‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 102 sur 136 · DE FERNAND CORTEZ · texte numérisé non relu

DE FERNAND CORTEZ

ai castUlauo , por D. V. G. Arnao. Paris, iS-i-, 5 vol. t«-8.°

Le testament en question, dans son texte ori"-inaI , y est rapporté en entier , lom. IV , pp. ôoj— 5.5o. C'est la première fois que ce monument liistoriquc a été imprimé aussi complètement.

.\ous regrettons beaucoup que l'étendue de celte pièce curieuse ne nous permette pas de la donner en entier; mais au moins nous en ferons connaître les prinpaux articles.

Ce testament te! qu'il est rapporté, soit par extrait, soit en entier, dans les deux ouvrages précités, est précédé de pièces judiciaires relatives à son ouverture. Ensuite vient l'acte lui-même composé de 64 articles. Il commence ainsi :

« Au NOM DE LA TRJks-sAixTE Trimté , Père , Fils , ï Saint-Esprit , qui sont trois personnes en un seul Dieu » véritable , que je tiens , crois et confesse pour mon » vrai Dieu et rédempteur; au nom de la très-glorieuse s> et bienheureuse Vierge Marie , sa sainte mère , notre s dame et avocate; à tous ceux qui le présent verront, 2> moi ,

> Don Ferxaxd Cortez , marquis de la vallée

» d'OaxACA, COIVERXEIR de LA XoUVELLE-EsPAGXE ET

y> DE LA MER DL SUD, pour S. M. I. Charles, cinquième » du nom , roi d'Espagne , mon souverain maître et ï> seigneur, fais savoir ce qui suit :

» Etant malade , mais jouissant encore de toute ma

> raison , telle qu'il a plu à. Dieu , notre Seigneur, de 2> vouloir bien me l'accorder , et m'attendant à la mort, » puisque tout ici-bas lui est soumis , ^et désirant, quand 2> Dieu voudra me retirer du monde, avoir tout fait pour 5> sauver mon ame et tranquilliser ma conscience, j'ai

> fait ce testament que je déclare valable et dont j'ory> donne l'exécution comme étant ma dernière, ma seule i^ volonté.

» I. En premier lieu, si je viens à mourir en Espagne, 2> mon corps sera déposé dans l'église paroissiale du lieu 2> où je trépasserai , jusqu'à ce que mon successeur juge 2> convenable de transporter mes restes à la Nouvelle- 2> Espagne, ce qu'il devra faire dans les dix années qui » suivront ma mort. C'est dans ma ville de Cuyoacan » que je veux être enseveli , dans le monastère de re- :t> ligieuses que je veux qu'on y élève et qui recevra le » nom de Conception de l'ordre de Saint-François^ le » jour de mes funérailles. Car ce sera là ma sépulture et » celle do mes descendans.

■» II. J'ordonne-, s'il plaît à Dieu que je meure en 5 Espagne , que la volonté de ceux ou même de quel- » ques-uns de ceux que j'ai nommé mes exécutem-s

> testamentaires , règle mes funérailles.

» m. Outre les curés , bénéficiers et chapelains de ï> cette paroisse qui doivent porter mon corps , on ras- » sembler a tous les moines de tous ordres qui se trou- » veront dans la ville ou le village où je mourrai , et ils » accompagneront la croix et assisteront à mes funé- » railles. On leur fera, selon l'usage, une aumône, etc.

s IV. On habillera ce même jour 5o pauvres , avec de » longs manteaux de drap brun , garnis de capuchons; » ils suivront mon corps en portant des torches allumées. :» Chacun d'eux recevra un réal (i) après la cérémonie.

