‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 32 sur 96 · DE CHARLES DE FRANGE. 12Q · texte numérisé non relu

DE CHARLES DE FRANGE. 12Q

'9 fier, nostre confesseur, Jean Meschineau, pre- » mier chapelain de nostre chapelle, et docteur en » théologie, Odet Daydie, seigneur de Lesc un, » Jean Aubin, seigneur de Malicorne, nostre » premier chambellan, le seigneur de Grammont, » et Thierry de Lenoncourt, gouverneur de la » Rochelle, aussy nos chambellans. Desquels » nous instituons les principaux a tous poursuits, » les susdicts seigneurs de Grammont et de Ma- » licorne.

» Nous voulons aussy et ordonnonsfinablement » que ce présent escrit signé de nostre sein ma- » nuel soit faict et réputé autenlique, comme s'il » estoit scellé de nostre grand scel , et signé du » notaire public, lequel nous avons signé, pre- » sent a ce tesmoins nobles hommes Jean de « Rochechouart, vicomte de Brûlais, Guillaume » de Pouville , Marc Clairet , maistre Robert » du Lyon, et Robert Foucques, docteur en » médecme, le vingt quatrième jour de may 1472.

» Signé Carolus. »

Gabriel Naudé, qui nous a fourni le texte de ce testament, dit aussitôt après : t M. de Comminges soutenoit a toute puissance que le duc avoit esté empoisonné et maleficié par Texpres commandement de celuy qui naturellement estoit tenu a Faymer; et M. de Lescun prist Tabbé de Sain^ct Jean d'Angely et Jean de la Roche, escuyer de cuisine , auteurs de la mort du dict duc, l'un desquels se pendit en prison chez le duc de Bourgogne. »

Yoilà un passage qui annoncerait que le crime

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a été commis par deux scélérats à Finstigation du roi. Ce qu'il y a de certain , c'est que Fabbé fut arrêté comme coupable de la mort du prince, qu'il fut mis dans les prisons de Nantes, qu'on instruisit son procès, et que la veille de son jugement, il fut trouvé mort. Gela confirma les soupçons du public, et contre le monarque, et contre lui.

Mais il y a une autre pièce qui serait infiniment plus terrible contre Louis XI , puisqu'on aurait un aveu de sa propre bouche, si celui qui l'a rapporté était toujours digne de foi. Cet auteur est connu pour grand explorateur d'anecdotes , et l'on sait que les écrivains de cette espèce , jaloux de piquer la curiosité et d'amuser le lecteur, ne sont pas toujours difficiles sur le choix , et mêlent souvent le faux avec le vrai. L'auteur dont nous voulons parler est Brantôme. (Voyez SCS œuvres, édition de 1666, tome I, pp. 3oet3i.) Parlant de la mort du duc de Guienne, il dit que cela s'opéra si secrètement que personne ne s'aperçut qu'il (Louis XI) eût fait faire le coup, sinon par le moyen de son fou (À) qui avait été au duc son frère , et qu'il avait retiré avec lui , après la mort de ce prince. Mais laissons lui raconter cette anecdote dans son style naïf, et ensuite nous verrons si Ton ne peut pas en conr* tester la véracité.

« Louis estant un jour (.dit Brantôme) dans ses bonnes prières et oraisons a Clery devant Nostre Dame, qu'il appeloit sa bonne patronne, et n'ayant personne auprès de luy que son fou, qui estoit un peu éloigné et duquel il ne se doutoit qu'il

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fust si fou, fat, sot, qu'il ne pust rien rapporter, il Tenteudit comme il disoit : Ah ! ma bonne dame, ma petite maistresse, ma grande amie, en qui j'ai eu toujours mon reconfort, je te prie de supplier Dieu pour moi, et estre mon advocate envers luy , qu'il me pardonne la mort de mon frère que j'ay fait empoisonner par ce méchant abbé de Sainct Jean d'Angely, (notés encore qu'il l'eustbien servy en cela^ ill'appeloit méchant ^ ainsi faut-il appeler toujours telles gens de ce nom;} je m'en confesse a toy comme a ma bonne patronne et maistresse; mais aussy qu'eussé-je sçu faire? il ne me faisoit que troubler mon royaume; fais moi donc pardonner, ma bonne dame, et je sçais ce que je te donnerai. (Je pense qu'il vouloit entendre quelques beaux presens, ainsy qu'il estoit coustumier d'en faire tous les ans force grands et beaux a l'église.) Le fou n'estoit pas si reculé, ni dépourvu de sens, ni de mauvaises oreilles , qu'il n'entendit et retint fort bien le tout, en sorte qu'il le rendit a luy en présence de tout le monde a sou diner et a autres y luy reprochant la dicte affaire, et luy répétant souvent qu'il avoit faict mourir son frère. Qui

