diamans.

Elle donne 5oo lîv. sterl. à lord Hood, et la même somipe à son épouse.

Elle donne un de ses portraits à lady Anne Hamiiton; un autre au marqùis Antaldi; un troisième au signor Fedici ; et un quatrième au Jeune Austin* . .

Elle donne au docteur Lusbington sa Toiture

et un portrait.

£Ue donne à Jérôme une petite iroiture et son linge.

Elle donne i Mariette Brune , Tune de ses

femmes de service ( sœur de Al."* Dumout, dont elle se plaint si violemment , parce qu'elle a déposé contre elle ) ; elle donne à ladite Mariette sa garde-robe.

Par un codicille, elle ordonne que son corps ne soit ni ouvert, ni ex posé , mais qu'elle soit conduite en AUemagne, à Brunswick, et enterrée dans le tombeau où sont déjà les vestes de son

père et de son frère.

£lle veut que ses restes partent sous trois ^ours et que Ton grave sur sa tombe : J la mémoire de Caroline deBrun$wick^reineoutragéed' Angleterre.

Deux autres codicdlescontiennen t des marques d affection pour ses domestiques. Elle nomme pour ses exécuteurs testamentaires le docteur Lushington et M. Thomas Wilde.

Telle est la substance du testament et acte de dernière volonté de la reine Caroline.

Le ministère craignant que les obsèques de

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cette princesse ne fussent une occasion nouvelle de scandale et d'injures niême pour la personne du roi t a cause des bruits qui couraient parmi la populace, que la mort de la reine n*était pas naturelle, ordonna que ses restes seraient enlevés de Brandebourg-House , le 1 4 août, dans une ▼oiture décorée de huit écussons, traînée par huit chevaux avec une suite de voitures de la cour et une escorte de gardes à cheval; que le cortège serait dirigé de manière à ne pas passer dans les rues de Londres jusqu'à Harwick, ou le corps ainsi que les personnes du deuil qui devaient racconipngnerjusqu a Brunswick , seraient transportés à bord de la frégate la Glascaw, destinée â faire ce voyage.

Malgré ces précautions, le transport ne se fit pas sans beaucoup de troubles, de bruit, d injures et d'entraves â la marche du cortège. Ënfin, après huit heures de peines et de luttes continuelles, le convoi funèbre arriva aux limites de la cité, à W hite-Cbapel, d'où il suivit paisiblement la route de Colchester, et là le corps fut déposé dans l'église poury passer la nuit avec une garde. Hais les exécuteurs testamentaires et phisicurs autres personne^ du cortège (MM. Lushington, Wilde, lord Hood, le comte Vassali, air Robert Wilson et l'alderman Hood), ayant secrètement pénétré dans l'église pendant la nuit, firent clouer sur le cercueil la plaque mentionnée dans un des ce* dicilles de la reine : A la reine outragée d'Angle^ terre. Le lendemain l'officier du gouvernement y fit substituer d'autorité, malgré les protestations des eiLécuteurs testamentaires, l'inscription qu'on

DE LA REINE CAROLINE. !kOQ

avait fait faire par le conseil héraldique, et qae yalci :

« Depositum sereîiissimœ principissœ Carolinœ » AmeUœ ElUabethœj Dei gratiâ reginœ consorlU » augmtmimmpotentisiimimonarchtB Georgii quar^ » ti, Dei gratiâ Britamiarum régis ^ fidei de ferlin sorisj régis Hanovrlœ ac Brunsvici cl Luneburgi » ducU. Où Ut VII die mensis Auguêti anno Domini » UDCGCExi, œiatis lit. »

Cette inscription est celle qui est à Bi uusw ick sur le tombeau.

Le lendemain 1 5 , le corps arriva à onze heures i Harwick, où il fut reçu avec tous les honneurs militaires et embarqué sur la IVegalu la Glascow, qui mit aussitôt à la voile pour Sladt, ou elle est arrivée le 20 août. De lâ le corps de la reine a été conduit par les personnes de sa suite , sous une nombreuse escorte, à Brunswick, 011, a|uès les cérémonies funèbres dues à son rang, il a été déposé le â5 août dans le tombeau de ses ancêtres.

A la suite des troubles qui avaient eu lieu au convoi de la reine, le major-général sir Robert Wilson fut rayé des contrôles de Tarmée . comme ayant insulté les militaires de Tescorte dans la journée du On fit une enquête sur la mort de deux individus ( Francis et Honcy ) qui lurent tués dans les troubles du même jour, par des dragons tfi^ garde, et ceux-ci furent acquittés. Ainsi s*est terminée cette déplorable et malheureuse affaire, qui a, il faut en convenir, couronné d'une manière assez naturelle tout ce qui à rapport à la reine Caroline.

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