‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 4)Chapitre 58 sur 91 · TESTAMENT D'ÉPICURE · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'ÉPICURE

^ 37 1 «os avant J»*C )

ËpiCGAE» dont le système philosophique» différent de tous ceux de son temps» a pour base ce principe* que le souTerain bien consiste dans le plaisir que fiiit reiBsentir l'absence totale de toute douleur du corps et

de Tame ; Epicure , dis-je , naquit à Gargette , bourg de FAllique , le 7 du moi*, gamélion de la Iroisîènie année de la 109.* olympiade — G janvier de l'an 342 av« J.-C. Les Philaïdes furent ses ancêtres , et il eut pour père et mère Néoclès et Chérestrate. Phllodème » son. «ÊBciple, lui donne ( dans son dixième livre des Philosophes ), trois lirères , Néoclès, Chéredème et Aristobule, à qui il inspira le désir de s'appliquer comme lui à la découverte de* secrets de la nature; Mus , quoique son esclave, fut aussi son compagnon d'études. A Tâge de i4 ans» il s'appliqua à la philosophie » et fonda par la suite la nouvelle secte nommée de son nom EcoU des Epicuriens, qui acquît beaucoup de célébrité, quoique souvent attaquée^ assee vivement. Ses ennemis lui ont ùiil beaucoup de reproches , entre autres celui de la gourmandise ou plutôt gloutonnerie; la (i( jx use de sa tahk y disent-ils , se montait à une mine ( 90 fr. ) par jour. Il ne fréquentait que des femmes de la dernière, débauche» surtout Mannarie, Hédia» Erosie et Nicidia. Enfin son corps fut teUement aflUgé par les maladies» qu'il passa plusieurs années sans pouvoir sortir du lit , ni pouvoir se lever de la chaise où on le portait* Mais toutes ces accusations s^évanouisseiit devant les éloges pompeux de ses partisans et de ses disciples; et la perpétuité de son école triompha de ses envieux. On vante surtout sa vertu* son bon naturel, son équité et sa reconnaissance. Cest à Sa ans qu'il fonda son école à

Alitylène; îl en passa ensuite cinq il Lampsaque; et étant retourné à Athènes, il y mourut âgé de 72 ans, la seconde année de la 127." olympiade — 271 ans av. J.-G. Sa mort fut occasionnée par une rétention d*urine» causée parla gravclle , qui lui fit éprouver les plus cruelles douleurs pendant i/{ jours. Son testament est ainsi conçu: c Ma dernière volonté est que tous mes biens appar-

> tiennent à Amynomaque , fils de Philocrate , à Barithe » et à Timocralc , fils de Démélrius, ainsi que le porte

> la donation que je leur en ai faite et dont l'acte est » inscrit dans les registres déposés dans le temple de

la mèi'c des Dieux, à condition néanmoins que le

> jardin sera donné avec toutes ses dépendances à Her*

> maclius de Mitylène, fils d'Agcmarque, à ceux qui

> enseigneront avec lui , et même à ceux qu'il nommera

> pour tenir cette école , afin qu'ils y puissent plus

> agréablement continuer leurs exercices....,

» Je recommande à Amynomaque et à Timocrate d©

> s'appliquer, autant qu'il leur sera possible, à la ré-

> paration et h la conservation de l'école qui est dans

> le jardin. Je les charge d'obliger leurs héritiers de

> prendre soin , autant qu'eux-mêmes , de la conservation

> de ce jardin et de tout ce qui en dépend , et d'en

> laisser pareillement jouir tous les autres philosophes qui nous succéderont.

> Amynomaque et Timocrate laisseront h Hermachus » pendant sa vie , et à ceux qui s'attacheront avec lui » àl'étude de la philosophie, ma maison de Mélitc.

3» On prendra sur Ib revenu des biens que j'ai donnés

> h Amynomaque et h Timocrate , selon qu'on en con- » viendra avec Hermachus, ce qui sera nécessaire pour

> célébrer dans les dix premiers jours de gamélion celui

> de notre naissance (1) et ceux de mon père, de ma

(i) Nous avons tlit picccdttnmcnt qi^Epicure claitné le 7 du mois de gain<;liou. Ce mois, ie premier de Thiver clicz les Grecs , répondait

o'ipicuRS. 341

> mère et de mea frères; et le vingtième de la lune de chaque mois , on traitera tous ceux qui nous ont suivis dans l'étude de la philosophie, afin qu'ils se souvien-

> Aeat de mol et de Métrodore-, et qu'ils SsMeni. aussi

> la même chose au mois de posidéoB^ (1) » en mémoire 9 de noa frères, ainsi qu'ils nous Font vu obaerrer.. Il

> finidra qu'ils s'acquittent de ce dèToir dans le mois de

> métagéitnion (2) , en faveur de Polyène.

