‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 60 sur 96 · TESTAMENT DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE MARIE STUART

EEIRE DE FEANGE ET d'ÉGOSSE.

Cette infortunée princesse est née le 7 décembre 1542, de Jacques V, roi d'Ecosse, et de Marie de Lorraine, fille de Claude I." de Lorraine, duc de Guise. Elle succéda à son père n'étant âgée que de huit jours.* Henri YIII se proposa de la faire épouser au prince Edouard son fils, afin de réimir les deux royaumes d'Angleterre et d'Ecosse , mais ce mariage n'eut pas lieu. La guerre, après la mort de Henri VIII, s'étant renouvelée entre l'Angleterre et l'Ecosse , Marie fut envoyée , en 1 548 , âgée de six ans , pour la sûreté de sa personne, en France, où le roi Henri II , prit un grand soin de son éducation (1). Elle épousa, le 24 avril i558, le dau^

(i) A l'âge de 14 ans, elle récita publiquement dans une salle du Louvre , en présence du roi Henri II et de toute la cour, un discours latin de sa composition, oii

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phiD, qui fut roi de France, le lo juillet iSSg, sous le nom de François II , et qui mourut le 5 décembre 1 56o. Marie alors repassa en Ecosse (i) , où elle épousa Henri Stuart son cousin , le 19 juillet i565. Ce mariage ne fut pas heureux ; un nommé David Rezzo , musicien , était dans les bonnes grâces de Marie. Un jour qu'il soupait avec elle, il fut assassiné de cinquante-six coups de poignard, le 9 mars 1 566 , parles ordres et en la présence du roi (2). Le roi lui-même périt tragi-

elle soutenait qu'il sied aux femmes d'être instruites, et que les belles connaissances sont pour elles une grâce de plus. On prétend qu'elle possédait cinq langues. Elle cultiva la poésie française , et ne le céda en ce genre ni à Marot, ni aux autres poètes de son temps. Plusieurs d'entre eux célébrèrent sa beatité , ses talens , ses vertus. Les poètes latins enchérirent encore sur eux; et rien n'est au-dessus des éloges que lui donnèrent le chancelier de l'Hôpital, Martin du Bcllai, et Buchanan son sujet, qui l'a depuis si lâchement décriée dans son histoire d'Ecosse pour faire sa cour à la cruelle Elisabeth.

(i) Au moment où elle sortait du port de France, elle Vit périr un bâtiment. La plus grande partie de l'équipage fut noyée. « Âh , s'écria-t-«lle , quel augure pour un voyage ! » Pendant la navigation elle eut toujours les yeux fixés sur les côtes de France tant qu'elle put les apercevoir. Lorsqu'elle les vit se confondre avec les nues, elle s'écria plusieurs fois: « Adieu, France, adieu, je ne te » reverrai plus;» et versa un torrent de larmes. « Aimables mouvemens, dit Gaillard, d'un ame jeune et tendre, dont la sensibilité est encore dans toute sa fleur. » .

(a) Dans ce moment terrible , Marie était enceinte de sept mois ; elle portait ce prince qui naquit le 16 juin i566, et fut par la suite Jacques VI, roi d'Ecosse, et plus tard roi d'Angleterre, sous le nom de Jacques L ( en i6o3) , succédant à la meurtrière de sa mère.

