‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 36 sur 91 · DE · texte numérisé non relu

DE

Le*P. Garasse, si chatouilleux sur tout ce qui

a Tombre de prufanation , n'a pas oublié noh e Grunnius {^quilnommeGrognct ) daussesplaiutes contre ceux qui dressent des mausolées ou qui

font des épita})hes aux animaux. V. sa Doctrine

» y ait eu , dit-ii, des gens de bicpo^et dlionneur , t lesquels pour esgayer leur esprit, ont fait Tepi-

» taphc de quelques besles, néanmoins je ne s;iu- » rois approuviir cet abus, et |>ai conséquent je

• ne trouve point bon que llapin ( ^iicolaâ )

• ait dressé Vcpitaphe dé l'âsne qui fut mangé à i. Paris durant le siège (i) ; que Joachim du Bellay i ait fait Te pi ta plie de son cbat ou de sou barbet;

> que Justus Lipsius ait dressé des mausolées à

> ses' trois petits chiçns^ donjtj^ premier s*appeloit » MopsLis , le second Sifpphirus , le trui^it me Mop^

• mltu ; qu;)uianonyu)e,aÂtiiaU l>P

> cochon nommé Gfto^it^T^ <»tp.; ^e^iie puis^i^^q^r A'Ioutes ces inventions ridicules ét profanes,

*i, d'autan l que c tbldiie en Lou irancuis. (|u<>i(|ue » l'iotei^iioiirdcs auteurs puisse être bieu diiie-

> maA^ Unm in$erUus e$t homini$ etjumfntorump .9 et œqua est utriusque conditio. »

litcrigorismq du P. Garasse nous paiail un peu 0Ut|é, car ces sortes d'épitaphes sont des ;îaui^ dfesprit etj|eade plus, Cependaafr4l.|W^gr4pe a l<i|>ilapiie,de la mulQ de Crasaus, q^il,tp>uyç '.♦■<» ■ ■

(O ^<>\( /. hi Suljrc Mtinippéc, Ratisboniie, 1712, 5 vol. iii-ii. , tuirt. I, pp. 2i5— 218. II est dii > l.i lin de cette pièce fact^lieiiso en vers, qu oii lit iiàoui ii ce bel àau eo la ileiu de soa ^ ie mardi a3 août

26o T£»XA]I£NX

très-ingénieuse. Elle a été découverte vers i524; elle était gravée sur le marbre. La iroici telle qu'U la donne;

a>IB« PB01BUS. SAXYM.

CiyCHUEDOKSIFERAB ET ClUNIFERAB PESSVETAE ET H AN* SVETÂE9 GVm Tt INSTLTVEA HSmTVEAE GOMHODETUR,

PVRLIVS CRASSVS MULAE SVAE CRASSAE Bi^^EI ilKE^TI 8UFP£DAK£VM UOG GYM £1SV PONBNDVM GVR. VIXIT ANNI8 TEIBV0 , MENS. XT. DIES ET NOGTBS. XZI.

TESTAMENT DE J. CLEBERG.

Tout voyapjeur qui arrive à Lyon par la route de Mâcon , doit apercevoir sur sa droite , en passant dans la rue de Bourgneuf , une statue sise sur un rocher assez élevé, dit le rocher de Tunes ; cette statue qu on appelle 1 llomme de la Koche , représente un guerrier armé d'une pique et tenant une bourse de la main droite. Elle a été exposée de tout temps â Tespiéglerie desenfans, qui en passant lui Jettent des pierres ; mais on a toujours eu soin de la réparer et même de la renouveler quand elle avait succombé â tant d'assauts. (Je Fai vue il y a quelques années entièrement restaurée et enluminée de vives

couleurs : cette restauration a eu lieu le ^4 i8âo.}

Les érudits n'ont pas dédaigné de rechercher l'origine de ce monument singulier, auquel il parait que le peuple tient beaucoup* On prétend

que la reconnaissance éleva cette statue à la mémoire dun nommé Jean Cicbcrg (appelé mal à. propos Fiebeigue par plusieurs auteurs )3 AUemaiid , né à Nuremberg vers i485 , établi à Lyon en 1555», conseiller de ville en i544» ^t luori |e d septembre i54â; homme qui a laissé un* .gnoide réputation de cfaarîté et de tendre sollicitude pour les malheureux. Outre des dons coijsidérabies faits à la \ille, il eoiis.ieiMil cliaquc an nôv une somme assez forte à marier les pauvres iiUea du. quartier de Bourgneuf. En effet la bourse que tient cette figure , semble désigner la géaciOsilé de celui qu'elle représente. Te sout les habitans de Bourgneufquilofit ordinairement les: frais dé la restauration de cette statue i, et avant de la placer sur la roche qui lui- seft de piédestal , on la promène en ponipe dans toute la i^iUe au son^des instrum^s (i).

