‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ou leur bizarrerie; avec des détails historiques et des notes (volume 5)Chapitre 98 sur 136 · DE 8, LOUIS · texte numérisé non relu

DE 8, LOUIS

saint viatique , étant à genoux au pied de son lit , il se lit étendre sur la cendre, où, les bras croisés, les yeux fixés an ciel, il prononça distinctement ces belles paroles du psaluiiste : Seigneur , j'entrerai dans votre maison, je vous adorerai dans votre saint temple , et je glorifierai votre nom; puis aussitôt il expira, vers trois heures après midi, le lundi 25 août 1270.

Ainsi mourut, dans la cinquante-sixième année de son âge, la quarante-quatrième de son règne, Louis IX, le meilleur des princes , celui dont on a dit avec justice, qu'il eut tout ensemble les scntimens d'un vrai noble , la piété du plus humble des chrétiens , les qualités d'un grand roi, les vertus d'un grand saint, et toutes les lumières d'un sage législateur.

Nous pourrions encore donner ici le testament d'Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis , et de Jeanne de Toulouse sa femme, qui, l'un et l'autre voulant suivre le roi dans sa dernière croisade , lui amenèrent une grande quantité de vaisseaux bien équipés, et firent leur acte de dernière volonté ; mais nous ne parlerons que substantiellement de cet acte.

Il commence , selon la coutume de ce temps-là , par des legs pieux pour la plupart des monastères de France. La princesse lègue tout le pays Venaissin au roi de Sicile ( Charles I.", dernier fds de Louis VIII, frère de S. Louis ) , et aux enfans qu'il a de Béatrix de Provence (sa première femme , morte en 1267 ); donne tous ses bijoux à Philippe sa cousine , fille du vicomte de Lomagne et de Marie d'Anduse , alors comtesse de Périgord; la nomme héritière universelle de tous ses domaines situés en Agenois , en Querci , en Albigeois , en Rouergue; et laisse au comte Alphonse, son mari, la jouissance de tous ses biens jusqu'à ce que la jeune Lomagne soit parvenue à l'âge nubile. Quant audit prince Alphonse ,

il inslilue ses héritiers ceux qui doivent l'être par droit et par coutume; affranchit tous ses serfs et leurs enfans, quelque part qu'ils soient ; abandonne toutes les dîmes qu'il tient en sa main çn faveur de ceux à qui elles doivent appartenir; accorde de nouveaux privilèges à la ville de Riom , s'oblige de n'en rien tirer que du consentement des habitans; enfin leur donne des lois que toute l'Auvergne a longtemps suivies : c'est ce qu'on appelle VAlphonsinc, ou coutume de Riom , distribuée en trente-huit articles. \ oilh tout ce que nous avons découvert sur les testamens du comte et de la comtesse de Poitiers. Ils ont peu survécu à Louis IX; Alphonse , né le 1 1 novembre 1220, est mort le vendredi 2 i août 1271 , et Jeanne de Toulouse, le mardi suivant 20 du même mois; l'un et l'autre revenaient de la terre sainte; ils sont morts en roule à Savone. Dom Vaissette dit : « Qu'Alphonse fut un prince débonnaire, chaste, pieux, » aumônier, juste et équitable. Il ne manquait d'ailleurs » ni de valeur , ni de fermeté ; il marcha sur les traces ■» du roi son frère, dans la pratique des vertus chré- » tiennes. » Il paraît que la comtesse sa femme était d'un caractère à peu près semblable.

TESTAMEM D'OLTVIER DE CLISSON.