er

24o TESTAMENT

quement le i o février 1 667 , par une mine q^Ic fit sauter en Tair. Bothwel , âgé de soixante ans , qu'on accuse de ce régicide, épouse Marie le 1 5 mai 1 567. Une conspiratiojQ se forme contre les deux époux ; la guerre se déclare. Bothwel fuit dans les Orcades , où il meurt au bout de dix ans. Marie est arrêtée et confinée dans le château de LocheTÎn , où on la force de résigner la couronne à son fik âgé de treize mois. Marie s'échappe de prison en i568; elle passe en Angleterre pour aller se jeter dans les bras de la reine Elisabeth , sa cousine. Celle-ci refuse de la voir jusqu'à ce qu'elle se soit purgée des accusations intentées contre elle, (au sujet de la mort de son mari, ou plutôt parce qu'elle restait attachée à la religion catholique ) , et donne ordre de la retenir prisonnière à Carlisle. De Carlisle, on la transféra à Boston, et de Boston en d'autres lieux , de sorte qu'elle changea dix-sept fois de prison, dont la dernière^ fut Fothéraingay , lieu où elle termina sa triste vie, par un supplice affreux , après dix-huit ans de captivité. Pendant ce temps , on ne cessa de lui proposer de résigner la couronne à son fils : « Non, répondit-elle constamment, je suis née reine et je mourrai reine. »

Le recueil le plus volumineux et le plus curieux que nous ayons consulté sur la vie , et particulièrement sur les derniers instans de Marie Stuart , est le De vitâ et rébus gestis serenissimœ principis MarivB Scotornm regincBj Franciœdoiariœ. Londini, 1725, 2 vol. în-fol. , portr. et carte généalog. Cependant nous n'y avons pas trouvé son testament ; nous pensons qu'il n'existe , imprimé ,

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^ue dans un recueil intitulé : Pièces fugitives , f0jur servir à VRiêtoire de France avec des notes '^tiiimriques (par M. le baron d'Aubais). Paris , ^*J^99 5 vol., in-4*' Voyez le totae IL C'est là que notre ami M. .Weiss» de Besançon, si connu ]$ar le travail prodigieux qu'il a fourni à la Biographie universelle de MM. Michaut , a eit , «ur àôti^rdettiande , la complaisance de nous le fiiire côfiier.

/ Ce testament n'est pas d'un grand ^intérêt par lt)i-méme (i) ^ mais il e& inspire par j^ main q[ui l'â^tfacé , par le moment où il a été fait (la veUle et le jour de l'exécution ), par l'orthographe de la testatrice , qui l'a écrit en français , enfin par 1 esprit d'ordre ^ de délicatesse et dliumanité envers d^ bons serviteiifg , qui y règne.

'' Voici ce (^'en dit le grand recueil cité plus haut, tome II, p. 628 :

« Sa Majesté voyant qu'eue avoit peu d'heures V à vivre, et que pour la briefveté du teùips »< n'auroit loiskr de doubler, ou escrirei ou bien » mettre au net^ «n testament qu'elle avoit ja » x^ommencé en bonne forme ; pen^nt q[u'elle » n'auroit loisir avant mourir de l'achever et »,. escrîre comme elle eust fait si oii ne l'eust point » tenue en suspend de ses papiers qu'on lui t» promettoit de jours» a arutres, qu'elle attendoît » pour voir se» comtes (Me) , et ce qu'elle afuroit » à. distribuer,, en £ist un tout de nouveau et » coucha par articles tout ce qu'elle avoit delî-^

(1) G43peBâaBt on 7 trouvera phisieurs aoiÀg qui ont ffgufé dans Thistoire de M^e.^

9 béré qui fust fait aprcs sa mort, et tout d'un » cours sans s'arrester ou y songer par intervalles , » ny lever la plume hors de dessus le papier, x> escrivit deux grandes feuilles de papier , de sa » main propre , contenant plusieurs articles oa » elle n'oublia rien de toutes ses affaires , itlaM » en mist par estât de chacune ce qu'elle en savoit , » et n'y a aucun de ses serviteurs auquel elle n'ayt » leguë quelque chose, tant présent qu'absent, » ordonnant à iceux selon ou qu'elle les affectioâ- » noit ou qu'elle pensoit avoir plus besoin de son » aide, et comme sage et prudente princesse, » pourveut pour un chascun fort equitablement » et distribua le peu de moyens qu'dlle avoit avec » une grande considération , etc. etc. »