fust estonné ce fust le roy Mais le fou ne le

garda gueres, car il y passa comme les autres, de peur qu'en réitérant , il fust scandalisé davantage. »

Yoilà une accusation bien positive, mais si l'on en examine les détails avec un peu d'attention , on voit qu'ils offrent deux invraisemblances. La première est dans l'aveu du roi, fait à haute voix et en présence d'un témoin , et surtout se

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servant de termes qui spécifient bien le crime : avoir fait empoisonner mon frère par ce méchant ^ etc; cela n'est nullement présumable. D'un autre côté , il faudrait supposer que le fou du roi fut le plus imbécille et le plus sot des hommes , pour aller révéler publiquement et en présence du roi lui-même un fait de cette importance. Une telle indiscrétion eût été plus que de la stupidité , et Ton sait que les fous de nos rois n'étaient pas des fitupides; quand ils disaient quelques bonnes vérités, même au roi, ils étaient assez adroits pour ne point compromettre leur sort futur et à plus forte raison leur vie.

Ce n'est pas que je prétende que l'empoisonnement n'a pas eu lieu , ni même que les soupçons qu'il a fait naître aient été dépourvus dé fondement ; mais la narration de Brantôme me paraît un conte brodé à sa manière. On pourrait bien aussi attaquer l'instriiment de l'empoisonnement, que l'on dit être une pèche. Il fallait qu'elle fût confite , car on ne voyait sans doute pasde pêche crue au 12 mai. Ce fruit, qui nous vient de la Perse, était-il déjà connu en France en 1472 ? La poire de bon-chrétien ne l'était pas encore, car c'est S. François de Paule qui, le premier, en apporta d'Italie à Louis XI, et" ce roi, par allusion aux vertus du saint personnage, nomma ce fruit bon-chrétien. Revenant à la mort du duc de Guienne, je persiste à penser qu'elle a pu être tragique; mais que le récit des circonstances dont on l'a environnée depuis, est trèsproblématique, et n'a peut-être trouvé sa source que dans la réputation des gens qui y figurent.

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NOTE

(A) Nos rois et nos princes avaient jadis un fou e» titre d'office; on choisissait ordinairement pour remplir cette place un homme du peuple, jovial, spiritueL, ayant la répartie vive , 4îsant des vérités satyriques sous Tair de la naïveté et d'une fausse bonhomie qui les rendait plus piquantes. Son privilège était de tout dire , sans acception de raùg, de dignité, ni de faveur, à Tégard de ceux sur qui tombaient les bons mots. Il y a plus de cent cinquante ans que cette place ne subsiste plus à la cour de France. Mais on ne sait pas au juste à quel temps remonte Tusage de ces fous. Dreux du Radier , qui a donné un précis de Thistoire des fous en titre d'office ^ dans ses Récréations historiques, tome I, pp. i — 5o, ne remonte pas plus haut que Charles V, qui a régné de i564 à i38o. Il commence par citer, sans la rapporter, une lettre de ce prince, qui mande aux maire et échevins de Troyes la mort de son fou , et leur ordonne de Uil ea envoyer un autre suivant lacoustume. La Champagne aurait donc eu le droit exclusif de fournir des fous à nos roi& depuis des temps très-reculés ; mais Grosley a fait insérer dans le Journal encyclopédique du i.5. juillet 1 767, une lettre fort plaisante, dans laquelle il assQre avoir fait toutes les. recherches imaginables dans les archives de Troyes , et qu'il n'y a rien trouvé de relatif à cette prétendue lettre de Charles V, cit^e dans le Traité de l'opinion de Le Gendre, dans V Encyclopédie y et dans les Récréations de du Radier.