Quiconque connaît l'histoire dti célèbre Olivier de Clisson , l'un des plus intrépides guerriers de son siècle, mais aussi le plus implacable et le plus sanguinaire , ne verra pas son testament sans quelque intériH. Disons en peu de mots que, né en i556, d'Obvier III , à qui Philippe de Valois fit trancher la tête (en i54i ) , et appartenant ji l'ime des familles de Bretagne les plus distinguées , Clisson fit ses premières armes sous Jeanne sa mère , véritable héroïne , qui . pour venger

d'olivier de glisson. 567

la mort de son mari, se porta aux plus IcrriLlcs excès. Clisson contribua par sa bravoure, le 29 septembre i5G4, au gain de la bataille d'Aurai (1), qui assura à Monfort la possession de la Bretagne ; il y perdit un œil. Peu après il se brouilla avec le duc , et quoique élevé avec les AngUsis, il ne put vaincre une antipathie nationale assez ordinaire aux Bretons. Monfort ayant donné au fameux Jean Chaudos , le château de Gâvre : « Au diable, lui dit Clisson, si jamais Anglais sera mon voisin ; » et de suite il va mettre le feu au château et n'y laisse pas pierre sur pierre. Passant au service de Charles V , il s'unit à Duguesclin , l'honneur et la gloire des guerriers français, et partage les lauriers que ce grand capitaine cueillit contre les Anglais. Mais Clisson arrosa souvent les siens d'un sang versé arbitrairement

(i) CcUe bataille eut lien entre Charles de Blois et Ji an de Monfort, qui l'un et Tautte prétend nent à la possession de la Bretagne. Charles la livra malgré qu'il eut signé le 12 juillet précédent, un traité qui devait terminer ce différent. Sa faiblesse pour sa femme qui n'avait pas voulu ratifier ce traité lui coula cher , car il perdit la vie dans cette bataille-, Bertrand Duguesclin que le roi Charles V lui avait envoyé et qui n'était pas d'avis de livrer bataille, y perdit 1 1 liberté, et Clisson un œil. Ch;irlesde Biois était d'une rare dévotion : le jour de la bataille il avait entendu trois messes, s'était confessé et avait communié. Oa lui trouva une haire sous ses armes avec une ceinture de cordes.

Ce fut quatorze ans auparavant, le samedi avant le dimanche Lœtare (26 mars) de l'au i35o (finissant à Pâques) que se donna le fameux combat des Trente eiitre le maréchal de Beaiimanoir attaché au parti de Charles de Blois et Richard Bembrough , capitaine anglais de IMoërmcl, accompagnés chacun de agcliampions, et où les Anglais furent •vaincus. Dans ce combat à outrance , il y eut plusieurs charges ; dans l'une d'elles Bear.manoir blessé et succombant à la soif, demanda à boire -, Geoflroi du Bois un de ses compagnons lui cria : Beauma-^ noir ^ bois ton sang. Ce mot est devenu le cri de cette maison.

M. Crapelet a donné une magnifique édition de la relation du COMBAT DES TRENTE , d'après un mauuscrit de la bibliolhèque du Roi. Paris ^ '827, 1 vol. gr, in-8.° de viij — H2 p^'g-i P'^p- ^él. ai'cc fig. et fac-similé. C'est un monument typog'''iphique admirable, un vrai chef-d'œuvre de goût et un précieiix morceau de l'étal de la langue française au XIV.' siècle.

et quelquefois contre la foi des traites. Après la mort de Duguesclin , l'épée du connétable lui fut ofierlc ; il l'accepta après quelque hésitation (en i58o), et se montra digne de la porter. En i585, il gagna la célèbre bataille de Rosebecq contre les Allemands , qui y perdirent 25,ooo hommes. Il eût détruit toute l'influence des Anglais en France , sous Charles VI , sans plusieurs trahisons, qui partaient même de la cour, à l'insu du roi. En iSqs, il faillit périr à Paris, par un assassinat dont se rendit coupable Pierre de Craon , seigneur breton , à la tête de vingt scélérats. Clisson en fut quitte pour des blessures très-graves. Enfin après plusieurs aventures, il fut, par suite de la démence du roi , disgracié , condamné à une amende de 100,000 marcs d'argent , et banni. Il se retira dans ses terres , où il guerroya encore quelque temps contre le duc de Bretagne. Enfin il se réconcilia avec ce prince , et mourut en 1407 dans son château de Josselin , attaqué par le jeune duc qu'il venait de faire couronner. Clisson possédait presque tous les talens militaires de Duguesclin, mais il s'en fallait beaucoup qu'il eût ses vertus, son désintéressement, sa modestie, sa prudence et surtout son humanité. Franc, loyal, mais fier, emporté, souvent cruel , il laissait voir jusque dans ses plus grandes actions quelque chose de brutal , et même de farouche, qui en ternissait l'éclat. Ln jour sa fille mariée au comte de Blois , héritier des droits de la maison de Penthièvre, osa lui proposer de faire mourir les enfans du duc de Bretagne que celui- ci lui avait confiés : pour toute réponse, Clisson indigné, saisit une hallebarde, s'élance sur sa fille, et l'eût tuée, si elle ne se fût sauvée ; ce qu'elle fit avec une telle précipitation , qu'elle se cassa la jambe en fuyant.

