DU SEIZIÈME SIÈCLE
Le testament suivant, quoique d'un anonyme, est assez remarquable par son ancienneté, par son orthographe et même par ses dispositions ; il a été trouvé à Troyes dans les papiers du père de Grosley : il est en caractères gothiques. M. Patris de Breuil , dont robligeance et le zèle pour les , recherches curieuses sont sans bornes, a bien voulu m'en adresser une copie très-littérale , que je vais transcrire avec la même exactitude. Cet acte, à en juger par le style et l'orthographe^ doit êtrq au plus tard du XV,.* siècle.
l36 TESTAMENT
Le testateur commence par déclarer « estrenay » et havoir esté eslevé dans la religion catholique, » apostolique et romaine, toujours havoir xvescu » en icelle , et y vouloir mourir comme estant » la seule vraye entre toutes religions et qui » doibve estre suy\ie soubs peine de géhenne et » dampnation éternelle. »
Ensuite il fait plusieurs legs, dont voici le principal :
Je lègue et laisse au demourant a mienne9 » trez honorées sœurs consanguines , suivant loy » non civile, ains de nature, laquelle en diflbre » par bonnes raisons : trois mil trente six livres » tournois, que je recongnois havoir parle menu » en mienne éducation et establîssement de ma- » riage , reçues de leur trez chier père , comme » aussi mien , de sa gracieuse volenté sans comp* » ter en icelle somme, ce que ha promis me » lairrcr en sienne subcession advenir, sans elles. » prejudicier, et dont ne veulx aulcunement » prouffiter, recongnoissant n'y havoir aulcun » droict , suy vaut le civil , adversaire du naturel , » comme Teaue avecques le feu,
» Sy touttes fois, ce que je ne soupçonne pas, ce3 » vertueuses damoiselles esmeûes par ung senti- » mant de générosité peu coustumieres au temps » qui court, refusoyent ce legs, je veulx et en-»- >> tends (ainsin ont coustume de parler ceux qui 9 disposent a authruy sienne fortune] que de la » dicte somme de trois mil trente six livres soit » faict Temploy suyvant.
» Je veulx que par mien exécuteur du présent p testament il soit choisy, après mon deceds, ung
d'un anonyme. i37
» brave artisan, auquel et a sa femme, il sera v> compté cent livres par chascun an, a Teffect de » nourrir et eslever aussi honnestement que » poorront, ung de ces bastards delairez par pcchié de nature, jusqu'à quatorze ans accom- » ply , cestuy aasge estant soufHsant pour gaigner » sa poovre vie. Il sera vestu ez festes de nativité » nostre seignor Jésus Christ, non de drap neuf, » s'y n'ha poovoir de ce faire, comme ainsy sont en Normandie par hault seignor justicier, » enfans trouvez de fief, ausquels il baille cestuy D jour sienne bénédiction , ains de vieilles bardes
• proprement accoustrées, de linge blauc, avec » bonnes chausses; enfin finale, soit iceluy con- » duict aus escholes publicques où l'on enseigne » gratis la lecture, l'escripture et ung petit de
• latin. Je pose mil quatre cent livres pour nour- » riture , six cens pour vestemens , ainsy qu'est » dict dessus; ti'ente et six pour estrennes bon » an mal au, et mil pour le marier a gente hon- » neste et vertueuse pucelle non bastarde. Voila » de compte faict ce que pour moi a despensé » mon père Charnel , qu'a Dieu playse et mon- » seigneur sainct Loys, mon patron, le mettre » ainsy que; moy au rang des bienheureux. »
On voit que ce testateur est un homme plein de candeur et d'humanité. La somme léguée est considérable pour le temps. Une éducation et un établissement de nos jours qui ne coûteraient que pareille somme à un homme aisé, ressembleraient beaucoup à l'établissement et à l'éducation que le gouvernement donne aux enfans trouvés. ( Voyez à ce sujet les Considérations de
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M. Benôiston de Château-Neuf, sur les en fans trouvés dans les principaux Etats de l'Europe. Paris, 1824, in 8.* de 128 p.)