‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 24 sur 91 · TESTA3IENT DE MADAME LA DUCHESSE DE BOURBON · texte numérisé non relu

TESTA3IENT DE MADAME LA DUCHESSE DE BOURBON

Ce teatament va nous démontrer que plus les

rangs dans la sucictc soiit ( levés, plus rhumilitc, cette vertu si rare et si précieuse, jette un éclat admirable lorsqu'elle 8*y rencontre et qu elle a pour base une pi^té sincère et une ardente charité.

Louise-Marie-Thérèse -Batilde d'Orléans est née à Saint-Cloud le 9 juillet 1760, de Louis- Philippe d'Orléans, mort en 1786 » et de Louise* Henriette de Bourbon-Conti , morte le 9 février 1759. Elle avait épousé le 24 avril 1770 , Louis- Henri-Joseph duc de Bourbon-Gondé, né le 1 3 a'vril 1 756 , et n'a eu de ce mariage que llnfortuné Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé , duc d'Enghien, mort à Vincennes le 21 mars iâo4» victime de la politique ombrageuse de Bonaparte. Depuis cet effroyable malheur, cette princesse ne trouvait de consolation que dans la religion et dans labienfaisance ; les pauvres étaient ses enfans.

Le 10 îanvier 1822, elle voulut assister à la consécration de léglise de Sainte-Geneviève, qui venait d'être rendue au culte. A une heure elle se disposait à monter en voiture pour se rendre à cette cérémonie; étant encore dans ses appartemens, entourée de plusieurs personnes de distinction, elle vit entrer M. Colin, son conseil, et lui demanda s'il avait sur lui le testament qu'elle

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avait fait, en ajoutant qu'elle aurait quelques jj|podiUcaLit>ns à v insérer. M. Culiu^D'avait pas le ^lÊ^ment , il dit : < Y. A. éproùyeraît-elle quel- ^^ù«8 craintes sur sa santé? — Au contraire,

répondit la princesse, je me porU l)ten. je ne » me suis jamais mieux porlcc, La seule [irière ■m me donne des forces ; die est une consolation ^ » e[ j( lue fais qu'un vœu, c'est que Dieu daigne » nï .ij>i>* in ;i lui en le priant. »>

Ujuj(,ie^& attendait pas que ce vœu serait si prompt tement eiaucé. La princesse monte en voiture, se rend à Sainte-Geneviève. A deux heures, la

proccs&ion cuniUience; S. A. la sni\;iil. (pi ind tout, à coup elle parait éprouver uue certaiue TacUJation qu'elle cherche à surmonter, ne vou» lant pas troubler le service divin. Le mal augmente, elle Lonibe en delaiiianee; on la porte à l'Fxole de dc^it^^lieu le plus voisin, dans un appartement aa r^e-detchau^s^; les chirurgiens, les médecins accourent: S. A. S. n'était pins.

4* %u^tre heures , Algr, le duc d'Orléans, ,soii HjBYAii^ prévenu de cet événement, est arriyiè. II4 J^çrdesflus, professeur de TEcole de droit, est allé, sur la demande dn prince;, chercher M. le ch^celier, qui est survenu, acrfmi p iL;iié de M. de SénUKnrlUfS, grand référendaire de la chambre des pairs ; d^autres grands dignitaires sont également arrivés. A huit heures, AL Cancliv . secrétairearchiviste de la cliamWe dos pairs, a dressé l'acte «iE^déq^ , et à dix heures et demie le corps, escorté d'un détachement de gendarmerie , a été transpoi lé à I hotel de S. A. S, , de \ arciuies.

K'ayauteupourbuty eumculiouuant dans autre

TESTAUSNT

ouvrage le testament de S. A. S. , que de faire ressortir l'huinilité de cette vertueuse princesse, nous n*en rapporterons que Textraît suivant :

« Je veux être enterrée sans las te , sans céré- » monie quelconque , et que l'on donne abon- » damment aux pauvres de ma paroisse; c^est la j> seule magnificence que je permette.

• J'exige absolument de n èlre ni ouverte, ni , » cnibaumée , ni exposée à visage découvert, ni » gardée, mais enterrée le plus promptement et » Je plus simplement possible. » :

' Par respect pour les dernières volontés de la * testatrice, ses augustes parens ont obtenu du roi que son corps serait conduit sans pompe au lieu de sa sépulture. 11 a d'abord été déposé dans la chapelle de son palais; puis quatre jours après, le i5, on Ta transporté à l'église des Missions étrangères , dans un corbillard attelé de six chevaux et suivi de neuf voitures bourgeoises. Après l'office des morts, la dépouille mortelle a été ramenée dans la chapelle de son hôtel. A onze heures du soir, le convoi s'est mis en marche pour Dreux, petite ville d Eure-et-Loir , où sont les tombeaux de la maison d'Orléans.