Passons au testament de cet illustre capitaine ; c'est , comme tous les actes du même genre faits alors, un lableaii assez curieux des mœurs du temps.

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<^ En nom de la saikcte Tri.mté, du Père, du Fils et du Sainct Esperit. Amen. Sachent tous presens et advenir que je Olivier sire de Cliczon et Belleville, considérant la fragilité de humaine nature qui chascun jour laboure en tirant homme et femme à sa fin , et qu'il n'est chose plus certaine que la mort , ne moins certaine que l'hore d'icelle, et que toute humaine créature est si subgecte a la mort, que de nécessité luy convient une fois luy paier son debvoir dont le terme est en la disposition de Dieu le tout puissant nostre créateur; désirant o la grâce d'iceluy pouruoir au salut de mon ame , et ne décéder de ce siècle intestat , que Dieu ne veuille (1) ; pour ce est il que moi estant , la

(i) Mourir intestat était autrefois une véritable re'probalioû. Un usage très— ancien et qui a dure pendant tout le moyen âge, exigeait que chacun, en mourant, laissât quelque chose à IV'glise. Aussi voyonsnous presque tous les teitamens remplis de legs pieux. Cest certainement une chose très— louable , mais il ne faudrait pas que cela eût ete forcé , et il paraît que par la suite des temps , le cierge' a voulu que cet usage devînt un droit de l'église. Ducange rapporte que l'omission de cette bouue œuvre décelant le mépris du salut, quiconque y manquait était privé de l'absolution, du viatique et de la sépulture ; et souvent, pour éviter un pareil malheur, les héritiers du défunt s'empressaient défaire un testament en son nora^ cette pièce posthume remédiait à tout. La portion de biens laissée à l'église devait être à peu près d'un dixième. Du temps de S. Louis , le clergé connaissait de l'exécution des testamens , apposait le scellé , faisait rinvenlaire , et exigeait l'accomplissement de la volonté des testateurs. On appelait déconfhs ceux qui mouraient sans avoir fait leur testament ; oa regardait même la mort subite comme un châtiment de Dieu. C'était une note d'infamie , une marque de damnation ; de là les hauts justiciers prirent occasion de s'appliquer les biens de ceux qui faisaient une fin si malheureuse. S. Louis, pour remédier aux désordres que ces abus produisirent ^ distingua les déconfès en deux classes , ceux qui mouraient subitement et ceux qui ayant été malades pendant huit jours étaient morts sans vouloir participer aux sacremens de l'église. Dans le premier cas , la justice n'a rien à prendre sur le bien du défunt i dans le second, tous les meubles doivent être confisqués au profit du baron ; s'il y a un testament il sera exécuté , et les dettes du défunt payées. Dans le XIV.' siècle, il existait en Bretagne un droit a. 24

mercy nostre Seigneur, en saine pensée, bon propos et vray entendement , combien que je sois aucunement malade et enferme ( infirme ) de corps ; faiz , establiz et ordonne mon testament et ma dcrraine volenlé des biens temporels qu'il a pieu a Dieu me donner et administrer en ce siècle, en la forme et manière qui ensuivent.