Mab quel rapport peut ayoir cette statue avec un tc&tamcnty aura sans doute déjà dit notre

(i). L'histoire dè J. Cleberg étant étrangère à notée travail^ nous ne pouvons nous en occuper i^; mais nomii.. renvoyons à des notices et dissertations curieus^'^fo&Uées en 1827 sur cet excellent citoyen, par des savans Ifonnaîs 9 aussi recommandablés pac leur érudition (|ue par leur attachement à leur pays et léur empressement à rechercher tout ce qui peut ^honorer.

M. Gorliaid . iiK inl)!(^ de i académie de Lyon et de Dijon, a donné un p«Ul volume intitulé L'Homme de la 'Roche, ouCalendrier historique» elc, orne du portrait de J . Cleberg, et suivi d'une notice sur cet homme célihre , Lyon , Pézieux ( 1827), in-i8,rig. Cette notice hisioiique e^^l • très-curièuse et fort. intéressante. . Four peindre la .vertu.

202 TBSTAICENT

lecteur ? le voici : 11 existe un petit livre rare et asse^ curieux, intitulé : Formuiaire fort récréatif de tous contracts ^ donations y testamens, codicilles et (tuttrs actes faits et passes parderant notaires et témoins par Bredin le Cocu, notaire rural et contrôleur des Basses Marches au royaume d* Utopie, liVon, 1694 9 réimprimé dans la même

ville en 1610 et 1627. Parmi les diircrens actes plaîsans et faits d'imagination, que ce petit Tolume renferme , il se trouve un testament ou donation à cause do mort, que le facétieux auteur attribue à 1 illustre Jean Cleberg; lequel

et la bienfaisance avec des couleurs aussi vives et aussi naturelles, il faut ut ( t ssairenient les puiser dans son propre cœur et être ideutifté avec le héros que Ton a sous les yeux.

M. Breghot du Lut, digne collègue de M. Cochard, a consigné daos le 5/ vol. Archiver historiquts et 3tati8tiques de Lyon, pp. 29^ — SiS, une très-bonne analyse de Touvrage précédent , avec quelques observations et de nouvelles pièces sur l'histoire de J. Cleberg ; c*est encore un morceau précieux, qui ajoute quelques rayons de lumière à ceux que M. Cochard avait fêtés sur ce sujet obscur. Les mêmes Archives présentent, pp. 559— 3r»(', une lettre de M. Cochard a M. Breghot , où la discussion continue et offre un nouvel inlért^t. Enfin M. Cochard , dans son Homme de la Roche ou Calendrier pour 1828, seconde année, Lyon, 1828, in-18, consacré à la mémoire de Pierre Âdamoli^ autre bienfaiteur de la ville de Lyon , a encore parlé , pp. 59 — 49» <1® Cleberg» et (les recherches de M. Breghot à ce sujet.

On trouvera dans les différons ouvrages et dissertations que nous venons de citer » tous les xenseîgnemens que l*on a pu découvrir sur le bon Jiiemand, vulgairement appelé VH omme de ta Roche.

02 JEAN GIEBER6* âfô

du haut de son rocher donne et lègue en toute propriété à Guillot-le-SoDgeur, son voisin et hon^ ami V toutes les pierres qui lui sont ruées par les petits enfans, etc. INous avons cru pouvoir rapporter cet>, acte facétieux , tant pour un peu ^ayer la matière, que pour faire voir quelle était la formule des testamens et donations au XYI.* siècle ; puis nous y joindrons un mot sur l'ingénieuse découverte de l'auteur du nom pseudonyme du Formulaire récréatifs par le savant bibliothécaire de la ville de Lyon 9 H. Pericaud.

« Pardevant, etc. , fut présent noble Fierabr as » le Furieux , seigneur de la Roche sous Tunes , » lequel sage et bien advisé , considérant que le » peu ou point dVsperance^ tant s'en faut, qu'il » se puisse asseurer d*une longue vie en la charge » volontaire qu'il a prise pour la conservation de ». sa patrie, d'estre sur pied jour et nuit, et en

• tout temps en sentineOe, la hallebarde au » poing, expose à tous vents, et a loiitc autre » injurode temps, craignant destre prévenu de » la mort, et pour autres bonnes considérations » a ce le mouvant , de son bon gré et libre vo*

♦ lonté, a donné, cédé, cède, et remet par » donation faicte à cause de mort et après son » decez, et non plustost valable, à honorable » homme Guillot le Songeur , son voisin et bon » ' amy , présent et acceptant , toutes les pierres ^ ' qui sont ruées au dit donateur par les petits V enfants, tant et si longuement qu'il se trouvera

* en sentinelle , et qui se trouveront à ses pieds » ou près de luy lors de son dit decez, pour en » )Ouir et en user par le dit le Songeur, les

• siens et ayans cause, en toute propriété, in- » coatiueiit âpres la mort du dit dQiiateur; » lequel confesse pour ce, tenir et posséder h » chose donnée au nom de précaire et de consti- » tut , au profit d icelui donataire qu*il veut et » entend s'en pouvoir saisir et emparer , de son » autorité privée, et sans aucune forme ni figure » de procez , incontinent qu'il sera deuement » aveili thi decezdu dit donateur, lequel outre » ce , a doimé, remis , cedc et remet par la même » donation que dessus faiéte a cause de mort au- » dit le Songeur , sa hallebarde et toute sa des-

* poiiiJIe, dont aussi il se pourra saisir et prendre » par ses mains , sans attendre que la délivrance 1 lui en sera faicte par les héritiers du dit dona- » teur , qui a voulu estre faîct et expédié le pre- » sent aclij de donation au proUt ilu donataire » par le notaire soussigné.