> AmynoDiaque et Ti m ocra te prendront soin d'Ëpi*

> cure , his de Mélrodore , et du fils de Polyène» tandis

> ^u>ik demeurent ensemUe chez Hermuclius , et qu'ils

> pfeBçènt ses leçons*

:^/i&tf$ifaaL que la fille de Métredope soit aussi sous

> bup^Niduite; et que, lorsqu'elle sera en âge d'être

> mariée, elle épouse ccliii d'entre les philosophes » qu Hemiachus lui aura choisi. Je lui recommando

> d'âpre modeste et d'obéir entièrement à Hennachus. 9^ Amjiipmaque et Tîmocrate , après avoir consulté

> HuRnachtts^ prendront du revenu de mes biens cet » qu'il firaidra pour leur nourriture et pour leur entretien..

> Hermachus jouira comme eux de la part et portion

> que je lui donne dans- ma succession, parce qu'il a 9 YÎeiiii avee nous dans la recberobe des découvertes.

> qué ooMS^avons friites sur la nature>.et que nous 1- avons

> MsaéfooriiotresucGesieur'à Técote que nous avons^

> étaliKer^ ainsi il ne sera rien frit sans son conseil* L»

> fille» lors de son mariage, sera dotée selçn les hieui^

dfapr^ le cycle de Mëtoa (pour hi pr^mtèra eiiii^ êê la 99.* olym-e

p»ade)^ à aos jours suivaDs : da 3o décembre au 18 janvier. Ainsr Epioorfli straît né le 6 janvier ^ mai& il est né dans la 109/ olympiade^ et non dsos If 99/^ ce qui doii faire une diiiérence dans b date, précise du jour , que je n^ai le temps ni de Terifiei:, ni de calcujer. .

(1) Le mois Jp pnsideon, toujours d^nprès la cyclc de MétÇUf va du 3o iiovenilirc au 3o décembre ^ c'est ie dernier d^autonine.

(2) Le mois de mci<it;cjtiiton , le second d^ëlé, comprend depuis le 4 août jus(]^u au 5 &e£>Lt:mbre.

34a TB8TAMENI

5 fine ie laisse. Amynomaque et Timocnîte en délilié* 9 reront avec Hermachus.

9 On aura soin de Nicanor, ainsi que nous l'avons

> &it. 11 est juste que tous ceux qui ont été les com-

> pagnons de nos éludes » qui ont contribué h leurs pro> » grès , et qui se sont &it honneur de Tieiiiir dans ia 2> spéculation des scienees, ne manquent point, autant' » que nous le pourrons , des choses qui leur sont népes»

> saires pour le succès de leurs découvertes.

' > Je veux qu'Hermachus ait tous mes livres. > S*ii arrive qu'iiermachus meure avant que les enlans

> de Métrodore soient en âge , j'ordonne qu'Amynoma-

> qne et Timocraté se chargent de leur conduite, afin y que tout se passe avec honneur, et qu*ils proportion^

nent la dépense qu'il laudra faire pour eux» à la valeur

> de mes biens.

» Enfin, je désire que toutes les dispositions du présent

> testament soient , autant qu'il sera possible , exécutées

> de point en point, conformément à ma volonté. £ntre » mes esclaves , j'affranchis Mus, Nicias et Ljeon; je

> donne aussi la liberté à Phédrion. »

A la suite de ce testament est la lettre suivante, qu'lipicure, près de mourir, adressa à Idoménée :

« Je vous écris au plus heureux jour de ma vie,

> puisque, c'est le dernier. Je souffre des douleurs si 3 crudles dans k vessie et dans les inteatiiis que rien ne » peut en ^ler la violence; néanmoins le souvenir de ^ mes raisonnement sur la philosophie et de mes décou-> » vertes sur la nature, charment tellement mon esprit, » que c'est pour moi- une grande consolation contre les » maux du corps. Je vous recommande donc, au nom » de cette amitïâ que vous avec toujours eue pour moi » et de ce noble penchant que dès votre jeunesse vous

> avez eu pour la philosophie , je vous reconunaiide, dis* » je, de ^soutenir les enfans de Métrodore. >

Iiesouvroges d'Ëpiçureétaient très^nombreux: Diogène

Laârce les porte à trois cents. Il donne la liste des principaux » h la téte desquels il mel se» ireatensept lÎTres sur la Nature* II ne restait de ce philosophe que trois lettres que nous a conservées Diogène Laërce; maïs parmi les

rouleaux découverts à Herculanum, il se trouve une partie de son ouvrage sur la Nature, dont le poème de Lucrèce semble n*étre qu'une traduction poétique élégante. Xea mêmes rouleaux ont aussi fourni quelques fragpDens des ouvrages de Philodème de Gadarr, Tun de ses discipies* Ce sont quelques épigrammes et des morceaux de son ouvrage sur la musique. Ce Philodème est le même qui vivait à Kome du teujps de Cicéron et dont cet orateur ùàt \ak si hel éloge dan» sa harangue contre Pison.

Page 1