» Premièrement je recommande mon amc a Dieu nostre dict père et créateur, a la benoiste et glorieuse Vierge Marie, a monsieur St. Michel et a toute la devote compaignie de Paradis. Aprez je veuil , commande et ordonne que mon corps, aprez mon decez de ce siècle, soit baillé et livré a la sépulture de nostre mère saincte église ; laquelle sépulture je eslis en l'église de Nostre Dame de Jocelin, joignant de la sépulture de ma très chiere et très amée compaigne Marguerite de Rohan que Dieu absolle.

2> Item, veuil et ordonne que une belle tombe et honeste soit faicte et mise sur les corps de ma dicte compaigne et moi , et dessus ycelle soit les ymages de nous deux, a l'ordonnance de nos exécuteurs cy aprez nommez.

» Item, veuil et ordonne que mon enterrement et obsèques soient faiz et célébrez o le moins de pompe que faire se pourra , honcsteté gardée , et au plus de messes et de services que l'on pourra dire et célébrer.

de tierçage : le cierge , à la mort de tout père de famille , prenait I© tiers des meubles -, il y eut diverses re'clamations \ une décision du pape Clément V porta qu'après le décès de chaque paroissien , le recteur ou curé n'aurait que la neuvième partie des meubles , les dettes préalablement déduites. Dans le diocèse d'Auxerre , le lit sur lequel on mourait^ appartenait à l'église. La conduite de quelques ecclésiastiques qui refusaient la sépulture à ceux qui n'avaient pas fait de legs à l'église, occasionna des contestations dans lesquelles intervinrent les parlemens et l'autorité royale. Voyei un arrçt du parlement de Paris, du 9 mars i ^09, un autre du 1 3 juin i5!)3 , l'ordounauce du Louvre , dans Lauriùrc , toin. 11 ^ p. 117^ etc. etc. etc.

D OLIVIER DE CLISSON. J^l

y Item , je laisse et ordonne , pour fonder en la dicte église de ^ostre Dame de Jocelin par mes exécuteurs cy aprez nommez , une ou deux chapclenies perpétuelles, la somme de deux mille francs pour convertir en rentes et revenus pour la dotation d'ycolles chapclenies, desquelles je retiens et reserve la presenlation o le droit de patronaige a moy , mes hoirs et successeurs seigneurs de. Cliczon.

ï> Item , je veuil et ordonne que un collège de chanoines ou chapelains séculiers soit fondé en l'église de N. D. de Cliczon , ou il y ait dean (doyen) , chanoines, chapelains, clers et serviteurs en tel nomhre et qui aient telles reuenues comme les commissaires qu'il plaira a nostre S. P. le pape ordonner sur le fait d'ycelle fondation , verront que les rentes, terres et reuenues que je ordonne pour cette cause pourront soustenir. Pour la fondation et dotation duquel collège je donne et laisse , quitte et transporte dez le temps de présent a la dicte église de N. D. de Cliczon et aux dean, chanoines, chapelains, clers et serviteurs dessus dicts , toute ma terre et chastellenie de Montfaucon que j'ai conquise et faict amortir pour ceste cause

» Item , je laisse a la dicte église de Cliczon une ymage d'argent de Noslre Dame , dou poids de XX marcs.

* Item , je laisse et donne a la fabrique et œuvre de la dicte église de Jocelin mille livres une fois paiées.

» Item , je donne et laisse a ycelle église VIII marcs d'or pour en faire deux beaut galices (sic) et douz [sic) patènes a l'usage d'ycelle église.

:^ Item, je laisse et donne a la dicte église de Jocelin deux mes bréviaires, lesquels soient enchaisnez (i)

(i) Les livres étaient encore fort rares du temps da Clissou. Ceux «l'église surtout, tels qi\e les psautiers, les antiphoniers, les graduels , les processiouels , les lectionuaires ou bréviaires , étaient gardés très-

Ô''j2 TESTAMENT

sur la sépulture de ma dicte compaigne et de moy, pour l'usage des chapelains et clers <jui y viendront dire leurs heures.

3> Item, je donne et laisse a la dicte église N. D. de Jocelin la plus belle croix que j'aye, ensemble o les reliques qui sont dedans.

