‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 10 sur 96 · TESTAMENT D'AUGUSTE · texte numérisé non relu

TESTAMENT D'AUGUSTE

(L^an 766 de R. — i3 dep, J. C.)

Auguste, né le 23 septembre 691 de R. — 63 av. J. C, reconnu légalement empereur Tan 727 de R. — 27 av. J. C. , fait son testament sous le consulat de C. Silius et L. Plancus, le 3 avril 766 •— ' i3 de J. C. , c'est-à-dire, un an et quatre mois et demi avant sa mort , arrivée le 1 9 août 767 de R. Nous avons à regretter que ce monument important pour l'histoire ne nous soit pas parvenu en entier, ainsi que les pièces qui l'accompagnaient , et qui devaient être fort curieuses. Ta-

chons de noiis dédommager de ce que nous avons perdu i en réunissant tout ce que les principaux auteurs anciens nous ont conseryé sur cet objet important. Le biographe Suétone nous fournira à cet égard {V. Aug. loi) plus de détails que Tacite {Ann. I. 8), qui n'y a consacré que quelques lignes; et nous trouverons dans Dion Gassius {Lib. 56) quelques renseignemens qui ajoutent à ceux de Suétone , et qui parfois en diffèrent.

Lorsqu' Auguste eut fait son testament, il le déposa 9 selon la coutume, et à l'exemple de son oncle Jules César (A)^ dans le temple sacré de Vesta 5 et en confia la garde à la plus âgée des prêtresses, c'est-à-dire, des vestales (B). L'acte, partagé en deux cahiers, était écrit en partie de sa main , et en partie de celle de deux de ses affranchis, Polybe et Hilarion. Il était accompagné de quatre autres volumes ou cahiers, scellés du même cachet (C).

Aussitôt qu'Auguste fut mort, Tibère exigea que le premier jour d'assemblée du sénat fût consacré au défunt. En conséquence, les vestales y apportèrent solennellement le testament et les quatre volumes qui y* étaient joints* On procéda premièrement à la vérification du testament , on en fit l'ouverture; puis Polybe, l'affranchi cité précédemment, fut chargé de le lire à haute voix. Les premières lignes étaient ainsi conçues :

« Puisque le Ciel m'a ravi mes deux petits-fil&, » Caïus etLucilius, àleur défaut, je déclare Tibère » mon successeur, et je lui remets tous mes » droits »

Ensuite, passant à la disposition de ses biens.^

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il institue ses héritiers le même Tibère et Livie (D)^ Fun pour les deux tiers et l'autre pour un -tiers ; puis leur ordonne de porter son nom , ou plutôt, comme dit Tacite, il assigne de plus à Livie l'adoption dans la maison des Jules , et le titre d'AuGusTA.

En cas de mort ou d'empêchement de la part de Tibère et de Livie , il appelle en leur place Drusus fils de Tibère (E)^ pour un tiers , et Germanicus ainsi que ses trois fils , pour le reste.

Enfin, il substitue â ceux-ci, en troisième ordre, ses proches , c'est-à-dire ses petits-fils et arrièrepetits-fils , et , à leur défaut , ses amis , amicos complures^ si l'on en croit Suétone, ou les grands de Rome, la plupart haïs de lui, primares civitatis plerosque sibi invisos^ selon Tacite, qui ajoute, sed jactaniiâ gloriâque ad posteras , mais par vaine gloire et pour se faire un mérite auprès de la postérité.

Il lègue au peuple romain , quadringenties sesîertiûm^ quarante millions de sesterces [environ 8,000, 000 fr. (F)]\

Item^ aux tribus latines , tricies quinquies se^ tertiûm ^ trois millions cinq cent mille sesterces (700,000 fr.);

Itenij aux soldats de sa garde, par tête, c'està-dire à chaque soldat prétorien , millia numtnorunij mille sesterces (200 fr.);

Item j à ceux de la garde de la ville , les cohortes urbaines, quingenos nummos , cinq cents sesterces (100 fr.);

Item j aux soldats légionnaires , trecentos num^

mos, trois cents sesterces (60 fr.).

