‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 59 sur 96 · DU CHANCELIER DE L*HOSPITAL · texte numérisé non relu

DU CHANCELIER DE L*HOSPITAL

» de la justice (/4)^ desquels il estoit le chef... » Et ailleurs : « 11 ne falloit pas se jouer avec ce » grand juge et rude magistrat. Si estoit-il pour- » tant doux quelquefois , et là où il y avoit de

» la raison Aussi estoit-il si parfait en lettres

» humaines , qu'il^ savoit bien user d'humanité » envers ceux qu'il falloit , et cognoissoit en estre » dignes; et ainsy ces belles lettres humaines luy » rabattoient beaucoup de sa rigueur de justice.

9 II estoit grand orateur et fort disert , grand » historien, et surtout très divin poète latin, » comme plusieurs de ses œuvres lont manifesté • tel,... (B). »

On peut certainement regarder le chancelier de THospital comme un des phénomènes les plus extraordinaires, surtout pour le siècle où il a vécu , siècle de troubles , de guerres de religion , de révolte et d'anarchie. Aussi les qualités qu'a déployées cet illustre chancelier dans des circonstances aussi affreuses , n'ont rien perdu de leur éclat aux yeux des modernes ; au contraire , il est dans le cas de ces héros de l'antiquité qui paraissent toujours plus grands à mesure que la postérité s'éloigne d'eux , et les modernes ne sont pas moins justes à son,égard que ne l'a été son contemporain Brantôme. « Magistrat intré- » pide, disent-ils, sujet fidèle, citoyen zélé, » philosophe sage et tolérant , toujours supérieur » à la crainte et même à l'opinion, il n'écoute que » la vertu, et lui sacrifie quelquefois jusqu'à la » gloire. Au milieu du plus violent fanatisme , » il fait entendre la voix de la raison et de Thu- » manité ; au sein de l'anarchie et de la révolte ,

» il défend avec un courage égal et Tautorîté du « roi et les droits de la nation. Si dans les com- » mencemens sa conduite paraît vacillante, sa > législation contradictoire, c'est que, dominé « par les circonstances, il s'occupe alors moins » de faire le bien que de prévenir le mal. Pour » connaître l'esprit de ses lois (C), il faut les » comparer à l'ordre des événemens....... •

On ne tarirait pas sur l'éloge de ce grand homme, mais il est temps d'arriver à son testament, qui nous a procuré l'occasion d'enrichir notre ouvrage de son nom , et d'y rendre hommage à ses vertus. On le trouve dans plusieurs livres , entre autres , dans un Recueil de pièces servant â l'histoire, Paris, 1720, in->4-'';danslaiS{é/û?Mé^fi« choisie de Golomiez, in-S."*; dans la Bibliothèque du droit français de Bouchet, dans Castelnau, et dans Brantôme, article du connétable de Montmorency* On le retrouvera encore en grande partie dans un excellent travail de M. Bernardi , intitulé : Essai sur la vie et leÉ écrits de Michel de rHospitalj en quatre articles, dans les Archives littéraires y Paris, 1806, tom. XI : i.*' article, pp. 3 — 24; 2.* article, pp. 181 — 216; 3.* article, pp. 281 — 309; 4-' article, tom. XII, pp. iSj —

Brantôme , parlant de ce testament , dit formellement : « Si faut il que j'insère icy ce dis- » cours , que j'ay recouvert par grand peine d'un » de mes amis , ou l'on peut voir une partie de » sa vie , belle certes , la forme de son testament » non vulgaire , et sa résolution à la mort. »

