FILLE DE LOUIS XI
Ce testament nous a paru curieux pour le style et surtout pour l'orthographe du temps, que nous rendrons avec une fidélité scrupuleuse, sans y changer un seul mot ni uae seule lettre. Le nom de la testatrice et quelques-unes des dispo— sitionà le rendent également recpmmandable^
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Jeanne, fille de France , est née de Louis XI et de sa seconde femme Charlotte de Savoie, en 1 464. C'était une princesse spirituelle et vertueuse, mais dépourvue des agrémens du corps et même un peu contrefaite. Elle a été mariée en 1476, par ordre de Louis XI, à Louis duc d'Orléans, qui. ensuite a été roi de France, sous le nom de Louis XII , succédant à Charles VIII le 7 avril 1498. Ce mariage fut déclaré nul par Alexandre VI le 2 décembre 1498, et Louis XII épousa le 8 janvier i499 (N. S.) , Anne de Bretagne, qu'il avait aimée autrefois et qui était veuve de Charles VIII. La malheureuse Jeanne , qui avait aimé si tendrement son ingrat époux, fut nommée duchesse de Berry, et se retira à Bourges, où elle fonda l'ordre de l' Annonciade ; elle fonda aussi un collège dans la même ville. Le roi lui avait donné pour son entretien le duché de Berry , avec plusieurs domaines et 1 2,000 écus de pension. Cette princesse mourut en odeur de sainteté le 5 février i5o5 , après avoir fait et écrit de sa main, le 10 janvier précédent, son testament, qui, je crois, n'existe que dans le Spicilegium de d'Achery, tom. V, p. 619; et nous pouvons dire avec ce savant Bénédictin : Nihil in hoc testamento ne àpicem quidem immutavimm ^ detraximusve j sed verba prorsùs omniUj syllabasque religiosè servavimus.
« Au NOM DE Dieu et de la. Vierge Marie. Je » Jehanne de France duchesse de Berry, en ma » santé de cors et d'antandement fais mon tes- » tament et ordonnance de dernière volenté an » la forme qui sansuyt. Pourtant qu'il est plus
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» pleaisant a Dieu, et salutere a mon ame, que » de différer et atandre jusques a la mort ; et » pour la dite cause de plere a Dieu et du salut » de mon ame, ay antancyon moy mesmes Tacom- » plir an nfia vie an ce qui se pourra acomplir.
» Premièrement je donne mon ame a Dieu et » a la Vierge Marie, et ma sépulture eslis an » mon église de ma religion de la Vierge Marie y » que je fondée an ma ville de Bourges, etveulx » qu'elle soit dedans leurs ceur, afin qu'elles prient » plus souvent pour moy. Et veulx et ordonne » que avant toutes chosses an cas que ne Taroïe » fet et acomply avant ma mort , que ma seur , » laquelle je institue et fès mon héritière, et » après elle ma niepce sa fille, acom plissent ma » dite religion : etveulx qu'elles soient rantées de » cinq ou six cent livres. Et ad ce je oblige tous » mes biens queconques il soient ; car cet la chose » de quoy plus je prie ma dite seur , et ma niepce » après ma seur, que j'antans estre la prisipalle, » et aussi mes exécuteurs, lesquelx je eslis mon- » sieur Dalby qui est a présent , et monsieur » Daulmont ; et prie mon dit sieur Dalby qui » veulle acomplir la devocion de feu monsieur » Dalby son oncle , qui m'avoit promys et s'etoyt » obligé de fere un couvent de la religion de la • Vierge Marie.
» Item y je veulx et ordonne que tous mes » serviteurs hommes et femmes qui ont gaigea » en ma maison soient poiés tant pour le quartier » dans lequel je moùrray que aussi pour l'autre » quartier qui escherra après ma mort. Lesquels » quartiers \e donne a mes dits serviteurs et
» servantes , pour prier Dieu pour mon ame et » pour satisfere aux services qui mon feiz, outre > leurs gaiges.
» Iterrij je veulx que toutes mes debtes qu'on » pourra raisonablement montrer estres dues, » soient poyées.
» Item^ je veulx que mon corps soit porté le » jour de ma sépulture a ma sainte chapelle, » et que la soit fait tout mon service requis en » tel cas , a la discrétion de mes exécuteurs, et » que a la fin du dit service , je prie tous les cha- » noines , et autres de ma dite sainte chapelle , » qu'ilz acompaignent mon dit corps pour estre 9 ensevely au lieu de ma religion , ainsy que des- » sus ay dit.