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Mais il ordonne que tous ces legs militaires (G) soient acquittés sur-le-champ , ayant eu la précaution de mettre en réserve les sommes nécesr* saires pour cet ob)et.

Quant aux autres l^s qu'il fait à différens particuliers, et dont le montant de la plupart excédait vingt grands sesterces (4)000 fr,) ^ il permet d'en différer le paiement jusqu'à un an après sa mort. Ensuite il s'excuse en ces termes ,

sur la modicité de sa fortune :

< Je ne laisse en tout à mes héritiers que cent 9 cinquante millions de sesterces (So^ooo^ooo f.), > quoique j'aie reçu par des donations testa- » mentaires plus de cinq milliards de sesterces » (800,000,000 fr. ) ; mais j'ai tout employé au * Service de l'état , ainsi que mes deux patrimoi- » nés paternels (celui de Gaïus Octavius son » propre père , et celui de J. César son père » adoptif ) , et mes autres héritages de famille. »

Nous voyons par là qu'Auguste eût pu laisser une fortune d'à peu près un milliard de nos francs, mais que ce milliard peut être réduit, ainsi qu'en convient Tacite, à 200,000,000 fr. , dont 5o, 000,000 auront été laissés à ses héritiers, et le reste employé en legs tant militaires que civils.

Par une autre clause de son testament , Auguste laisse quelque chose à sa fille Julie , mais il ne la rappelle point de son exil; il défend même qu'on dépose ses cendres et celles delà seconde Julie , sa petite-fille, aussi débaucliée que sa mère, dans le tombeau des Césars (H). On sait à quel degré de fureur le portèrent les déréglemens de ces- deux femmes , dont la triste célébrité peut le

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disputer à celle de Messaline , leur digne petite-* nièce.

Auguste ordonne en outre que l'on restitue aux enfans de ceux qui l'avaient fait leur héritier, les biens paternels dont on les avait frustrés ; mais on ne devait les leur rendre , avec les revenus , que lorsqu'ils auraient atteint l'âge de majorité. C'est ainsi qu'il en a toujours usé dans le cours de sa vie , et il avait coutume de dire qu'un père de famille ne, privait ses enfans de l'héritage qui leur appartenait, que quand le prince était wol tyran.

Voilà tout ce que nous avons pu découvrir des dispositions testamentaires d'Auguste.

Lorsque le sénat eut vérifié et confirmé par un sénatus-consulte ce testament, on produisit aux pères conscrits les quatre volumes dont nous avons parlé plus haut ; ils étaient en partie écrits de la main d'Auguste. Ce fut Drusus qui en fit le rapport au sénat.

Dans le premier, Auguste prescrivait l'ordre qu'on devait observer à ses funérailles.

Le second était un journal de ses actions les plus mémorables, destiné à être gravé sur le bronze, et placé sur le frontispice de son mau* solée. Un ancien marbre trouvé dans la ville d'Ancyre, au XVL' siècle, nous a conservé une partie dé ce journal. Cempnument, tout tronqué qu'il est , devient précieux pouria certitude des dates de certains événemens de l'histoire d'Auguste.

Le troisième volume comprenait un état des forces de l'empire, des troupes qui étaient alors sur pied , des sommes qui restaientdans le trésor

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public et dans celui de Fempereur, des tributs et impôts qui étaient encore dus, et des dépenses qu'il fallait faire en temps de paix et en temps de guerre.

Enfin , le quatrième était un recueil d'instructions adressées également à Tibère et à la repu* blique pour maintenir la splendeur et la tranquillité de l'empire. Entre autres avis , il lui conseillait de ne choisir pour l'administration des affaires que des personnes sages et vertueuses ; il ajoutait en même temps qu'il était dangereux de confier à un seul homme toute l'autorité , qu'alors il serait à craindre que la puissance du monarque dégénérât en tyrannie, et que sa ruine n'entraînât celle de l'état, et ne précipitât les Romains dans des malheurs inévitables; il recommandait surtout à ceux qui seraient après lui chargés du gouvernement, de ne pas songer désormais à étendre les limites de l'empire par de nouvelles conquêtes , mais plutôt de s'appliquer à conserver les anciennes. Le reste de ces avertissemens était le précis de la conduite qu'Auguste avait tenue lui-même pendant son règne.