Malgré ce témoignage flatteur, je pense que

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cette pièce intéressante en elle-même , doit cependant plus sa réputation au nom de son auteur qu a son propre mérite. Le chancelier y donne d'abord un abrégé de sa vie ou plutôt d une partie, dont les événemens sont très^onnus d'ailleurs ; ensuite il passe aux dispositions testamentaires, dont les détails n'offrent rien de bien saillant ; il se recommande à la reine-mère et à Marguerite duchesse de Savoie , et termine fort sèchement. On l'a accusé de pencher vers le protestantisme : son silence dans son testament sur tout ce qui tient à la religion , pourrait le faire présumer ; cependant gardons-nous bien de prononcer dans une cause aussi délicate, et surtout de condamner un homme dont non-seulement les écrits et les actions n'offrent rien de positif à cet égard , mais qui au contraire s'exprime ainsi dans son discours ou poëme sur les quatre états , au moment où la réforme faisait déjà de grands progrès , mais où les guerres de religion n'avaient pas encore éclaté en France : c Le mépris pour . » la religion , dit-il , a perdu bien des états ; il » dévaste l'Angleterre, l'Ecosse et l'Allemagne. » La France est bien heureuse de s'être garantie » jusqu'alors des maux qu'il entraine : mais le » venin circule dans son sein, il ne faut pas le » laisser vieillir. » La foi d'un homme d'état qui parle ainsi , peut-elle être suspecte ?

Passons à son testament, dont nous supprimerons la partie historique, qtii n'offre rien de testamentaire.

« Michel de THospital , chancelier de France , aagé de soixante huict ans , a faict son testament en la manière qui s'en suit :

» J'ay toujours esté eu doubte de mon aagc ( 1 ) , parce que mes amis disoient en ayoir ouy tenir propos a mon père en diverses sortes , lequel maintenant disoit que j'estois nay devant la guerre esmeùe contre les Genevois (Génois), tantost maintenoit que j'avois pris naissance lorsqu'elle fut mise a fin par le feu roy Louis XII , a laquelle mon père se trouva , servant de médecin a Charles duc de Bourbon, duquel alors. le dit Charles se servoit, et s'est servy puis après plus de conseiller que de médecin » Ici l'auteur raconte comment Charles de Bourbon ^tant chassé de France par envie ^ et privé de tous ses biens , se retira vers Charles d'Autriche, empereur ( Charles-Quint ) ; comment son père y suivit ce prince ; comment lui-même âgé de 18 ans étant resté en France , à Tholoze où il étudiait , il fut mis en prison , puis relâché. Il passe à la bataille de Pavie , au départ du duc de Bourbon pour l'Italie, parce que celui-ci était en froid avec Charles-Quint. Le père de l'Hospital suivait toujours le duc. Il appela son fils à Boulogne , qui de l passaâ Rome , où on lui donna une place de juge, c'est-à-dire d'auditeur de Rote. Il s'en

(1) On le fait naître en i5o5, à Aigueperse /en Auvei^ne; «t cette date paraît plus certaine que celle de i5o6, adoptée par son historien, que Ton croit être M. Levesquede PouiUy fils. Cette Vie de Michel de l'HospUal, chancelier de France^ Londres (Paris), de Bure, 1764, in-ia, est écrite avec ce ton de noblesse et de dignité qui convient à un pareil sujet. C'est Touvrage où Ton peut prendre une idée plus juste du caractère de ce frand honame*

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défit, revint en France en 1 534 , suivit le barreau , et épousa Marie Morin , fille du lieutenant crimi-» nel Morin, qui lui apporta en douaire une place de conseiller au parlement. Il exerça ces fonctions pendant neuf ans (D)^ ensuite il fut envoyé en 1 547 9 par le roi Henri II , ambassadeur au concile de Trente transféré à Bologne. Il y resta seize mots. A son retour il fut sans place ; mais^ Marguerite , sœur du roi , le fit nommer chef et surintendant des finances (E). En iSSg, il fut^ choisi pour conduire cette princesse à Turin , où elle épousa Emmanuel Philibert , duc de Savoie» Peu après ( en 1 56o ) , il fut nommé chancelier. Il s'étend sur les maux qu'il a eus dans cette plàce^ et parle de la nécessité où il à été de prendre sa retraite ( en 1 568 ) , par suite des troubles ^ des cabales de cour et des suggestions perfides données au roi. Puis il arrive à ses dispositions testamentaires.