» Itenij ausi quant au coUiege lequel noutre » seneur de sa grase m'a donné puisance de fonder » an notre 4ite ville de Bourges , qui est le pru- » myercoUiege de fondation pour estudeet science » qui jamès fut fondé en yselle; je veulx et or- » donne , et de prumyere fondacion y donne et » fonde a Tonneur des dix vertus et plaisirs de » la Vierge Marie, dix pouvres escoliers, aux quelz » je donne cent livres de rente : et veulx et or- » donne quant a leur vie et estude qu'elle soit en » la forme et manière qui s'ensuyt. Premièrement » quant a leur abit , veu que c'est ma devocion » et intencion, que ils soient toujours pouvres, » et qui autrement ne peuvent s'entretenir en » l'estude, et afin qui eussent volenté d'estre » religieux en une des religions approuvées de » noutre mère sainte église, laquelle mieulx ils » aymeront. Je veulx et ordonne qu'il porte l'abit
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» tel comme les frères convers de ma religion » desu dite, que j'ay ausi fondée la prumyere. > Et yeulx qui dient les heures telles qui sont » ordonnées pour lesdits frères lays en leur règle : » c'est assavoir.... Jve Maria et Patenotes : et » que tous les jours ilz oyent une messe selon » Tordinere des frères clers de la dite religion , et » que le prebtre tenu a dire la dite messe soit un » des dix; auquel je donne et ordonne qu'il soit » toujours le principal de mon dit colliege ; ayant » en iceluy tout droit a la forme des principals » des collieges de Navarre ou de Montageu de » Paris. Et veulx aussi que cesditsescoliers vivent » et mangenssent toujours ensemble : et quand » ils seront licenciés en théologie soit tenuz tant » ledit principal , que tous aussi en leurs lieu en » mettre d'autres pour semblement estudier et » profiter jusques a avoir ledit degré et licence.
» Itenij je donne aux ladres , qui sont es terres » ou sont mes seigneuries , selon la discrétion de » mes exécuteur», pour tous ensemble la somme D de vingt livres.
» Item y je donne aux pouvres fammes vefves, » et autres pouvres tant orphelins que autres , » la somme de LXX livres. Et entendons des
• pauvres qui sont es terres de nos seigneuries.
» Item^ aux maisons Dieu qui sont en nos dites » terres C livres, lesquelles seront appliquées a » la nécessité des dits pouvres , ou pour leurs
• maisons, ou pour leurs lis, couvertures, et » autres chousses, sans les bailler es mains des
• hospitaliés.
» Item^ je donne aux pouvres des terres ou
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» sont mes seigneuries et jurisdicion a noutre » duché de Berry C livres ; et a Pontoise XXY » livres ; et a ceux de Chastillon XXV livres aussi : » et ce pour particulière satisfacion des officies » et bénéfices qu'avons donné , et des extorsions » qui avoient esté faites a mes sugès par mes dits » officies. Et entendons par les pouvres en cet » article , pouvres gens de labeur ou mechani- » ques , qui sont en nécessité ou pouvreté sans » mandier leur vie.
» Item^ je donne au couvent des frères mineurs » de Chateauroux XX livres.
» Item^ aux frères mineurs d'ArgentonXX liv.
» Item, au convent des frères mineurs de Mun » sus Loire XX livres.
» Item^ aux frères du convent dans Amboise » de l'observance L livres. »
(Nota. Nous passons les articles des « seurs de sainte Clere » de Bourges et des autres couvens d'hommes de la même ville, dont les legs vont à X livres chacun. )
« Iterrij pour la conduite de mes filles d'on- » neur a une chacune X livres.
» Item y a Isabeau de Cullan VII.C. livides, et » a ma fillole, fille de mon secretere Crestofle » Chardon , C livres : en cas que ne les aroyes » mariées avant ma mort.
» Item y a mes famés qui sont a ma maison et » ont gaiges , pour les conduire après ma mort » en leurs maisons : je prie mes exécuteurs avoir » regard de leur aider et plus la ou plus il y aroît » nécessité : et le tout je laisse a la discrétion de » mes dits exécuteurs.
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» Item^ je veiilx et ordonne au jour de ma * sépulture estrc dites es lieux pannes exécuteurs » advisés en lonneur des douze apostres et des » LXXII disciples, LXXXIV messes.
» Item^ je veulx et ordonne ung annuel de » messes en ma ss^inte chapelle de Bourges estre » dit au premier jour et au dernier, la messe » sera a note, et toutes les autres messes seront » sans note , et seront toutes les deux gran messe » de la vierge Makie : quant aux petites messes » seront dites a la devocion du célébrant , exepté » qu'il en y aye une toutes les semaines du saint » Esprit, l'autre du sacre, et l'autre de la vierge » Marie de son anunciade. Et pour le susdit » annuel leur donne C escuz.