Ces livres furent , ainsi que le testament y approuvés par le sénat.

On lui fit ensuite des funérailles d'une grande magnificence. Son corps , ou plutôt son image en cire fut déposée sur un lit d'ivoire , enrichi d'or massif, dont la garniture était d'un drap de pourpre tissu d'or. Le convoi, aussi nombreux que pour une marche triomphale , traversa les rues de Rome en grand appareil. Il y eut deux pauses : à la première, Drusus prononça une

oraison funèbre du défunt ; à la seconde , Tibère en prononça une autre, qui nous reste et qui peut passer pour un modèle en ce genre. Quand le convoi fut arrijvé au champ de Mars , on déposa sur le bûcher le corps enfermé dans une bierre ; puis les centurions y mirent le feu. Pendant que des tourbillons de flamme et de fumée s'élevaient dans les airs , un aigle en sortit tout-à-coup et s'élança jusqu'aux nues, au milieu des acclamations de l'armée et du peuple, qui criaient que l'oiseau de Jupiter emportait l'ame d'Auguste dans le sein du maître des dieux. Livie fit même donner dix mille sesterces à un certain Numérius Atticus, sénateur, qui affirma par serment avoir vu, mais bien vu de ses propres yeux, la dite ame monter au ciel. Voilà , certes , de l'argent bien gagné!

NOTES

(J) J. César, le célèbre dictateur, fils de Caïuft Julius César et d'Aurélia, né le i4 des ides de quîntilis (la juillet), Tau de Rome 654 (100 av. J. C), mourut assassiné en plein sénat, le i5 mars jour des ides. Tan de R. 7 10 (44 av. J. C .) ; il était âgé de 56 ans.

Nqus n'avons pas consacré un article particulier à son testament, parce qu'on a trop peu de détails à cet égard. Cependant on sait qu'il le fit au mois de septembre qui aprécédé8amort,ran7e9deR.(45av*J.C.);ilenavditfait un précédenmient , par lequel il nommait Cnéius Pompée son héritier. Mais par le dernier, il institue trois héritiers; ce sont ses trois arrière-neveux, savoir : C. Octavius (dans la suite Auguste), auquel il donne les trois quarts de sa succession; LuciusPenariuset QuintusPedius, auxquels il donne le dernier quart. A la fin de son testament^

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il adopte C. Octavîus, et lui donne son nom. Il déclare plusieurs citoyens (ce sont ceux qui Tont assassiné l'année suivante ), tuteurs de ses fUs , dans le cas où il en aurait. Il plaee Déclmus Brutus dans la seconde classe de ses légataires, et laisse au peuple romain ses jardins sur le Tibre et 5oo sesterces (60 fr.) par tête. Aussitôt après sa mort tragique 9 son épouse Calpurnie se retira chez Antoine 9 où elle fit déposer les papiers de César, 'et son trésor, montant à 49OO0 talens (19,200,000 fr., ou, selon une autre estimation, 18,049)385 fr.)« Antoine s'empara aussi dû trésor public, déposé dans le temple d'Ops et qui se montait à aestertiâm sept tes millies (i34,5o5,876f.)« D'après le testament de César ^ son neveu, qui s'était jusqu'alors appelé Octave, prit le nom de C. Jul. César Octavien, auquel le sénat ajouta eu l'an 727 le surnom d'Auguste, On voit qu'il ewie une différence entre Octavius, Octave, et Octavianus, Octavien; la raison en est toute simple : Octairius était le nom du père d'Auguste, et par conséquent le nom de son fils avant qu'il fût adopté par J. César; mais cette adoption étant solennellement déclarée, Auguste prit le nom de son père adoptif, Caïus Julius César, et y ajouta le mot Octavianus, pour marquer qu'il était de la Camille des Octaviens. C'est ainsi que l'on en agissait pour ne pas perdre la trace des familles d'où sortaient les enfans adoptifs. (Y. notre Traité des Noms propres des Romains y encore mss.)