» Item, je donne et laisse a la fabrique de l'église parochial (sic) de Blein L liv. pour faire une vitre de l'aulfre costé et semblable de celle que ma dicte derraine compaigne y a faict faire.

s> Item, je vcuil et ordonne que en chascunè des églises qui ensuivent , c'est assavoir de Nantes, Rennes, S. Malou , S. Brieuc et de Vennes , soit fondé un anniversaire solemnel a célébrer par chascun an par les chanoines et gens d'ycelles églises a tel jour comme je decedcray. Lequel anniversaire soit de vespres et vigiles a IX leçons et messe a note ; pour la fondation desquels anniversaires je donne cent esc us.

•» Item, je laisse a chascunè église cathédrale , chascunè abbaye , chascun prieuré conventuel , couvent des ordres mendians et autres de Bretaigne, pour chanter et célébrer un service solemnel pour l'ame de moy aprez mon trespassement , XX liv. monnoye.

» Item, je veuil et ordonne que le testament ou derraine volenté de ma trez chiere et trez amée compaigne et espouse Beatrix de Laval que Dieu absolle , soit exécuté et accompli par mes exécuteurs cy aprez nommez , de la ou il ne le seroit.

» Item , je veuil et ordonne que tous les biens qu'a-

soigncusement dans les églises \ noa-seulement on les fixait au pupitre par une chaîne en fer , de crainte qu'on ne les dérobât , mais il arrivait souvent qu'on les enfermait dans ime espèce de cage en fer à claire voie, de sorte que les chantres étaient obliges de passer le bras entre les barreaux pour tourner le feuillet. Voy. sur la rareté et la valeur des livres au moyen âge, nos Curiosités bibliographiques^ pp. y — xvj , notre Dictionnaijc de Bibliologie , clc, etc.

d'olivier de CLiSSON. SyS

voit donnés feu maislre Jehan le roy pour fondation d'une chapelenie, lesquels ont esté saisis par moy, soient entièrement délivrés et restitués a ycelle fondation.

» Item, je donne et laisse a l'église S. Brieuc pour la réparation d'ycelle CGC liv.

» Item, a l'abbaye de S. Jehan Desprez au dessous du chasteau de Jocelin CGC liv. pour prier pour l'ame de moy.

y Item, je donne, laisse et ordonne deux milles livres pour estre desparties et omosnées entre les pouvres gens des chastellenies de Ghasteau Jocelin , de Brou , de Blein et de Cliczon , ainsi comme mes exécuteurs verront que sera a faire en recompensation d'aucunes charges qu'ils ont soustenues pour cause de moy.

s- Item, je veuil et ordonne que dez le temps présent par touz mes terres ne soient levez au temps advenir aucuns guiez ( droit de guet ) par deniers, et que ce qui en a esté faict au temps passé ne puisse porter aucun préjudice au temps advenir.

» Item, je veuille et ordonne que tous les heritaiges, hostels , moulins , terres , rentes et reuenues que j'ay faict prendre et mettre en ma main, de quelques églises , personnes et gens que ce soit , ou il seroit trouvé par mes exécuteurs que je ne le peusse faire de raison, leur soient rendus, restituez et délivrez, a^qec les levées du temps passé

» Item, je veuil et ordonne que tous^ les hostels, maisons , édifices et heritaiges que j'ay faict abatre et empescher pour les fortifications de mes chasteaux et villes enclore dedans yceulx , soient rendus et en soient desdommagez ceulx a qui ils doivent appartenir

s Item, je veuil et consens que Bertrand de Dinar» filz du sire de Ghasteau Brient jouisse tout entièrement de touz les laiz que ma dicte derraine compaigne son

ayeuUe luy a faict et donné selon la fourme de son testament.

:p Ilem , je donne et laisse a mes trez chicrs et trez amez cousins, parens , serviteurs et amys cy aprcz nommez , les choses qui ensuivent. C'est assavoir

s> A ma fille sœur aisnée du comte de Penthievre IV. M. liv. ou cas que le mariage s'accompliroit de monsieur Jehan de Rieux de ChasteauneulT et elle.

