‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 39 sur 91 · TESTAMENT D'UN USURIER · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'UN USURIER

(Vers b fia du XVL* siècle.)

Le p. Dresdius dont nous avons cité le Pro-

dromus œternitatis dans un des articles précédens ( voy. tom. I , p. 71), rapporte le testament d^un usurier, qui selon toute apparence n'a été imaginé que pour inspirer de Fhorreur pour le vice de l'usure. C'est sans doute un conte moral fait à plaisir, tel que dans ce siècle ou eu publiait assez fréquemment. Malgré cela , nous le rapportons pour faire connaître l'esprit du temps , et parce qu'il est assez bizarre. On le trouve dans la traduction française du Prodromas ^ édition de i633, p. 241. Quant au texte latin, nous le donnerons en note, tel qu'il est p. 2s8 de l'édition latine de 1600 (i). Voici la traduction : « Un fameux usurier estant proche de la mort , fit appeler un notaire et des tesmoings , et

(1) c Illustriê fiBneratcr morii firoximus, notarié et testi" bus aecitis, supremam voluntatem eonceptUsinùs verhis 9k seribi volait. Corpus meum reddatur terrœ, è qua sumptum est : mea verâ anima dœmomhus detur. Cohorruerunt amici ad tant diras voces ; wonucrunt et lucre par uni . At ille iterùm ac tertiùm : mca, inquit, anima delur dœmonibas , quia injustè pluriina corrasi. lisdern dcbetur anima uwori^ meœ , et animœ filt ) lun meorum, qui ut fiaherent quod in vestes, in eputas , in iuxuriam insumerent, in fœnus iàai varium me imputer uni, lisdern debetwr anima confessarii viei , qui tàm miti silentio improbitatem meam animavit. Disait et efflavit animam* O miser I hœredes 4fuidem habetis quos voluisti, funus autem et exequlas, qaates meruisti, »

D'un U8V11IE1I. 271

dicta luy mcsme son testament en termes très exprès, par lesquels il declaroit sa dernière volonté ; en tofcy la teneur.

« J'ordonne que mon corps soit rendu à la » terre dont il a esté pris ; je donne mon amc » au diable. » Ses amis qui assistoient â ce testament, frissonnèrent d'horreur, oyans ces e%é^ crables paroles , et le tanscrent. Mais ce désespéré réitéra le même vœu deux et trois fois. « Mou

lame soit donnée aux démons, d'autant que > î'ai^acquis plusieurs choses injustement et par » rapine. Je doime pareillenu iit au diable Tanie » de ma iemme et celle de mes eni'aus, qui

m^OBi induict a tant d'usure pour avoir de » quoi, laire bonne chère et paroistre en habits. » Item y je donne au diable l ame de mon confcs-

seiir , qui ma entretenu en mes usures par son 9 ailcpce et par sa connivance. » 11 n eust sitost achevé ces paroles, qu'il vomit sou ame malheureuse. Misérable ! lu auras les héritiers que tu as nommés, et les funérailles telles que tu as iliérité. »

Nous ignorons si ce Icstameul a produit beaucoi^p d'effet dans le siècle où il a paru, mais nou» Çfoyons qu'il en ferait peu dans celui-ci.

fl

DU COMX£ D£ PEMBROKE.

( iGjo. )

Ce testament est une pièce bouffon lu et satyrique extraite du Journal clranger de juin 17JÔ.

11 paraît que ce comte était un homme sans principes y mais non sans malice. Pour bien saisir tout ce que cette satyre a de mordant, ii faut se reporter au temps où elle a été faite , et connaître les principaux acteurs dans les malheureux troubles qui ont coûté la vie à l'infortuné Charles 1." On y verra que la liberté de penser et d'écrire allait alors jiiscpi a la plus grande licence, on pourrait dire jusqu'au cynisme, tristes effets du chisme de Henri ¥111 » des divisions et des calamités dont il a été la source. Mais laissons parler notre testait ur, à supposer cependant quil soit véritablement l'auteur de cette facétie.