(B) Beaucoup d'auteurs se sont occupés de recherches sur les vestales, sur leur origine, sur leurs fonctions, sur leurs vœux, sur leur punition, etc. Parmi ces auteurs, on distingue Juste-LIpse, Nadal, Schlighting, Dubois- Fontanelle, Dupuy, eto; mais, chose assez singulière, on ne trouve dans aucun de leurs ouvrages, la liste des vestales qui ont été condamnées ou recherchées comme ayant violé leur^serment de virginité. J'ai fait à ce sujet un travail dont voici le résultat : l'ordre chronologique a paru le plus convenable.

Liste des vestales condamnées ou recherchées, etc.

De F. Av.J.C.

172 — 58 1. Supplice de la vestale Pinaria, fille de

• Publius, sous Tarquin. 1 75 — 58o. Supplice de la vestale Popilla.

270 — 4^3* Supplice de la vestale Oppîa ou Oplmîa. aSi — 473* Supplice de la vestale Urbîniaua.

553 — 4^0. Enquête du pontife contre la vestale Pos-

Ihumia; elle fut déclarée innocente.

416 — 557. Supplice de la vestale Minucia.

477 — 376. Supplice de la vestale Seitia ou Sextilia. 488 — 265. Supplice de la vestale Capparonia. 519 — 254* Condamnation delà vestale Tutia ; ejle se

tua.

556 — 217. Supplice de la vestale Floronia.

547 — 206. Arrêt du grand pontife qui condamne une

vestale à être battue de verges pour avoir

laissé éteindre le feu sacré.

575 — 178. Même arrêt contre une autre vestale, pour

le même fait.

659 — 11 4* Supplice de la vestale ^milia et de son

complice. Les vestales Licinia et Marcia,

avec leurs complices, eurent le même

sort.

68^ — ^6. Catiliua est accusé d'avoir séduit la vestale

Fabia ; il est absous.

De R. De J. C.

827 — 84. Supplice des deu:!(sœurs Ocellata etdeVarr

rouilla , toutes trois vestales , condamnées par ordre de Domitien.

844 — 91* Supplice de Cornélia, par ordre du même

Domitien.

L'ordre des vestales a duré onze cents ans. Dans cet espace de temps, on compte vingt vestales qui furent convaincues d'inceste : treize seulement furent enterrées vives, et les sept autres périrent par diverss genres de supplice à leur choix. Nous renvoyons pour le surplus de leur histoire aux auteurs que nous avons indiqués ci-

dessus, et à une notice bibliographique de tout ce qui a a paru sur les vestales^ que nous avons rédigée, et qui est encore manuscrite.

(C) Les testamens chez les Romains étaient scellés avec le cachet du testateur , que l'on appliquait après avoir percé ces actes et passé trois fois par les trous le lin qui les enveloppait , et qui devait se trouver comprimé sous la matière qui portait Tempreinte du cachet.

Chacun avait son cachet, qlii ordinairement tenait à un anneau , et qui portait une devise ou un emblème adopté par le propriétaire; car alors il n'y avait point d'armoiries.

Auguste eut d'abord, sur son cachet un sphinx; mais comme on en 'fit des plaisanteries , parce que certains édits, scellés de cet anneau, n'étaient pas fort clairs, il le remplaça par la figure d'Alexandre , gravée par Dioscoride, puis enfin par la sienne; et ses successeurs continuèrent à se servir de son anneau.