» V. Je veux que le jour de mes funérailles, si elles » ont lieu avant midi, ou sinon le jour suivant, on dise s dans toutes les églises, tous les monastères du lieu ï- où je mourrai , autant de ^messes que l'on pourra; en » outre, on en dira, les jours suivans, jusqu'à la cons> ctirrence de 5oop destinées ainsi qu'il suit : i ooo pour

> les âmes du purgatoire; 2000 pour les âmes de ceux » qui sont morts près de moi et à mon iservice , dans

(i) Le réal est estime maintenant 27 cent. Que valait-il dans le XVI." siècle?

DE TERNAND CORTEZ. SSg

» la découverte et la conquête de la Nouvelle-Espagne. 5» Les 2000 qui restent seront dites pour les âmes de 3> ceux envers qui j'ai des obligations que j'ignore ou 3> que j'ai oubliées. Car pour les cngagemcns présens à i- ma mémoire, j'ordonne qu'ils soient remplis , et qu'on y> suive pour le paiement les instructions que je donne y> dans ce testament. Quant au prix des ôooo messes, 3> mes héritiers feront distribuer les aumônes accoutu- 2> niées, et je les prie que dans tout ce qu'ils feront 2> de plus , ils s'appliquent à diminuer les dépenses qui ^ n'ont pour but que la pompe et les vanités de ce » monde , et qui sont mieux employées au salut de nos 2> âmes.

» VI. Le jour de mon enterrement, mes héritiers y> donneront à mes domestiques et à ceux de ma famille i> un vêtement de deuil. Il leur sera payé en outre, pen- » dant six mois , après ma mort, le salaire qu'ils gagnent » ou qu'ils gagneront à cette époque , et on les nourrira ^ pendant tout ce temps. On leur soldera tout ce qui 2^ sera dû de leui-s gages , à l'époque où ils voudront 3> quitter mon successeur Don Martin.

» A IL Je veux , lorsque mes os seront transportés à >> la Nouvelle-Espagne , pour être ensevelis dans le mo- » nastère qu'on élèvera selon mes ordres, que tout se i^ fasse ix la volonté de la marquise Dona Juana de Zuniga » ma femme, qui réglera mes funérailles, et à celle de :» mon successeur , ou de tout autre administrateur de 2) mes biens à cette époque.

î> \ III. Je veux que les os de Dona Catalina Pizarro,

> ma dame et mère , ceux de Don Louis, mon fils, qui

> sont enterrés dans l'église du monastère de Saint- :£• François de Tezcuco , et ceux de Dona Catalina ,^ia 2> fdle , qui sont dans le monastère de Cuahuanavac » y> soient transportés avec les miens dans ledit monastère

> que je me propose de construire dans ma dite ville 2 de Cuyoacan. »

L'article IX a rapport à la construction d'un hôpital sous le titre de NuestraSenora de la Concepcion, qui doit être élevé dans la ville de Me:*ico. Cortez v**ut qsi'Il le soit entièrement h ses frais, selon les plans qu'il a envoyés cette même année (1047) ^ '^ Nouvelle-Espagne. Il destine à cette dépense le montant des loyers des boutiques et maisons qu'il a h Mexico, sur la place et dans les rues de Tacuba, de San-Francisco , elc

« X. J'ordonne que dans la chapelle où repose le » corps de Martin Cortez , mon père et seigneur, dans » le monastère de San-Francisco de Medeliin , on cé- » lèbre à perpétuité, par une messe, l'anniversaire de » sa mort , et que les cérémonies soient ftiites selon les » instructions que j'ai données , et mes successeurs s'y » conformeront à jamais; et pour cela je nomme Don 5; Martin, mon fds et successeur, protecteur de ladite 2> chapelle

» XI. Depuis que le Dieu de miséricorde , mon Sei- » gneur, m'a conduit et gnidé dans la découverte et y> la conquête de la Nouvelle-Espagne et de toutes les 2> provinces qui en dépendent, sa main bienfaisante a » répandu sur moi de constantes faveurs. J'ai remporté ■» des victoires sur les ennemis de la sainte foi catholique, » j'ai pacifié et peuplé ce royaume, ce qui sera utile, 2> je l'espère , au service du Dieu noire maître. Pour » tous ces bienfaits , et aussi pour effacer toutes les » fautes qui sont sorties de ma mémoire et pourraient » charger ma conscience , j'ordonne la construction des » édifices suivans. »