» Item, a mon aultre fille sa sœur juvegneure (junior), II. M. liv.

» A mon cousin le sire de Rex et de RochefTort , IV. M. liv.

» A ma cousine, sa compaigne, une petite croix de perles et ma bihle en françois.

» Au sire de Beaumanoir, IV. M, liv. et un petit cheval blanc qui est a Jocelin.

» A l'evesque de S. Malou , III. M. liv. et ma grande hacquenée noire , et un annel d'or que madame la royne de Sicile me donna.

» A l'evesque de S. Brieuc, III. M. liv.

» A l'abbé de Bonrepos , XV. cens liv,

» A M. Jehan d'Avaucours , IX. cens liv.

» A M. Alain de Ja Motte, IX. cens liv.

y> Au dict Bertrand de Dinan fils du sire de Chasteau Brient toute ma terre de Loheac en pur et perpétuel horitaige pour lui et ses hoirs légitimes procréez de sa char , par ainsi que ou cas qu'il decedcroit sans hoirs de son corps procréez , comme dict est , ycelle terre rctourneroit a moy et a mes héritiers.

2> Item, au dict Bertrand tout mon bernois de mon corps qui est a présent a Jocelin.

» Item, au dicl Bertrand mon rouçin fauve et CGC. liv.

» Item, a maistre Jehan Reyrant pour poursuivre envers notre S. P. le pape la confirmai ion et décret de ma fondation du collège de Noslre DanVe de Cliczon et d'un couvent de frères meneurs que j'ay ordonné

d'olivier de clisson. 5^5

et ordonne estre fondé a Gliczon et pour en payer les bulles et lettres , G. liv.

ï> Ilem, a Rolland de la Villeeon, CGC. liv. ~ A Eon de Ghasteau Merlet, CGG. liv. — A Eonnet de Ghasteau Merlet son fils , GGG. liv. — A Alain de Treguenteuc , GG. liv. — A Alain Perron, GG. liv. et un cheval. ~ A Olivier de Goesbit, GGG. liv. — A Eon du Houille du Val, GGG. liv. -- A Jehan Poulart, DC. liv. — A Eonnet de Quengou, G. liv. — A Jehan de Lesnerac capitaine de Gliczon , GGG. liv. ~ A Jehan Boudart, G. liv.

» Itevi, je veuil et ordonne que Bertrand du Parc, capitaine de mon chastel de Bron, soit payé de ce que je luy puis debvoir.

5> Item , je veuil et ordonne que l'on envoyé à Sainct- Jame en Galice un pèlerin a pied a mes despens , qu'il soit payé pour son labour et travail , ainsi comme mes exécuteurs en ordonneront avec luy.

» Itenij je donne a l'abbaye de Meleray pour prier pour l'ame de moy, GGG. liv.

» Je nomme , eslis et ordonne RR. PP. en Dieu messire Robert , evesque de S. ]Malou , Jehan , evesque de S. Brieuc , Yves , abbé de N. D. de Bonrepos , messire Jehan sire de Rex et de Rocheffort , et Robert seigneur de Beaumanoir, exécuteurs de ce mien présent testament ou derraine volenté , avec les codiciles , additions et suppletions que je y pourrois faire au temps advenir , ezqueulx mes exécuteurs , je baille et assigne dez le temps du présent , en tant que faire le puis , la possession et saisine de tous et chascun mes biens, meubles et immeubles, et veuil, commande et ordonne qu'elle leur soit baillée loyaulment et de fait , en manière qu'ilz les puissent avoir devers eulx, et les convertir et employer en l'exécution de cest mien testament.- En tesmoins desquelles choses et chascune j'ay faict faire ces présentes lettres scellées de mon propre sceau