On connaît les emblèmes des cachets de plusieurs hommes célèbres de l'antiquité : par exemple , Pyrrhus avait un Apollon avec sa lyre au milieu des neuf Muses. Sylla avait fait graver sur le sien le portrait de Jugurtha , roi de Numidie, qu'il avait vaincu. Sur celui de Pompée , étaient représentés ses trois triomphes (sur l'Europe, l'Asie et l'Afrique) ; il en avait aussi un autre portant un lion tenant une épée. La figure d'une Vénus armée ornait l'anneau de J. César. Pline le jeune avait sur le sien un quadrige; Commode, une amazone (Martia sa concubine) . Nous en pourrions citer beaucoup d'autres ; mais nous renvoyons aux chapitres XI , XII et XIII de l'ouvrage de Jean Kirchmann, De AmiuUs liber singularis, Slevigse, 1657 , p. in-8.% pp. 93 — 120.

(D) Livie, fille de L. Livius Drusus Claudianus, est née l'an 696 de R. (58 av. J. C); elle a d'abord, en 71 1 (43 av. J. C), épousé Cl. Tibérius Néron, dont elle a eu Tibère, puis Drusus; et en 716 (38 av. J. C), étant au sixième mois de grossesse, pendant qu'elle portait Drusus,

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elle a divorcé avec son mari et de son consentement, pour épouser Auguste, dont elle n'a point eu d'enfant. Elle lui a survécu 16 ans, étant morte l'an 785 (Soansh dep. J. C.) , à Tàge de 86 ans.

Tibère, né le i6 novembre 712 de R. (4a av. J. C. ), perd en 719 (35 av. J. C.) son père, Tibérius Glaudius Néron, qui, par son testament, nomma Octavîen (depuis Auguste), qui avait épousé sa femme Livie, tuteur de ses deux fils Tibère et Drusus ; de ce moment , Tun etFautre sent élevés au palais sous les yeux d'Octavien.

Tibère épouse vers 7^3 (22 av. J. C.) Yipsania Agrippina, itlle de Vipsanius Agrippa et d'Attica; il en a imfils nommé Drusus^ et qui figure plus bas, mais hyp<^ thétiquement, dans le testament d'Auguste.

Tibère, après la mortd*Agrippa en 742 ( 1 2 ans av. J. C), est obligé de répudier sa femme Yipsania , à laquelle il était très-attaché, pour épouser Julie, fille d'Auguste, et veuve d^Agrippa.

Le 28 août 764 (il ans dep. J. C), Auguste associe Tibère à l'empire et le déclare son collègue.

Le 19 août 767 (14 dep. J. C), Tibère succède à Auguste , le jour même de la mort de celui-ci.

Le i5 mars 790 (5.7 dep. J. C.) , Tibère meurt âgé de 77 ans et quatre mois.

(E) Drusus César , fiîs de Tibère et de Vipsanfa , est né l'an 7^9 (i5 av. J. G.) ; il fut marié à Livie, fille de Drusus Germanicus et d'Antonia Minor, dont il eut trois^ enfans, savoir : un dont on ignore le nom, Tibère Néron Gémellus et Julie. Quant à Germanicus , désigné après Drusus dans ce testament, c'est le fils de Drusus Néron Germanicus, frère de Tibère, et oncle de Drusus Gésar. Ge Germanicus avait épousé Agrippina Minor, fille d*Ag;rippa, et il en eut neuf enfàns, dont trofs morts trèsjeunes, six filles et tes trois princes mentionnés au testament, savoir : Néron Gésar, Drusus et Galigula. Drusus est mort empoisonné par Séjan., d'accord avec sa fenune: Livie, en 776 (23 de J. G.)

(F) Nous avons exprimé en compte rond toutes ces sommes romaines , évaluées en monnaie actuelle : aussi ne sont-elles pas très-exactes ; mais il est facile de les rectifier, et pôiir cela il suffit de' savoir que la valeur du sesterce a varié à différentes époques : par exemple» il a valu vingt centimes et demi de 536 à 720 de R., dix-neuf centimes trois quarts sous Auguste 9 dix-neuf centimes et demi sous Tibère et Claude , dix-huit centimes et quart sous Néron, et enfin dix-sept centimes et demi sous Galba et Domitien. Ainsi les mille sesterces donnés à chaque soldat prétorien par Auguste en 766, ne valent pas juste 300 fir. comme nous l'avons dit, mais seulement 198 fr. 70 cent. ; et s'ils avaient été donnés par J. César, en 709, ils eussent valu ao4 fr. 58 cent. , tandis que sous Domitien ils n'eussent plus valu que 177 fr. 90 cent.