Les articles XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII et XVIII, regardent lesdils édifices , qui doivent consister daus l'hôpital de Nolrc-Dariic de la CoticcplioUj qui sera, comme on l'a déjh dit , construit h IMexico , dans un monastère de religieuses sous le nom de Conception de l' ordre de Saint-F rançois , h bâtir dans la ville de Cuyoacan , et dans un collège qui sera fondé dans la même ville,

DE r E R X A N D C O P. T E Z . OQ 1

et <^ OÙ seront enseignés la théologie et le droit-canon, s afin qu'il en sorte des gens instruits qui puissent di- 2 riger nos églises de la INouvelle-Espagne , instruire les » habitans , et leur apprendre tout ce qui concerne s notre sainte foi catholique. » Le testateur emploie ces sept articles ( 12 — 18) à désigner les terrains où se feront les constructions, à fixer les dotations, les revenus, etc. etc. On voit que sur 4ooo ducals que lui rapporte le loyer de ses boutiques et maisons à Mexico , et qu'il consacre entièrement aux établissemens en question , il en assigne à perpétuité 1000 pour le monastère de religieuses, 2000 pour le collège et 1000 pour l'hôpital; et il espère que les loyers augmenteront.

XIX. Dans cet article où il est question des églises delà Nouvelle-Espagne, des patronats qu'y exerce Cortez, « ilrecommandcà Don^Iarlinson filset h ses successeurs , ï de n'accorder de bénéfices qu'à des gens habiles , de 5 mœurs irréprochables , qui s'appliquent à faire con- » naître aux habitans la doctrine chrétienne par de

> continuels exercices, qui visitent les paroissiens, et

> veillent à ce qu'on remplisse les obligations que la » religion nous impose

» XX. J'ordonne que l'on rembourse la marquise 2> Dona Juana de Zuniga , ma femme, de 10,000 ducats 3> qu'elle m'apporta en dot , les ayant reçus et dépensés; » je veux qu'on les lui rende sans frais sur le meilleur » et le plus clair de mon bien. »

XXI. Cet article est relatif à une dot de 100,000 ducats qu'il donne à sa fille Dona Maria Cortez , qu'il a eue de son mariage avec la marquise Doua Juana de Zuniga ; laquelle doit épouser don AlvarezPerrez Osorio, fds de don Pedro Alvarez Osorio, marquis d'Astorga.

« XXII. Et comme je dois doter Dona Catalina et i^ Dona Juana mes filles légitimes , pour remplir cette :» obligation de mon mieux et ainsi qu'il est juste que )? je le fasse , je leur donne à chacune 5o,ooo ducats,

» dont je leur fais don irrévocable de leur vivant

» XXIII. J'ordonne à mon successenr de payer tous » les ans, sur les revenus de mes possessions, à Don Mar- » tin et h Don Louis Gortez, mes fils naturels, lu somme » de 1000 ducats d'or, on 370,000 maravédis (1) à » chacun, et cela pendant toute leur vie ou jusqu'à ce » qu'ils aient chacun plus de 5oo,OGO maravédis de 2> rente... — » Il enjoint h ces deux fds de respecter son successeur, qu'ils doivent considérer comme le chef et le premier de la famille. « Non-seulement, dit-il, je :i> demande obéissance et respect , je veux encore que 5> mes deux fds (naturels) prêtent à Don Martin ( fds » légitime et héritier ) leur assistance en tout , excepté » contre Dieu , la sainte religion catholique et leur roi 2> légitime »

XXIV. Cet article regarde le cas où les deux filles du testateur Dona Catalina et Dona Juana viendraient à se marier; Cortez prescrit à son successeur le cas où il n'aura rien h donner pour la dot.