» Faîct, etc. »

Telle est la donation à cause de mort du fameux Jean Cleberg. Ce n'est sans doute pas l'acte le moins plaisant du recueil intitulé ; Formulaire récréatifs etc. ; mais qui est l'auteur de ce recueil ? Cette question a été l'objet des recherches de M. Pericaud, de Lyon, qui me parait en avoir trouvé la solution. VAvU au lecteur qui est en téte du Formulaire n'a pas de signature, oi| pour mieux dire , elle est remplacée par les mois B0Kï£ m'y croist, qui ne sont autre chose qu'une devise anagrammatique : on sait qu'au XVI.* siècle les auteurs avaient assez l'habitude de substituer àleur signature l'anagramnK de leur nom, dont ils faisaient une devise telle quelle. M. Pericaud en

DE JEAN CISBEB6

cite plusieurs exemples que nous pourrions beaucoup multiplier ( i), 11 a donc cherché quel Dom pouvait être caché sous la devise bonté n'y crois t et il y a découvert Benoist Troncy. « Or , à 1 époque où le formulaire a été publié, dit-il, il existait à Lyon un individu nommé BenoUt du Troncy y lequel était contrôleur du domaine du Roi , et secrétaire de la ville de Lyon. Comme cette dernière charge anoblissait , celui qui portait ce nom y aura sans doute ajouté un du^

(i) Un chapitre de nos Amusemens pldloiogiqaes , I)ij(»n, 1824? in-8.°,pp. 22 — 28, est consacré aux Anagrammes. Nous en avons cité un certain nombre ; M. Pericand en rapporte deux qui nous ont échappé : ce sont celles de Jean de Coras , cèdb a raison, et de Jean Brynon, aiss son h't Depuis la publicatioQ de nos Anrasemeas, nous eo avoDS découvert quelques autres.

Lors de Teffroyable catastrophe qui priva la France du meilleur de ses Rois, le bon Heuri, le père Coton publia une lettre déclaratoire de la 'doctrine de son ordre sur ce grand malheur. Cette lettre fort bien faite n*enipécha pas les ennemis de la société d*y répoudre par une diatribe très-forte intitule r; V Anlicotoiu Ils trouvèrent dans Pierre Coton, pe&ce ion roi. Les jésuiks soupçonnant P. Dumoulin d'être Tauteur de V Anticolon , répondirent par Pctrus Dumoulin, eriï mundo Luris. Dumoulin n*élait point l'auteur de ce pamphlet signé P. D. C. On l*atti*ibua à Cétar de Plaw, avocat d'Orléans. Comme ou ignorait alors son nom^ on joua sur les initiales, en appelant l'auteur Pâté De Chenilles » Pernicieux Diable Calomniateur , Punaise De Calvin, ete. Trente ans plus tard, on fit sur Jansenius Pahagrammc suivante : Cemelias Jansenitts^ calvihi sbrsvs nr oss. Il en est encore d*aatres : Maria M agdalena , esAsmi. UkLk Mià ; eaeramêntmn Eucha* ristiœ, SACiA Ckkss Mvrm is CHmisioii , elc. etc.

266 T£STAM£I98

Ce qu'il y a de certain, c'est, que Bcnoist du Troncy est cité dans la Bibliothèque de Duverdier et dans Ifs Lyonnais dignei de mémoire, comme a\aot traduit le traité de la Consolation attribué à Cicéron , traduction qui fut imprimée à Lyon en i584, chez Rigaud, le même chez lequel se vendaient les éditions du Formulaire publié en ijg/f et 1610. D'après cela ne peut-on pas conclure avec quelque probabilité qu U y a identité entre le traducteur de la Consolaiim et Fauteur du Formulaire. » Tour nous, nous n'en faisons le moindre doute ; et nous remercions M. Pcricaud d'avoir si ingénieusement levé un petit coin du yoile qui couvre encore tant d'anonymes et de pseudonymes , malgré les recherches laborieuses desPiaccius, des Mylius, des Baiilet^ et surtout des Barbier et Yan-ThoK

TESTAMENS DJi DEUX POITEVINS.

( Vew iSgS «11601. )

Nous ne pouvons rapporter ces deux testamens

que sur la loi du P. Garasse, le premier qui en ait parié, et qui peut, si l'on en croit quelques auteurs , avoir augmenté la bizarrerie et même rinconvenance des principales clauses de ces deux actes.

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