» Item^ pour ung annuel de salut, qui sera » dît des coriaulx avec leur mastre : ung des » jours ce dit, O gloriosa : l'autre jour, Âve 9 maris Stella ^ avec le verset Dinar e (pour di~ 9 gnare) : l'autre jour Ynviolat (pour inviolata); » l'oraison Famuloron ( pour famulorum) ; en la » fin de la dite oraison sera dit , De profundis ^ » avec l'oraison Anntie nobis. Pour ce dit'annuel » leur donne L livres.
» Item^ je veulx et ordonne img annuel de » vigiles a neuf lecsons , estre dit a Saint Sulpice » sans note; et pour ce leur donne L livres.
» Item^ je veulx estre dit un trentenier de » messes a Sainte Clere de sete ville; dont la pru- » myere et dernière seron de l'anonsiacion , avec- » ques De profundis ^ et l'oraison Annue nobis y » et pour ce leur donne XV livres. •
(Nota. Il se trouve ici plusieurs articles de fon-
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dations de messes à dire à Saint-Sulpice , chez les Carmes, chez les frères mineurs, etc. Le taux est fixé « pour ungne chacune des grandes messes » demy escu , et pour les autres messes basses » III solz. » Il y en a « IX en Fonneur des nef » ordres des anges , et X en Fonneur des dix plai- » sirs de la vierge Marie : pour celles ci X livres. » ) tt Item^ je veulx et prie la mère Ânselle , et les » seurs, que je fondées en ceste ville, que pour » mon ame après ma mort, et aussi pour les » âmes du feu roy Loys mon père et de la royne » Charlotte ma mère, et du roy Charles mon » frère ( i ) , et generallement tous mes ansestres , » soyént célébrés a jamès dix obiz et soyent ce- » lebrés dans les octaves des dix festes de la viei^e » Marie, qu'elle solemnicent par leur règle. Et » seront lesdits obiz selebrés tellement que elle » diront une grant messe de requiem ^ avec vigiles » de neuf lecsons le jour précédant : et ce en
(i) Louis XI, né à Bourges le 5 juillet i425, est mort le 5o août i4B5. Charlotte de Savoie, née en i44^, de Louis II duc de Savoie et d'Anne de Chypre, avait été accordée à Louis XI le i4 février i45i (N. S.), mais le mariage ne fut consommé que le i3 février 14^9 ( N. S.); elle est morte le 1." décembre i483. On dit qu'elle ne fut pas plus heureuse que Marguerite d'Ecosse , première femme de Louis XI, morte sans enfans le 16 août i444*
Charles VIII , né de Louis XI et de Charlotte de Savoie, au château d'Amboise, le 3o juin 1470 5 est mort le 7 avril 1498, ne laissant point de postérité, puisqu'il a survécu aux quatre enfans qu'il a eus d'Anne de Bretagne, qui n'est morte que le 9 janvier i5i49 à l'âge de 57 ans. Louis XII (des Valois-Orléans) a succédé à Charles VIII.
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» signe et pour raison que suys leur f ondaleresse ,
» et en recognoissance de la dite fondacion ; et
» ausi pour raison des biens que leur ay donnés ,
» et Tamour qu ay eue a elles : et en lieu de avant
» ma mort je prie mes dites seurs que au jours
» que dessus elles dient une grant messe du
» St. Esprit, ou de la Trinité : et prie les susdits
» escoliers, que j'ay fondé en nostre dit colliege,
» qu'il célèbrent sanblement ung annuel tous les
» ans a perpétuité ; et ce le jour que aray rendu
» Tesprit.
» Cestuy mon testament ay de ma main tout
3» escript, et signé, et ausi sellé de mon petit
» signet, et fait seller du petit seau duquel j'ay
» accoustumé d'user : ausi Fay fait signer par
» mon secretere ordinere nommé Crestofle Char-
» don , afin qu'il fust autentique , et que chacun
» seut et congnust que c'est ma volenté et der-
» niere ordonnance en y adjoutant foy. Lequel
» ay aujourdhui dixhieme de janvier mil cinq
*» cent et quatre achevé d'escrire. Et digne mère
» de Dieu Marie pour l'amour et onneur de la-
• quelle mon intencion est de tout fere pour
» plere par elle a son enfant, me veulle donner
» grasse de l'acomplir avant ma mort en tout ce
» qui se peut par moy acomplir.
» Signé Jehanne de Frange.
» Plus bas, C. Chardon. »
Cette princesse n'a survécu qu'un an et vingtsix jours à son testament, étant morte le 5 février 1 5o5.
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Voici deux vers qui étaient écrits avant le testament, mais à part :
Filia Francorura régis, soror, unaque conjux, £t non puL>a thoro, Johahna ego mater eram.
Cela n'est pas très -sûr; car, comme nous l'avons dit , Louis XII , duc d'Orléans , avait épousé Jeanne malgréjui , par ordre de Louis XI, et jamais il ne l'a aimée quoiqu'elle eût eu pour lui le plus tendre attachement.