« XXV. On remboursera à Dona Catalina Pizarro , » que j'ai eue de Léonore Pizarro, femme de Juan de » Salcedo, demeurant à Mexico, la valeur du revenu » produit par la multiplication des vaches, des jumens » et des brebis que je lui avais abandonnées h mon ar- 5> rivée en Espagne. En outre on lui abandonnera les » revenus entiers du village de Chinantla, avec tout ce y> que je lui avais donné en dot lors de son mariage , » toutes ces choses ayant été remises à Juan Salcedo, » mari de ladite Léonore Pizarro »

Les articles XXVI , XXVII , XXVIII , XXIX , XXX,

(i) Le maraviiiiis est la plus petite monnaie cfli-ctive d'Espagne; il équivaut à tout près de 8 dixièmes de centime. Mais que valait-il du temps de Cortez , ainsi que le ducal? Le ducat n'est plus d'usage m Espagne, où Ton ne compte plus que par pistole ou doublon, jaastre , rcal ou piécette , etc. etc.

DE FERNAND CORTEZ. ogo

XXXI et XXXII, ont tpujours rapport à ladite Catalina Pizarro ; et dans le XXXIII.* il est dit : «. J'ordonne » que Dona Maria et Dona Léonore mes filles naturelles, 2> reçoivent chacune pour dot, lors de leur mariage, :* 10,000 ducats de mes biens, et je leur enjoins de se i> marier d'après les conseils et avec le consentement

» de mon successeur » Et dans le cas où elles se

feraient religieuses ou prendraient un autre état, Cortez fixe la pension dont elles jouiront.

Les articles XXXIV , XXXV et XXXVI sont d'un médiocre intérêt. Le XXXVII.' en présente davantage.

« J'ai dépensé , dit Cortez , une partie considérable » djQs revenus de la Nouvelle-Espagne et des provinces » qui en dépendent, lorsque j'en fis la conquête, que » j'y ramenai la paix et que je la réduisis à l'obéissance » au nom du roi de Castille. Ces avances ont été faites > tant pour la guerre dans la Nouvelle-Espagne , que » pour les expéditions extérieures ; par exemple , pour 3» la formation du corps envoyé à Amaluco , et dont je » confiai le commandement au capitaine Alvaro de » Saavedra Geronimo Primo; pour ceux que je dirigeai 2> sur Ibueras , l'un sous les ordres du capitaine Pobk- 2> dores , l'autre conmiandé par Francisco de Las-Casas. 5> Toutes ces troupes furent envoyées par l'ordre de » l'empereur notre maître , ainsi que le prouvent ses 3> royales instructions. Comme Sa Majesté, pour l'acquit 2> de sa conscience, en qualité de prince très-chrétien, :» a décrété , par une ordonnance royale restée entre les » mains du licencié Juan Allamirano , et même par une 2> sentence de son conseil royal , que les dépenses faites 2> dans mes conquêtes pour lesdites expéditions, seraient 2> réglées avec moi, j'ordonne qu'on arrête tous ces » comptes , qu'on en touche le montant , puisque Sa » Majesté a bien voulu en ordonner la restitution, et que » tout passe entre les mains de Don Martin mon héritier, 3> et de ses successeurs.

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» XXXMII Quand je reçus en don la propriété

» de la Nouvelle-Espagne , je fis tous mes efforts pour » savoir quels étaient les tribnts , rentes , droits et conî> tributions que les chefs indigènes avaient coutume de 2> percevoir; j'ordonne que si je me suis trompé dans i> l'évaluation , on restitue ce qui ne m'appartiendra pas. »

Un passage de la première édition de V Essai polilique de M. Alexandre de Humboldt, i8i i , in-S.", lom, II, p. 42, sur cet article et sur les XXXiX.", XL." et

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