< Je Philippe, dernier comte de Pembroke et 4e Montgommery , chevalier pour le comté de Berks, étant, comme on m*en assure, très-faible de corps , mais d'une mémoire parfaite : car je me ressouviens d'avoir donné, il y a cinq ans, ma voix pour dépêcher le vieux Canterbury ( i ),

(l) C'est Guillaume de Laud, archevêque de Cantorbery, qui fut gommé de comparaître le a6 novembre 1644» ^ 1^ barre de la chambre des communes , comme étant accusé d*ètre attaché à Charles I.*' et d'avoir voulu introduire la religion catholique en Angleterre; il fut condamné presque à Tunanimité comme coupable de haute trahison. Le 14 janvier 1645, la chambre des pairs» qui avait été précédemment fiiYorable à Laud, efl&ayée par les communes 9 passa le bill de condamnation porté contre cet archevêque , et il fut condamné à avoir la téte traiiclit c. li subit hou supplice avec la plus grande fermeté , après avoir liarangué le peuple pour se disculper. C'est de cet événement trajsjiquc que parle ici le comte de PembrolLe^ qui était membre delà chambre des pjaâxa.

DU COMT£ DE PSMBRO&£« U'jZ

et depuis un an je n'ai pas oublié d'avoir vu mou maître ( Charles I/' ) sur l^échafaud, Cependaut comme la mort me poursuit et me menace , et que l'ai tou)our8 cédé â ceux qui me menaçaient, )e fais à présent Facte de ma dernière volonté et mon testament*

• Imprimis, pour mon ame^ j'avoue avoir soumirent entendu parler d'ame.. (i). Lorsque

le roi régnait, je faisais porter â mon fils une soutane, ayant envie den faire un évêque, et j'étais de la religion de mon maftte; ensuite sont venus les Ecossais qui m'ont fait presbytérien ; depuis Cromwel^ je suis devenu indépendant. Voila, je crois, les trois principales religion^ du royaume. SI quelqu'une des trois peut sauver une ame , je la réclame

» Iteniy je donne mon corps, car je ne peux pas le garder : vous voyez que les chirurgiens me

(i ) Ici est un passage où l'auleur met à découvert son incrédulité dans les doutes qu^il exprime sur le sort de Tame. J'avais envie de supprimèr tout cet article y mais ce que j'en conserve m'a paru propre à prouver jusqu'à quel degré de corruption* et d'irréligion conduisent les révolutions religieuses et politiques ^ même ches les p^ sonnes d'un haut rang* L'histoire d'Angleterre, depuis le schisme (en i554) jusqu'à nos jours, fournit mille preuves de cette triste vérité. Jusque» dans les romans auj^lais, nous trouverons des tableaux etïrayans des dis- ' seusions amenées par le défaut de chef et d'unité tians la foi. Voyez surtout les Puntatns, le If^ oodstock, etc., de "Wallcr-Scotl ; ce sont des peintures Irès-réeiles et très-frappantes des fureurs de l'esprit de parti dans toute espèce de révolutions.

dtcllircnt par morceaux. Ensevelissez-moi donc; |ai assez de terre d'église pour cela. Surtout ne me mettez pas sou» le porche de l'église ; car eufi 1 1 je suis homme de naissance , et )e ne voudrais pas être inhumé où le colonel Pride est né (i).

» Item, je ne veux point de monument , car il me faudrait une épitaphe et des vers ;>et pendant ma vie on ne m'a que trop fait de vers. » /fe/n> j'entends que meschiens soient partagés . entretouslesmembresdu conseil d état; j'ai assez fait tout ce qu'ils ont voulu; j'ai travaillé tantôt avec les pairs , tantôt avec les communes. Ainsi, quelque chose qui arrive de moi, j'espère qu'ils ne laisseront pas mourir de besoin mes pauvres chiens.

» Item, je donne uv^s deux meilleurs chevaux de selle au comte de Denbigh, à qui je crois que les jambes vont bientôt manquer. Quant à mes autres chevaux , je les donne à milord Fairfax (2) ,

(1) Je présume que cet homme est le même que L"homas Pride, régicide, quia signé Tarrêt de mort de 0 harles, le 6 février 1649; lequel arrêt a été exécuté trois jour» après, c*est-à->dire le 9 du même moi».

(2) Thomas Fairfax, chefda -parti parlementaire» battit rarméedeCharlesI.-'àNaMbyleaSjuin r655.Gepnnce se retira chez les Ecossais qui eurent la lâcheté de le livrer à ses ennemis. Fairfax le traita avec beaucoup d*ègards et de respect et l'aurait laissé évader s'il n*eût pas craint CiomweU. Quand Charles II fut ra[)pclL , Fairfax fut l'un des douze députés que le parlement euvoya à ce prince, avec six commissaires. Ils s'embarquèrent à Gravesend

< . pour la Haye , où était le roi, le 6 mai 1660 , et les députés

de Londres lui effritent un don ^atuit de 109000 liv. &U Fairfax est mort en 1667.