C'est donc ce testament quenous allons donner; n'y changeant pas un seul mot , et le rendant littéralement avec une scrupuleuse exactitude. Nous l'accompagnerons d'une lettre au roi de France, plus intéressante que le testament. Il commence ainsi :

« Au NOM DU Père , du Filz et du smngt Esprit,

» Je Marie, par la grâce de Dieu, royne d'Escosse, douairière de France, etc. Estant preste de mourir , et n'ayant moyen de faire mon testament , j'ay mis ces articles par escrit , lesquels j'entens et veulx avoir même force que si îk estoient mis en forme.

» Protestant, premier, de mourir en la foi chatolique (sic) , apostolique, romaine.

» Premier, je veulx qu'il soit faict un service complet pour mon ame a l'église saint Dénys en

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France , et Tautre a saint Pierre de Reims, où tous mes serviteurs ce trouveront en la manière qu'il sera ordonné a ceulx a qui j'en donne la charge issi dessoubs nommez.

. » Plufqu'un obit annuel soit fondé pour prier pour mou ame a perpétuité, a lieu et en la manière qui ^era advisé le plus commode.

» Potlr a' quoy fournir je veulx que me» mayaons jAb Fontaynebeleau soient vendues , espérant que au«arplu»le roy m'aydera, comme par mon mem'oyre je le requiers.

» Je veulx que ma terre de Trespagm ( sic ) demeure a mon cousin de Guise pour une de ses filles , si elle veooit a estre mariée en ces quartiers ; je quitteray la' moitié des arerages qui me sont deus^ ou. une partie, a condition que Tautre soit payée, pour estre par mes exécuteurs employée en àumosUe annuelle.

» Pbur a qi|oy mieulx jprovoir, les papiers seront recherchez jet délivrez selon Taflination pour en faire la poursuite.

B Je veulx aussi que Targens que ce retirera de mon procès de Secondât , soit distribué comme s'en suit.

9 Premier, a la deschai^e du ppiement de mes dettes et tnandements si aprez nommez, qui ne seront ja paiez , prismier, les deux tnille'esqus de Courle que )e veulx luy estre payez sans nulle contradiction , comme estantz en faveur de ma* riage sans que nous ou aultre luy en puisse rien demander , quelque obligation qu'il en aye d'autant qu'elle n'^est que'feincteé q^elargentestoit a moy é non lemphmté^ lequel je, ne fis que luy

înontray, é lé depuis retiré, etmeôD pris avecque le reste a Gharteley, lequel je lui donne éf il le peut recovrér , comme il a esté promis , • pour payement ces quatre mille franks promis par ma mort, et mille pour marier xme siene sœur et m'ayant demandé le reste potir ses despans en prison; quant a l'assignation de pareille somme a nous , elle n'est pas d'obligation , et pour ce a toujours esté mon intention que ellç fust la dernière payée et encore en cas qu'il fasse aparoir n'avoir faict contre la condition pour la quelle je les luy ayoys donner , au tesmoignasge de mes serviteurs.

» Pour là partie de douse cens esqus que il m'a faict allouer par lui empruntée p<nir mon service de Beauregard , jusques à six sens esqus, et de Gervays trois cents, et le reste je ife sais d'où , il faut qu'il les repoye de son argent et que j'en soys quite, é l'ctôsignation cassée, car je n'en ay rien resceu, mais est le fond en ces coffres, si cen'estoit que ils en soient payez par delà ; comme .que ce soit, il faut que cete partie me Tevîenne l>onne , n'ayant rien receu , et si elle estoit payée je doibs avoir recours sur son bien, é de pluair» je veulx que Pasquier compte des deniers que il a despandus ( dépensés ) é receus par le commaù*dement de nous , par les mains des serviteurs de M. de Chasteauneuf , l'ambassadeur de Fraince.

» Plus, je veulx que mes comptes soyent ouys é mon trésorier payé.