Nous allons reprendre textuettement la suite de cet acte :

« Maint^iant me voyant travaillé d une maladie incurable de vieillesse, et outre d'une infinité d'autres maladies despuis six moi^, )'ay pensé de mettre ordre a mes affaires, conome ont accou--^^ tuiné de faire les hommes , et ordonner chose que )e veux que mes héritiers tiennent in violablement, que j'espère qu'ils exécuteront de leur' bon gré, estansplus induicts de mon amitié qued'aucune crainte des loix ; car ils ne sont ^1 riea> esloignez des droicts et réglés de nature, lesquelles choses n'ont aussi rien de contraire a leur* Utilité et proffit.

» Premièrement, je veux et ordonne que tousmes biens et héritages viennent a ceux auxquels ils appartiennent par les loix et coustumes du pays ; et ne fais en cela loy ny prérogative a aucun,

» Je veux outre que Marie Morin , ma très chère espouseet femme d'une singulière pieté, gouverne le tout en commun ; laquelle, je m'assure , ne diminuera rien des biens , ains plûstost les conservera duêment et les accroistra au proffit des enfans : et pour ce, je deffendz qu'on ne lui demande aucun compte ny raison de la tutelle et curatelle ; mais je veux que toutes choses se facent , se rendent et se paésent ainsy qu'il luy plaira.

» J'ordmine aussi que tout ce qu'elle aura passé soit non seulement tenu des héritiers pour faict , mais pour agréable,

» J'entends semblablement que mes petits fils nays de ma fille , qui sont de la famille des Hurauts (F)j ayent un nom adjousté au leur en sorte que Taisné nommé Chartes escrive ainsy son^ nom : Charles Huraut de l'Hospitaly lequel nom adjousté servira pour distinguer les familles des Hurauts , qui sont en grand nombre ; ce qui a autrefois esté pratiqué a Rome, et se trouve, aussi de semblables exemples en notre France.

ji Je veux aussi que quelque mémoire de mou nom demeure en ceste famille , en laquelle j'ay. apporté les plus beaux estats de la republique, mesmes Testât d€ chancelier , laquelle chose les encouragera comme j'espère,. a suivre les traces et vestiges de leur grand père pour parvenir a pareils degrez d'honneur.

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» Je fais Madelaine de FHospital héritière de tous et chascuns de mes biens , et laisse et lègue par testameiit toute ma librairie et bibliothèque a Michel Huraut de THospital , cpii me semble plus ydoine et affectionné aux bonnes lettres* cfue les autres petits^

» Toutesfoîs je veux que ma femme et fille gardent ma librairie, afin que personne n'ea puisse rien soustraire^ et qu'ils la donnent au dict Michel quand il sera en aage, ^aubs eooditioa qu'elle sera ouverte pour la comttiodité de ceux de sa famille , ensemble des domestiques et autres qui fréquentent la maison.

» Au lieu de quoi, je veux qu'on donne a chaseun des petits filz cinq cents livres , pour vme esgalité de légitime portion , afin qu'il n'y en aye pas un qui se puisse plaindre quç un autre ayt été préféré a lui ^.et lui postposé»

j> Quant aux meoMiites d'antiquaille d'or et d'argent , de cuivre et médailles , et le surplus de ce qui est a mon logis , je veux qu'elles soient a celuy que ma femme et ma fille nommeront , ce que je laisse a leur discrétion comme je fais toute autre chose*

» Je ne voudrois pas pr^dre cette hardiesse d'empescher la reyne mère de mes ^propres affaires, sçachant trop mieux qu'elle est d'ailleurs occupée a tant d'affaires publiques , si ce« n'est qu'elle se fust offerte de son bon gré, et qu'elle mesmes m'éust déclaré appertement qu'elle auroit le seing de moy et des miens tant durant ma vie que après mon decez ; m'^asseurant haut et clair -que si elle decedoit devant moy,. qu'elle feroit

contre tout devoir d'humanité , si elle taisoit au roi et autres ses enfans ma fidélité, et diligence, et industrie , et labeur envers eux estant en bas aage, lequel mesme j'ay employé au plus fâcheux temps entre les grands et moindres affaires du roi et royaume ; ce que les dicts enfans ne pouvoient cognoistre pour leur bas aage : mais tout ainsy que sa majesté m'a esté liberalle et favorable, aussi est il raisonnable que je jouysse de sa libe* raiité et mien bénéfice , autant que la raison le requiert. .^