DU COMTB BS I^BHBROKS.

afio que, quand Cromwel et son coaseil lui ôte* ront sa commission, il puisse atoir quelques chevaux â -eommander.

» Il cm, je donne toutes mes bôtes fan vos an comte de âalisbury, étant bien certain qull les gardera soigneusement, puisqu'il a reiusé der-» nièrement au roi un daim de son parc.

» Itfnij je donne mes chapeiaius au comte de Stampfort, attendu qu'il n'a jamais fait usage d'aucun , n'en ayant connu d'autre que son fils niilord Grey , qui , étant en même temps spirituel et charnel , engendrera plus d'un monstre.

» Item, je donne rien ï milofd Say (i), et je lui fais ce legs, parce que je sais qu'il le distribuer fidèlement aux pauvres.

» Item, attendu que j ai menacé le sieur Henri Mildemay , et que je ne l'ai cependant point hattu, je donne cinquante livres sterling au laquais qui l'a rossé.

» Item , je donne à Thomas May (â) , a qui j'ai cassé le nez dans une mascarade, cinq schellings.

(1) Parmi les régicides anglais, il existe un Guillaume Say.

(2) Ce Thomas May, poète et historien anglais, né vers i594» avait d'aboici obtenu par son esprit la faveur de Charles I." rt de son épouse ileiuictlc de France. Il composa jilusieurs pièces de tht^àlre qui furent goûtées à la cour; il avait aussi de i'éruditiun , et il fil plusieurs traductions d*autcurs latins fort estimées, surtout celle deLucain. Quand la révolution éclata ^ Thomas May, par une lâche ingratitude 9 abandonna le pâffti du roi, et se jeta àcorps perdu dans les liras du parlement, dont il de-' vint le secrétaire et rhistoriograplie. C^est alors qu*U

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Je comptais lui donner davantage , mais tous ceux qui ont tu son Hisioire du parlement 9 penseront que cinq schellings sont encore trop.

» Item , Je donnerais à raiiteiir du libelle contre les dames, intitulé : Nouvelles de [exchange» trois «ois pour inTcntér une façon de barbouiller encore plus obscène que ce qu'on a tu jusqulci ; mais puisqu'il insulte et noircit indignement je ne sais combien de gens , je charge de son paiement le laquais qui a payé les arrérages de Henri Mildemay. Il lui apprendra à distinguer les femmes respectables (i).

» Items donne au lieutenant-général Gromwel une de mes parples, attendu qu'il n a gardé aucune des siennes»

» Item, je donne. aux riches citoyens de Londres , aÎQSÎ qu'aux presbytériens et à la noblesse^ avis de prendre garde â leur peau ; car par ordre de letat, la garnison de WiUehall s*est fournie de poignards, et, au lieu de chandelles, elle se sert de lanternes sourdes*

composa V Hisioire du parirmmt dont il est question cidessus, et qui va du 3 noNcmbre 1640 jusqu'à la bataille de Newbury en 164a , in-lol. Il en fit aussi un abrégé, continué jusqu'en i65o. Il mourut le i3 novembre de cette année lèSo^etfut enterré avec pompe dansfabbaye de Westminster; mais au retour de Charles II, on enleva son corps et on détruisit son monument. La date de sa mort prouve que le testament du comte de Pembroke date du milieu de i65o.

(i) Les auteurs des petites Btographiês in-5a «piî ont déshonoré les presses françaises en 1826, devraient réclamer leur part dans ce legs ; ils y ont toui» ks droits possibles, •

BU COMTE M PEHBAO&S. 277

» Item j je rends Tame.

Concordat cam originatL

iSi^né Nathamel Brind. »

Ce testament contenait encore quelques autres

articles que l'on n'a pas jugé à propus d'insérer ici , parce qu'ils iunt allusion à des anecdotes du temps qui ne nous intéresseraient g^ëres. On yoit que c'est une débauche d'esprit dont la ma-

li^iiité, sans doute très-piquante dans le temps, a fait tout le ^vix^

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