ATTEINT MILLE ANS
DB GRUNNIUS
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» O You$ qui, pendant ma vie, m*ainiâl^ et priteg soin. de moi, veillez à lar conservation de
mon corps. Je vous supplie' de le parfumer, de lembaumer , et d'employer à cette opération le miel, le poivre et les amandes, a6n que mon nom ne périsse jamais.
» O mes maîtres et mes chers parens qui avez entendu mes dernières volontés, ordonnez. que Ion signe, et ont signé Luganicvs, Tergillvs, NuPTiAucDs, Celsamus, Lardivs, OiFEmcus et Cymatus. 9
On voit que cette traduction de M. Pericaud
est aussi fidèle qu'il est possible, et que le traducteur, pour les mots latins qui ne se trouvent ni dans les Dictionnaires , ni dans les Glossaires, les a rendus de la manière la plus appropriée au sens que sans doute Fauteur y attachait.
Nous avons parlé au commencement, du Testament d'un sanglier^ qui a été composé par Tabbé Poney de Neuville , et qui a donné lieu à la lettre de l abbé Lcbœuf sur le testament de Corocotta Porcelius. Quoique celui-ci soit infiniment supérieur  celui de Robin (c'est le nom du sanglier ) , nous croyons devoir citer la partie des legs faits par ledit Robin, comme tenant à notre sujet. Cette pièce, en vers, de M. Poney, est intitulée :
Adi£Ux £t testament de Robin^ noble sanglier, décédé à Liesse par arrêt du Dieu des festins.
Robin commence par âcâ adieux à un chien ^
TESTAHSHT
à une chienne et â un chat , avec lesquels il parait aToir Vécu en familiarité chez son maître.
Ensuite il demande pardon aux domestiques, puis fait son testament ainsi qu'il suit. L appareil de son supplice avait sans doute glacé sa yeine poétique, car il serait diflScile de trouver des vers plus prosaïques.
VoUn mou testament : ^ordonne, ie souhaite
Que mes os soient légués à Quinquin, à Folette (i).
Jtenij je laisse cncor le tranchant de mes dents
Aux bigots oli'ensés, aux linn urs iniprudcnsy
Pour îj^arantîr ceux-ci des rudes biistonnades ,
Qui rendent quelquefois leurs épaules malades.
Je leur laisse ma peau, dure, faite à profît.
Et qui, pendant l'hiver, peut leur servir d'habit.
Je laisse mon humeur portée à la rapine ,
A tout mortel en qui Mercure prédomine.
Je ne les nomme pas; ce sont d'homiétes gens«
De la filouterie intrépides agens.
J'abandonne ma voix moins douce que grondeuse >
Au joueur quand il perd, à la prude hargneuse ,
Au:t jx-dans refrop;nés, à nos longs savantas.
Que l'un hoLivu toujunrs hors d'oBuvre en un repas.
Tels sont mes lep;s pieux. Item, }*ordonne encore
Que l'on chante mon nom du soîr jusqirà l*aurore ;
Que de ma tendre chair ne reste aucun fragment;
Qu*en outre mon tombeau soit arrosé souvent
Des flots de pur Bourgogne et de mousseux Champagne;
£t qu*élevé surtout en pays de Cocagne »
On y lise ces mots par Neuville tracés :
Ci-CR siu Rosis, Il nomna o'ur assis.
Il faut avouer que le Mercure de France , dans
ce tcmpâ-là, ii*était pas diiTicile ea poésie. Cette
(i) chmi et la chicnac.
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DE CRU N MUS. âSj
misérable pièce se trouve dans le numéro du mois
dedccembre 1754 , [). 2807. INous ne Tavons citée que pour parler de la lettre de l'abbé Lebœuf , qui y a rapport et qui se trouve dans le même Mercure, avril 1735, pp. 62S — 653.
Cette lettre, dont nous avons déjà rapporté des fragmeus, commence ainsi :
t Vous avei bien choisi votre saison, Monsieur»
> pour nous faire admirer l'économie des legs » testamentaires de Robin. L'hiver, et surtout le 9 mois de décembre» est le temps le plus fatale B à la race porcine ou grunnienne. Les anciens » ne voulaient pas qu'on perdit de vue ces tra- » d liions gauloises , et ils étaient soigneux de les » marquer d année à autre dans leurs calendriers.
» viens de quitter un de ces calendriers qui » a trois cents ans de date, où j'ai lu, â laitéte^ » du mois de novembre, celle sentence : M Un 1 pasco sues; et à la tétc de décembre, mUU maclo^
> Un autre calendrier de deux cents ans , fait orner 9 le frontispice du mois de décembre de ce beau » vers ;
Quierit habere cibum , porcum maclando dccemhcr.
» Le testament de Robin, noble sanglier, que » vous avez publié dans le second volume de » décembre dernier, m'a rappelé celui de Gnin- * nius Corocotta, qu'on lit dans un livre peu 1» commun. J'ai cru , depuis que j*ai fait lecture » du testament de Robin, qu'il serait bon que le » public fût aussi informé de celui de GrmniuM j » afin que Ton pût décider , en cas de besoin , a. 17
» lequel des deux, de Robin ou de Grunnius,
» avait le plus d'esprit. »
L'auteur fait ensuite Téloge de Corocolta, surtout de son grand âge.- 11 le trouve fort instruit, et admire Tordre et la sagesse qui régnent dans la distribution testamentaire de tout ce qu il pobsédâit, iNous avons vu tout ce qu'il en est.
Peut-être nous sommes-nous arrêté trop longtemps sur cette facétie ; mais tant d'érudits eu ont parlé, (railleurs elle présente si bien iin modèle de testament chez les Romains, que nous avons cru nécessaire de réunir tout ce qui a été publié de plus essentiel sur cet objet.
INous ajouterons encore un mot sur le nom Corocotia. On pourrait croire qull est purement fait à plaisir; cependant on trouve dans Dion Gassius , liv. 56, qu'un mauvais sujet de ce nom, voleur de profession , après avoir excité la colère d'Auguste, au point que ce prince offrit dix mille sesterces à quiconque lui livrerait ce brigand ; on trouve, disons-nous, que ce mauvais sujet reçut lui-même cette récompense en venant de son plein gré se présenter àlempereur. Voicile propre passage de Dion , traduit du grec par Xylander : « Corocottam queindam latrociniis in Iluspunid vi* » gcntem, primum in tanta ira habuit Augustus, • uÈ prœmium ei gui virum istum $ibi adduxmet « deci€9 '9e$tertiûm pramiserii : deinde uttro eum ad » se venientem neque pœnâ affecit , et eâ quam dixi 9 pecuniâ diiavit. » Selon toute apparence, c'est parce que ce.Corocotta était un mauvais sujet, que IVm a baptisé de son nom le pauvre Grunnius rorcellus.