» Qu'il nous suffise a moy et aux miens qu elle nous soit propice , et qu'elle et le rôy nous font grande grâce de ce qu'ils ne souffrent qu'on nous fasse quelque tort ou injustice, niais qu'ils nous permettent de vivre en toute droicture et équité: que si a ce bien ils en adjoustent d'abondant, nous reputerons le tout pour un singulier bien et profit.

» Certes , il ne luy peut tourner a déshonneur ou vitupère d'avoir Salarié son humble serviteur de quelque honneste recompense.

» C'est a vous , madame Marguerite , duchesse de Savoye, à qui je m'adresse et que je prie, qui avez toujours esté cause de mes biens et estats et qui ne m'avez deffailly jamais, ny aux miens pour mon advencement. Je vous supplie que l'affection et faveur que m'avez porté et aux miens en mon vivant, la veuillez continuer après ma mort envers ma femme et enfans ; en sorte , toutesfois, que vous employez autant de vostre puissance et authorité, et tout ainsy que bon vous semblera , tellement que laissiez le rnani^

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ment de mes biens a ma femme , et de ceux de mes domestiques tels qu'il vous plaira (i).

» Je veux que toutes mes médailles de cuyvre, marbres , et aussi les monnoyes d'antiquaille d'or et d'argent et autres matières soient gardées en ma maison par indivis , a la discrétion de ma femme, et quatre beaux vazes, ouvrage d'Allemagne, etceste médaille de taureau que madame ma maistresse m'a donnée.

» Je veux qu'on donne vingt escus de revenu en aumosnc a ma sœur Françoise , religieuse , tant qu'elle vivra.

» Mon gendre prendra garde et aura soing que mes livres de droict civil que j'ay rédigé en articles par méthode estant jeune , ne soient deschirés et bruslez, mais qu'ils soient donnez a l'un de mes petits filz des plus capables , et qui les pourra, a l'imitation de son ayeul, par adventure parachever.

» Quant a mes funérailles et sépulture , que les chres tiens n'ont pas en grande estime, j'en laisse a ma femme et domestiques d'en faire ce qu'ils voudront

» Davantage je veux qu'on &ce la recompense a mes serviteurs et autres , telle que ma femme advisera, laquelle je veux qu'on tienne pour dame et maistresse de tous mes biens.

(i) Marguerite de Savoie n'a survécu que dix-huit mois et onze jours à Michel deTHospitai, étant morte le a4 septembre 15749 âgée de 5i ans ; et la reine-mère Catherine de Médicis est morte le 5 janvier i58g, âgée de 70 ans , sept mois avant Tassassinat de son fils Henri III f par Jacques Clément.

» rkvL surplus , je vous recommande a tous de vous honnorer l'un 1 autre et entr aymer.

» J'ay soubsigné ces choses de ipa main quand )e me sentis approcher de la mort au Seigneur ^ le 12 mars 1573.

Signé M. DE l'Hospital*

NOTES

(À) Voici un trait raconté par Brantôme, témoin ocu-* laire^qui prouve combien on le redoutait comme chef de la justice. Un jour, il dînait chez le chancelier de l'Hospital avec le maréchal de Strozzî, « et, dit Brantôme, nous fit diner très bien du bouilly seulement ( car c'estoit son ordinaire pour les diners ) et n'estions pas quatre a table, ou, durant le diner, oenestoitque beaux discours, beaux mots et belles sentences , qui sortoient de la bouche de ce grand personnage. « Il serait difficile maintenant de trouver un chancelier, un maréchal de France et un courtisan réunis à dîner, se contentant du bouilli.