La lettre de Grosley a été réimprimée à la fin des mémoires de l'académie de Troyes, 1768, in~ia, pp» 5o8 — 326. Elle renferme l'indication de divers ouvrages qu'aurait dû consulter Dreux du Radier, tels que le 56.* chapitre du 3." livre du Pantagruel de Rabelais; — les recueils fort nombreux des Facétie, Mottd, Burle, etc.,. que fournitla littérature Italienne ; — la Fleresta espanola de Melchior de Santa-Cruz, i6o3; — le recueil intitulé Centuriœ jocorum et seriorum, publié par Othon et Denis. Slalaader , 2 vol. in-8.* 4e chacuaSoo. p. ; — etc* etc^

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Donnons une petite liste chronologiqne des fous en titre d*of&ce qui sont venus à notre connaissance :

Charles V en eut deux, auxquels il fit élever deux tombeaux , Tun à Paris , dans Téglise Saint-Germain- TAuxerrois, et Tautre à Sentis, dans Téglise Saint-' Maurice. On lit sur la tombe du dernier :

c Cy gist Thevenin de Sainct Legier , fou du roi nostre » sire, qui très passa le onzième jour de juillet MCCCLXXIV. » Priez Dieu pour l'ame de li, »

Le fou de Louis XI , c'est celui du duc de Guienne j cité dans notre article, et que le roi fit périr en 147a.

Tribôulet , mort vers i53y , fut le fou de Louis XII et de François I." , à qui il dit ce mot si connu sur le passage de Charles-Quint en France, t Tribôulet fut un fol, de 9 la teste escorné^ aussy saige a trente ans, que le jour » qu'il fust né; petit front et gros yeus, nez grand, taillé 9 a vote (voûte ), estomac plat et long, haut dos à porter » hôte, chascun contrefaîsoit , chanta , dansa, prescha, » et de tout si plaisant , qu'onc homme ne fascha. » Il y avait en même temps à la cour deux autres fous : l'un nommé Caillette , qui était de ces imbécilles dont la naïveté est telle que leurs actions ou leurs réponses ont quelque chose d'aussi amusant que la vivacité et l'esprit des autres. L'autre , nommé Polite , était à l'abbé de Bourgueil.

Brusquet, qui mourut en i563, fut fou en titre sous les règnes de Henri II, François II et Charles IX; il plut beaucoup à ces trois rois , ainsi qu'à Philippe II , roi d£s pagne.

Thoni, contemporain de Brusquet, est mort sous Charles IX.

Sibilot fut le fou de Henri III.

Sous Henri IV , il y eut plusieurs fous : le premier est Chicot, qui mourut en 1691 ; ensuite vint maître Guillaume, mort vers 1617; Angoulevent, prince des sots, parut aussi en qualité de fou , sous le même règne , ainsi qu'une nommée Mathurine, folle qui n'est morte qu'en

Louis XIII avait un fou nommé Desmarais, que le

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cardinal de Richelieu fit déguerpir de la cour , voici à quel sujet : Un jour le roi voulut faire la barbe à son fou, et le fit beaucoup souffrir ; quand il eut fini , Desmarais donna à S. M. quelque petite monnaie : le roi dit que ce n^était pas assez. — ^ Je vous donnerai 5o sols, répliqua Desmarais , quand vous serez maître. » Ce mot répandu à la cour, revenant aux oreilles du cardinal, fit bientôt expulser le fou.

Langeli, dont Boileau a cité le nom, fut le fou de Louis XIY. C'est à-peu-près le dernier dont on ait parlé. Cependant Grosley dit avoir vu, en 1738 , le fou du cardinal de Fleury, lequel s'habillait, dit-il , en cardinal.

Je me rappelle moi-même que, peu avant la révolution, lorsque S. A. S. le vertueux duc de Penthièvre venait, tous les ans, passer un ou deux mois dans son duché de Chateauvillain, j'ai vu parmi les gens de sa suite une folle qui m'a paru jouir des prérogatives attachées aux anciens fous en titre d'office. £lle entrait sans façon, à toute heure , dans l'appartement du prince , et parlait en toute liberté aux seigneurs qui faisaient la cour à son altesse.

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