(G) Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de dire à quelle somme peut aller la totalité des legs militaires dont il est ici question. Il faudrait pour cela savoir de combien de légions était composée Tarmée romaine , et en outre combien il y avait de corps de différentes

^r*- armes. Si le troisième volume joint au testament d'Auguste et dans lequel il donne le dénombrement des troupes, fût parvenu jusqu'à nous, on n'aurait rien à désirer à cet égard; mais les anciens ne nous ont rien laissé de positif sur la force de leurs armées : il faut donc s'en tenir aux conjectures des savans modernes, et malheureusement ils ne sont pas d'accord entre eux, ou ils n'ont pas traité à fond le sujet.

Budé porte l'armée romaine à 176,000 hommes.

Cette estimation nous parait beaucoup trop faible, surtout d'après les deux derniers dénombremens du peuple romain faits par Auguste, dont l'un, en 745 de R., portait le nombre des citoyens en état de porter les armes (non compris les vieillards, les femmes et les enfans), à 4,163,000 citoyens; et l'autre, exécuté en 767 , portait le nombre des mêmes citoyens à 411^79000. Si nous descendons encore un peu plus bas, nous trouverons sous Claude, en 801, un dénombrement encore plus fort, puisqu'il monte kQ^Q^^yOoo citoyens. C'cstravant-dernier

de tous les dénombremens connus , exprimant le nombre des citoyens; car le dernier, fait sous- Yespasien l*an 827, n'a aucun résultat : il est le y5,^ Nous pouvons donc conclure que, vu ce nombre de citoyens, Tarmée romaine doit avoir été phis fortes que ne le dit Budé, qui d'ailleura ne donne aucun détail.

Le savant Le Beau, membre de Tacadémie des inscrip^* tîons, a consacré dans le recueil de» Mémoires de cette compag;jDiè , vingt-six dissertations sur tout ce qui tient à la légion romaine (V. du tom. XXY au XLII] ; mais il ne parle que de la légion elle-même, sans entrer dans le nombre de toutes celles qui composaient Tarmée. Il dit seulement dans la septième dissertation (tom. XXlX, p'. 39a), qui a pour objet la cohorte de la légion romaine^ que Tinfanterie se divisait en dix cohortes , la cohorte en trois manipules , la manipule en deux centuries , la centurie en dix décurîes ou chambrées. Dans la neuvième dissertation, Tauteur parle des diverses parties de la cavalerie légionnaire. Il- dit que le corps entier de la cavalerie- d'une légion se divisait en dix compagnies appelées turmes, et chaque turme en trois brigades de dix homnies. Mais cela né nous instruit point de Tétat nu« mérique de l'a cavalerie romaine».

Le général Rogniat, dans ses Considérations sur l'art de la' guerre, 1817, in-8.% a véritablement abordé la question^ et parait avoir plus approché de la vérité que Budé, quoique nous ne puissions pas décider à quel degré. Yoici comment il évalue les forces de Tempire^ sous. Auguste et Tibère r

i5o,ooo légionnaire»;

i>5a,ooo soldats de cohortes prétoiieniies^

9,000 prétoriens;

4)000 gardes de la ville.

Total, 5 1 5,000 hommes sous les armes.

Leur entretien, dit M. Rogniat, devait monter à 70,000,000 fr. ( Les troupes romaines n'ont commencé à recevoir de solde qu'en 56o de R., au siège de Veïes.),

!)4 TESTAMENi;

J*al trouvé ailleurs le détail suivant :

a5 Légions aux frontières , avec les troupes auxiliaires payées des deniers de Tétat.

1 7 Légions en Europe , dont 8 aux environs du Rhin , 4 le long du Danube , 5 en Espagne , et a en Dalmatie.