Après le diner on annonça un président et un conseiller qui, nouvellement nommés, venaient pour prêter serment entre les mains du chancelier. « Soudain , dit Brantôme, il les fit venir devant luy qui ne bougea ferme de sa chaire. Les autres trembloient comme la feuille au vent. Il fit apporter un livre du code sur la table , l'ouvre luy même et leur donne une loy a expliquer, leur faisant différentes demandes auxquelles ils ne purent repondre , et ne savoient que dire. Si bien qu'il fut contrainct de leur en faire une leçon , et puis leur dire que ce n'estoient que des asnes , et qu'encore qu'ils eussent près de 5o ans qu'ils s'en allassent encore aux écoles estudier.

» M . de Strozzi et moi estions près du feu qui voyons toutes leurs mines, plus esbahys qu'Hun pauvre homme qu'on menne pendre. Nous en ryons sous la cheminée notre saoul. Ainsi M. le chancelier les renvoya sans recevoir leur serment, et qu'il remontreroît au roy leur ignorance et qu'il en mist d'autres ea leurs places.

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» Âpres qu'ils eurent passé la porte, M. le chancelier se tourna vers nous et nous dict : voyla de grands asnes. C'est grand charge de conscience au roy de constituer ces gens là en sa justice.

» M. de Strozzi et moi lui dismes : Monsieur , possible leur avez vous donné le gibier trop gros et plus qu'il n'estoit de leur portée. Lors il se mit a rire et dit : Sauf Totre grâce 5 ce. ne sont que des choses triviales qu'ils dévoient scavoir. »

(B) Il n'est resté de lui que son testament, quelques discours, pronpncés dans des occasions d'éclat et un recueil assez considérable de poésies latines.

. 1(0 manuscrit de ces poésies fut miraculeusement recouvré par P« Pithou , chez un passementier , qui s'en servait à envelopper ses passemens. Elles furent publiées pour la première fois en i585 , ( Lutet,, Afam.^ Pâtisson, in-fbl.), par les soins de Fibrac, de de Thou et de Sainte- Marthe . On en fit ensuite d'autres éditions dans les pays étrangers. Mais tout ne fut pas d'abord publié , et l'on ne sait pour quelle raison. Les premiers éditeurs supprimèrent un grand nombre de pièces ( Y. Çoloicuz, BibL choisie, p. 71 ). Le manuscrit que Pithou avait recouvré passa de sa famille dans celle du célèbre Jean de Wit , grand pensionnaire de Hcdlande > et un de ses petits-fils le communiqua à P. Ulaming, qui donna en 1753, Amsterdam , in-6.% une édition des poésies de l'flospital plus complète et plus correcte que toutes les précédentes. M* Coupé a publié en 1778 9 Paris, a vol. in-8.*, un Essai de. traduction de quelques épttres et autres poésies de i'Hospitai, etc., dont M. Bernardi porte un jugement peu favorable. Il a paru une édition des Œuvres .complètes et inédites de Michel de l'Hospital, donnée par les soins de M. Dufey, avocat (Paris, 1824 — i8a6, 5 vol. in-8.% avec do planches).

(C) Ses lois sont assez nombreuses. C'est à lui que le cenimerce doit l'établissement des consuls (remplacés par les tribunaux de comAierce ) » dont les expéditions

faciles et promptes furent substituées à la lenteur de la justice ordinaire.

Ennemi des privilèges exclusifs, il s'applicpia à les abolir par plusieurs lois. '

Ou lui doit redit de 1 565 qui fixe le commencement de Tannée au i .*' janvier.

Il fit plusieurs lois somptuaires, un peu minutieuses. V. Galerie philosophiqae du XVL* siècle ^ par Mayer, 1785, 2 voL m-8.*, tom. I, pp. 282 — 285.

Mais la plus singulière de toutes ces lois est celle qui défend de vendre des petits pâtés dans les rues de Paris , pour prévenir , disait-il , la fénéantise des vendeurs et la gourmandise des acheteurs.