^ C'est là qu'avait été déposé Tannée précédente le corps de M.** la d iichesse douairière d'Orléans, Louise-Marie-Adelaide de £ûurbon-Penthièvre, née le 25 mars i ^55 , du mariage du vertueux duc de Penthièvre avec Marîe-Thérëse-Félicité d'Est. Elle avait épousé le 5 avril 1769, Louis- Joseph-Philippe d'Orléans, né le i5 avril 1747» mort le 6 novembre 1 790 ; elle eut de ce mariage quatre enfans, dont il ne n'existe plus que Jfgr.

DE LA DUCHESSE DE BOVKBON. 2l5

le duc d'Orléans actuel, né le 6 octobre, 1773, .père d^mé nombreuse famille, et la princesse

E^^cnic-Adclaï(JcJiOuiscd'OrlcallS,J/i^<i6/y^^^^6't//o HCC le 23 août 1777.

. J^.7^1a duchesse douairière est morte le 23 jHiA 1821 , à lYry*sur-Seine , près l^is. Les

nialliciirs de cette princesse ne sont pas moins connus que ses vertus; elle avait hérité du duc «^.^J^jentldfèvre , son esprit religieux, ^sa charité, '^^jsy'éfildrors irréprochables , ctmne ^évation de , sentimens di^ne de son illnstre oriijinr. Sa flj^nrc ( )e l'ai vue à Château - Y illaia, où, avaut la révéhition, elle accompagnait quelquefois son vertueux père ) , sa figure, dis-je , rappelait d'une manière sensible les traits de Louis XIV; mais ces traits étaient adoucis par l'expression de la bonté la plus touchante. Les paùvres ont perdu dans M."" la duchesse douairière d'Orléans une mère attentive à leurs besoins; les persoinies constituées^ én dignité, un modèle de noblesse de bienséance; la France, Tobjet de sa res*ïpeclueuse admiration. Peu de temps avant sa mort, elle avait dicté im testament qui oQVe le plus touchant accord des seotiixien&de la religion^ d^ Ia natiire et^e l'amitié. ^

Ses premières aiTeclions se portenl d'abord sur celui qu'elle appelle à plusieurs reprises sou cher fils , etMnp ^ chère fille. Elle lègue à Mgr. le duo d'Orléans le tiers de sé^ biens par préciput; mais elle pn iid soin d'expliquer à sa fille la cause de i:ette libéralité. Cela ne tient point à une préié* rence injuste : la testatrice chérit également ses enfans; niais Mgr. le due ^'Orléans est père d'une

ai4 TESTAMENT

nombreuse famille, dit la testatrice, et la tendresse

de M."" d'Orléans pour son frère est telle qu'elle

aurait elle-même conseillé cette disposilioii

C'est Mgr. Tarchevéque de Sens ( M. de la Fare ) qui, le 2 îuillet 1821 , a présenté à Téglise paroissiale de Dreux , le corps de S. A. S. M."* la duchesse d Uricaos. Son discours adressé à M. le curé de Dreux, et terminé par un mot à Mgr. le duc d'Orléans, présent â la cérémonie, a été impriuié a Paris, 1821 , in-4.* de 8 pag.

TESTAMENT DE J.-F. HÉr^AUT.

Lss actes de bienfeisance ne peuTent être trop

divulgués : c'est ce qui nous engage à rapporter quelques dispositions du testament deM. Uénaut, ancien négociant, né à Liesse, département de FAisne, et mort sans enfans en 1822. Yoici les principaux articles qui, dans son testament, décèleut une belle ame embrasée du feu de la charité et ne respirant que la bienfaisance :

« Je donne aux pauvres de ma paroisse, dit cet estinial)le testateur, une somme de 12,000 fr. , et en outre un lit dans un hospice du faubourg Salnt-Honoré*

» Je veux doter et marier douze jeunes demoiselles de Liesse, département de l'Aisne, les mieux élevées et les plus vertueuses ; je donne et lègue à cet effet 6,000 fr.

» Je donne et lègue à lliospicc dudit Liesse,

pour rétablissement d'un lit de malade de plus et pour. les soins des malades, 5,ooo fr. , et pour le soulagement des pauvres dudit lieu , 3,ooo fr. une fois payés.

. Je \4 ux qu*il soit distribué une somme de 4)000 Ir. à vingt-quatre veuves indigentes, dont partie veuves de militaires français; et pareille somme à vingt-quatre vieillards veufs , de même classe et condition.

» Je donne et lègue ia,ooo fr. paur servir à l'apprentissage de divers états de vingt-quatre pauvres enfaiis orphelins de mon airondissement, le tout une fois payé.

» Je donne 9,000 fr. pour servir à doter , pom . leur mariage, douze demoiselles bien nées, dlion* né tes parens do mon arrondissement.