4 Légions en Asie, dans les provinces orientales,

en suivant le cours de TEuphrate.

4 Légions en Afrique, dont a en Egypte, et 9 dans la province de C^rthage.

Total, 5o légions.

Chaque légion était, dit-on, formée de 6,ooo hommes d'infanterie , et de 726 de cavalerie : en multipliant cha-» cune de ces quantités par 5o , j'aurai pour Tinfanterie 3o5,ooo hommes, et pour la cavalerie 36,5oo, ce qui donnera pour la totalité de Tarmée 34 1 9^00 hommes. Ce total n'est certainement pas disproportionné avec la vaste étendue de TEmpire, sous Auguste.

On sait que ce prince eut un soin extrême de contenter les soldats afin de les trouver toujours fidèles au besoin. Quand i) commença à régner paisiblement, il en dispersa un grand nombre en Italie pour la défense du pays, pour la sûreté, et pour se procurer des ressources dans Toccasion, Outre les forces ordinaires de l'Empire, il entretenait toujours aux environs de Rome douze cohortes, qui composaient près de 10,000 hommes, dont lieuf étaient appelées prétoriennes, prœtorianœ, et les trois autres urbaines , urbanœ. Ces cohortes étaient tout à la fois les gardes de l'empereur et ceux de la ville. Il avait aussi deux grandes flottes à l'ancre : Tune près de Ravenne, qui couvrait la Dalmatie, la Grèce, Chypre, l'Asie et les provinces orientales; et l'autre à Mysène au royaume de Naples, destinée à défendre les Gaules, l'Espagne, l'Afrique çt les parties occidentales de l'Empire.

{H) Julie, fille d'Auguste et de Scribonie, est née l'an de Rome 715 (59 av. J. C.) ; elle fut mariée trois fois : I,* ^\x jeuqe Marçellus, en 729 (25 £(v. J. C.);; elle avait

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i4 ans 9 et son mari 17. Celui-ci est mort deux ans après^ en 751 9 sans laisser d^enfans. 2.* Elle épouse Agrippa Yipsanius, en 755, et en a cinq enfans, savoir : Caïus César, L. César (ce sont les deux dont parle Auguste entête de son testament et qui sont morts jeunes); Agrippine 9 épouse de Germanicus ; Julie (qui a été aussi débauchée que sa mère), et M. Agrippa Postumus. 5."* Etant devenue veuve d' Agrippa , en 74^*9 ^^^^ épouse Tibère', qu'Auguste force de divorcer avec son épouse Agrippine Yipsania. Il est résulté de ce dernier mariage un seul enfant qui est mort en y^S (6 av. J. C).

Julie s'était livrée aux plus grands déréglemens. Auguste son père Texile d'abord en 75a (a ans av. J. C), dans l'île Pandataire, aujourd'hui l'Ile Sainte-Marie dans le golfe de Pouzzol ; et ensuite à Rhege , sur lès bords du détroit de Sicile. Plusieurs complices de ses débauches sont exilés ou mis à mort. Sempronins Gracchus, T. Quinctius Crispinus, C. Claudius et L. Scipio, tous patriciens de distinction, sont bannis à perpétuité. Julius Antonius, fils de Marc- Antoine , et plusieurs autres, furent mis à mort.

En 768 (i5 de J. C), Tibère Êiit périr defaini et de misère Julie son épouse, dans la ville de Rhege, où elle était exilée.

Sa fille Julie vit le jour en 739 ; elle fut mariée à Lucius iE^mllius Paulus, dont elle eut deux enfans , une fiUe et un garçon. Aussi débauchée que sa mère, elle est reléguée par Auguste en 761 (8 ans av. J.C .), dans l'ile Timete, sur la côte de la Pouille ; elle y accouche d'un enfant qu'Auguste ne veut pas reconnaître, et même défend qu'on le nourrisse. Elle meurt dans cette île en 781, c'estàtrjiresaprè^ vingt ans d'exil.

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