O-jQ TESTAMENT

et signet, et soubzsignées par les notaires cy dessoubz cscripts : présents et tesmoings appelez a Tordenance de ce mien testament ou derraine volenté, les exécuteurs cy dessus nommez et avec ce messire Amaury de la Motte, dean ('(/oy^/zj de S. Malou, Jehan du Houlle, Olivier de Coesbit , Eon du Iloulle , Jehan Gucho , Eon du Quengo, Jehan du \ al , des diocèses de Vennes, Nantes et Cornonaille; et plusieurs aultres en tesmoignage de ce requis , ensemble o les dicts notaires. Donné et faict en mon chasteau de Jocelin au diocèse de S. Malou le V février M. CCCC. VI. ( 1407 , n. st.) »

A la suite de ce testament est un codicille en latin , qui mérite d'être rapporté,

« In ?lOMl^E DoMiNi, amen. Anno ejusdem Dominl M, CCCC, VI, die Vlfebr. etc. D. OUveriusde Ciicio, etc. Non recedcndo ab ordinationibus et testamento suq nuncupativo per einn die V mensis prefati factis et ordinato, quinimo ipsas ordinationes et simm predictum testamentum confirmando et ratificando , codicUiando et addenda, etc.

» Dédit D, de Vauder pannam seu forraturam hoppelande sue,

» Item , légat nobili vivo Bcrtranno de Dinanno fUio nobilis viri D. Charoli de Dinanna D. Castclbrienti unum Jacques galLicc de suis [\) , quod tamen non sit de presenti insignitum armis seu insigniis Ipsius D. Oliverii , et unam suam hoj)pelandani rubeam marlris fodcratam.

'» Item , dédit et legavit nobili vii'o viagistro Amaurico

(i) Uue de SCS Jacques. Ce mot avait deux acceptions ; il signifiait armure., du mot hvclon jaccuuiii., qui dit la mênieK;liose •, il signifiait aussi pourpoint .1 habit ^ d'où nous est reste le mol jncquette qu'on emploie encore quelquefois pour designer une petite robe d'enfant- Du temps de Ciisson il y avait aussi àts jacquettes de livrée , blanc , noir et violet., à une grande cordelière de fil d'or de Vcuise, etc.

d'olivier de clisson. 077

de Mola suum parvum gradarium grisentem (sa petite hacquenée grise ).

» Ilom , dédit R. in Cliristo P. D. Joanni D. G. Episcopo Briocensi suum gradarium flavum vulgariter sa hacqucnée fauve.

y Item , (egat magnifico principi D. Ludovico duci aurelianensi sex canes venaticos ad venandum,

2> Item , tegat D. Alano vicccom. de Rohan genero suo suum milionem, vulgariter son milion (oiseau de proie) et unum eijuum (juevi equitat auceps qui dictuvi milionem régit, et ipsuvi accipitreni sibi remisit , etc.

ï> Item , i-oluit quod cnsis sex (pour seu) spata (épée) nuper sibi traditus per regem Francie in signum officii sui cônes fabularie Francie restituatur régi post ipsius decessum per nobdem virum D. Robertum de Beaumanoir militem.

» Item , ordinavit quod navis sua nuncupata Riquerou reddatur nobiliviroOliverio de Castello filiolo suo, etc. — Prescntibus D. Episcopo Maclov., Eudone de Chasteaumellet, Eudone du Iloulle, Eudone de Quengo , Eudone Boçsart et Alano Saunier, etc. »

Enfin un second codicille du 16 avril 1407, c'est-àdire dix jours après le précédent , porte :

« Fondation de quelques messes en l'église de St. Julien du Mans , pour l'acquit desquelles il remet aux chanoines les prétentions qui luy a voient esté adjugées par arrest de la court royalle de Parlement de France contre Pierre de Craon chevalier , et certains ses complices, du nombre desquels estoit Bonabes de Tusse chevalier; les aultrcs sont Jehan de Champchevrier chevalier, Adam Davelus, Guillaume de Tusse, Pierre de Tresfoure, Jehan de Hubines, Jacquet Gossum, Jehan Malindre, Jehan Gosset et Mathieu Coquin. »

Tels sont les testament et codicilles du célèbre Olivier de Clisson.

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