Il créa en 1570 V Académie d^ écriture, dont les membres devaient étudier leur art, de manière à pouvoir sûrement arguer de faux les fripons. Les faussaires étaient très-nombreux de son temps. Hamon , maître d'écriture de Charles IX , devenu son secrétaire , fut pendu le 7 mars 1569, pour avoir contrefait la signature de ee prince. Raveneau fit paraître en 1666 un Traité des ins^ criptions de faux. Son livre reconnu dangereux fut condamné ; mais Tauteur ne fut pas pendu, comme ie croit l'avoir dit quelque part;

(D) Les charges de la magistrature étaient alors vânates^ C'est ce qui excite les plaintes de Michel de l'Hospitai, qui alors disait dans une de ses épitres latines, liv. I,'p. i5 : « Associé avec quelques hommes intègres que lanorort t a épargnés , nous soutenons autant qu'il est en nous » l'anciennespleudeur delà magistrature. Que son lustre » est effacé ! combien elle s'est avilie depuis qu'on en a » ouvert indistinctement l'accès à tout le monde ; qu*0B » y a vu entrer une foule de jeunes gens sans esprit et » sans application , qui ne connaissent pas même les

> premiers élémens du droit , et dont tous les titres sont

> dans Targent qu'ils ont compté ! Tels sont les fruits que » la guerre nous a apportés. Dans la distribution des 9 emplois on n'a plus d'égard pour le mérite ; ta vertit

> est forcée de céder à l'opuïékice , et c^est cependant lors»

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9 que les vices s'accroissent , que la vertu pour les con- 3 tenir, devrait avoir la puissance et l'autorité. >

(E) Il exerça cette charge avec autant d'intégrité que de désintéressement; sa rigidité lui attira beaucoup d'ennemis : « Je me rends désagréable, écrivait-il au 9 chancelier Olivier , par mon exactitude à veiller sur les » deniers du roi. Les vols ne se font plus impunément. » J'établis de l'ordre dans la recette et la dépense ; je » refuse de payer des dons trop légèrement accordés, ou » l'en renvoie le paiement à des temps plus'heureux : on » voit tout cela avec un dépit amer.... Dois-je préférer » l'amitié déshonorante de certains courtisans à ce que » me prescrivent mes obligations envers mon roi , mon » amour pour la patrie ? Eh bien donc , qu'ils englQutis-

> tissent tout, et le soldat sans paie ravagera nos provin-

> ces pour subsister, et l'on foulera le peuple par de » nouveaux impôts. »

(F) Nous trouvons le nombre de ses petits enfans dans un passage des Recherches littéraires sur le XYI.* siècle, que M. Coupé a mises en tête du second vol. de son Essai de traduction de Michel de tHospital, Paris, 1778, 2 vol. în-8.%

pag. cxvij.

« Au milieu du luxe qui régnait alors en France, dit-il, l'Hospital conserva la simplicité antique. Mais étant chancelier, il se fit bâtir un bel hôtel, dans la rue Geoffroil^Asnier. Il s'y trouvait grandement logé avec sa famille , composée de treize maîtres, lui , sa femme, sa fille, son gendre et n^/'petits enfans. Il y a quelques années qu'un procureur au parlement a trouvé cette maison trop chétivc, trop petite pour lui , et qu'il alla se loger pluscon- -veuablement ailleurs.

» Il est vrai que l'hôtel de Goligny est aujourd'hui habité par un fripier, celui d'Auvergne par des filles publiques , et qu'un maçon occupe la maison où logèrent les trois Henris , Henri III , Henri lY et Henri de Gùîse , quand ils faisaient ensemble leurs études au collège de Navarre. O misera têcta , quant disparibus domina^ mini dominis!

» Outre sa terre de Vignai , l'Hospîtal avait encore un château à Y al>Grand , près de Yilleroi. Il y a longtemps que ce château, dont il parle magnifiquement, ne parait plus qu'une misérable ferme , en comparaison des superbes maisons qui Tentourent , comme on voyait à Rome bâtie en marbre sous Auguste, la chaumière de Romulus couverte de chaume.

» €ette différence, qui nous distingue de nos pères d'une manière si frappante , rappelle ce mot fameux d'un ancien, que « plus les maisons s'agrandissent ^ plus les hommes deviennent petits. »

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