' » Je donne aussi 1,000 ih pour habiller vingtcinq pauvres dudMNM^n^îssenient , qui suivront mon convok '

' M Je doiiiie 18,000 fr. pour servir à délivrer des pères de famille industrieux, prisonniers pour dette»^ et notamment pour mois de nourrice* ^ » Je veux qu'il soit choisi parmi les enfans de l'hospice des enfans trouvés de Paris, un des gwtffuns les plus âgés, bien constitué, le plus beauT^ bien promettant, pour être instruit, élevé et habillé dans un état distingué, conforme à ses dispositions. Je donne pour son entretien et éducation , jusqu'à sa majorité, la somme de 10,000 fr* , Â la condition expresse cpi'il portera mon nom de Jean-François Ilcnaut ; et s'il s*est bien conduit par ses mœurs et son intelligence , je veux qu^on lui donne pour son étabUsse^eut

2lO lESTAilENÏ

et son marÎAge , approuvé de mes exécuteurs , la somme de 5o,ooo ii\ une fois payée. »

C'est des hommes de bien tels que M. Hénaut , que ron peut dire après les avoir vus descendre

dauâ la tombe, est illîs Urru Icvis.

TESTAMENT DE GAMBACÉRÈS.

J£An-Re6I8 Cambacérës , né à Montpellier le 1 5 octobre 1753, d'une famille de robe , fut d'abord

avocat distingué, ensuite conseiller à la cour des comptes de Montpellier, puis électeur de la noblesse lors de la réunion des états*généraux , suppléant à l'Assemblée constituante, député de rilcrault à la CoiiveiUion, membre du conseil des Cinq-Onts, ministre de la justice, second consul , archichanceiier de Tempire , duc de Parme, couvertde presque tousles ordres del'Europe, pn''sideul du conseil de régence pendant que Napoléon combattait les alliés en Champagne , ministre de la justice afi retour de celui-ci de Tile d'Elbe , président de la chambre des pairs ; c'est la dernière foncliou,que Cambacérès a exercée. 11 fut exilé après la seconde restauration , et se retira à Bruxelles; ensuite, autorisé à revenir. en France, H a passé les dernières années de sa vie à Paris, ou il est mort le 8 mars 1824, âgé de 70 ans et cinq mois. 11 a laissé une fortune considérable, qu'il a, dit-on, distribuée par son tes* tament, de la manière siiivanle :

11 iustituepour ses héritiers les deux fils de^sou

]>£ CAUBAC£EÉS. 2Ï'J

frcrc , maroclial-(lc-canip , l'aîné pour les deux tiers et le cadet pour l'autre tiers. 11 donne de plus au premier son superbe hôtel de Paris, ayec le mobilier, Targetiterie et les bijoux cpii s'y trou^ vent. Ce jeune héritier, alors âgé de 25 ans, gendre de M. Thibon , régent de la banque de France, s'est trouvé par là possesseur d'une fortune de 260,000 fr. de rente , outre un magnifique hôtel et un mobilier estimés 800, ouu fr.

Le cadet» qui avait 21 ans, est entré en jouissance de 1 5o,ooo fr. de rente.

Le testateur a légué à son frère 12,000 fr. de rente et quarante actions sur les canaui^.

Il laisse à M."" Gilles, sa sœur, la jouissance d'un domaine de 5,ooo liv. de rente, et quarante actions de la h.inque.

A M. Gilles fils ainé, son neveu, la propriété dudit domaine et 80,000 en argent.

A M. Gilles jeune, son autre neveu , 60,000 fr,

A Gilles, sa nièce, 6,000 fr.

M.*^ Delaire, son autre nièce, a dû recevoir 1 5o, 000 fr. , et l'on ajoute qu'il avait donné à cette dame une pareille somme lors de son mariage.

Quant aux legs particuliers,

M. Cambacérès a laissé, dit*on, 1,000 fr, de rente à H. Séguier , premier président de la cour royale de Paris.

A M. Lavollée, son secrétaire, qui ne l'avait point quitté dans son exil , 2,5oo fr. de rente, et quelques actions sur les canaux.

A chacun des deux fds de M. Lavollée, i,5oo fr. <]e rente.

A chaque paroisse de Paris, 260 fr* de rente.

âlS ' T1S8TAUENT, ete.

A chaque succursale , i5o fr. de rente. A la cathédrale de Montpellier, sa irUle natale, 5,000 fr. de rente.

A M. Cal ion jNîsas, sou coubiu, 1,000 fr. et de plus 5oo ir. de reute*

A son intendant, 10,000 % et en outre 1,000 fr. de rente.

A sua piciiiier valcl-de-chumbre, l,OOU ir, comptant et 1,000 fr. de rente.

M. Thibon, nommé exécuteur testamentaire, est prié d'accepter un diamant estime 6,000 \\\

Telles soiil les [irincipaies clauses du testament de M. Cambacérès. On assure qu'il avait com^ mencé depuis longtemps des M^nu^tW^^ dont

1 iiiipressiuii ;i n rail pu (oi iim t () vol. iii-6/;iuais les scellés ayant clé mis sur &e& papiers après sa mort, par ordre du gouvernement, des dfi^ssions assez animées ayant eu Keu à cet égard , et n'ayant point été terminées, ces mémoires n'ont pas vu le jour. >

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