D Plus, que les gages et parties de mes gens, tant de l'année passée que de la présente , soyent tous payez avant tout aultre choze , tant guages

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que pensioBS 9 hc^mis les pensions de Jean et de Courle, jusques a ce que l'on sasche ce qui en doit advenir é ce qu'ilz auront mérité de moy pour pensions, si ce n'est que la famé de Cour le soyt en nécessité , ou luy maltraicté pour moy ; des gages de Jean , de mesme.

9 Je veulx que les deux mille quatre cens franks. que j'ay donnais a Jène Kenedi luy soyent payez en argent, comme il estoit porté en son premier, don , i quoy fesant , la pension de WiUi Guillaulme Douglas me reviendra, laquelle je donne a f^ontenay pour ces services é despensnon recompansez»

» Je veulx que les quatre mille esqus de ce banquier soyent sollisitez é repayez , duquel j'ay oublié le nom ; mais l'evesque de Glascou s'en resbviendra assez ; é si l'assignation première ve-> noit a manquer, )e veulx qu'il leur en soyt donné une. sur les premiers deniers de Secondât.

» Les dix mille franks que l'ambassadeur avoyt receux pourinoy , je veulx qu'ilz soyent employés^ entre mes serviteurs qui s'en vont a présent, a sçavoir, premier, diefux mille franks a nu>n mede« ciu , — deux mille franks a Elisabeth Courle , — ,d6ux mille franks a Bastien Pages, — deux mille a Marie Pai^ , ma^pUeule , — mille a Gourr gon , — mille a Gervays.

9 Plus , sur les aultres deniers de n^on revenu, a ISeauregard» mille franks, -r^a MonÛ>ray, milLç franjis. . .

» E reste de Secondât et de toutes mes casua*litez , je veulx estçe employez sinq cens franks a la miséricorde des eptan^de Reij^s^ — ; a me^ escott^a,.<|eux^jbilib4^ —, aux. quatre mai^

diaiui, la somme qu'il sera necessaife, -^— âmes exécuteurs , selon les moyens qui ce trouTeront, — sinq cens fraoks aux hospitaulx. ^'

» Â Tesquier de cuisine Martin , )e donne mille firanks , — mille franks a^ Hambel j é^lé laisge a mon cousin de Guise , son parein , a le' mettre en quelque lieu en son service.

> Je laysse sinq cens franks a Nicolas, et sinq cens pour ces filles quant il les mariera.

» Je laysse sinq cens franks a Robin Hamilton, et prie mon filz le prendre , é Monsieur de Gtoscou Êiulte de luy , ou Fevesque de Rosse.

» Je laysse a Didier son grefe , sous la faveur du roy.

> Je donne sinq cens franks a Jean Latudere, é prie mon cousin de Guise ou d'Humainç ( pour du Maine ) le prendre en leur service, é a Messieurs de Glascou et de Rosse qu*ilz ayent soipg '"de le voir proveu ; je veulx que son përe sôyt pajé de ces gages , et luy laysse sinq cens franks.

» Je veulx que mille franks soyei|t payez a Gourgeon , pour argent et aultres clîbisefrqu'il m'a fournies en ma nécessité.

» E je veulx que si Bourgoin accompli le voiage du vœu qu'il a faict pour moy a S. Nicolas , que quinze franks lui soyent livrés à cet effet. Je laysse selon mon peu de moyen six mille franks a levésque de Glascou , troys mille a celùy de Rosse. E je laysse la dx)nai8on des alsualites [ne) et droicts seigneriaux recelez a mon filleul , filz de M. Duruisseau .

» Je donne troys cens franks a Laurens, -^plus troys cens franks a Susanne, r— é laysse dit mille

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franks entre les quatre parties , qui ont esté res^ pondant pour moy é au solliciteur parmy.

» Je Teulx que l'argent provenant des meubles que j'ay ordonnez cstre vendus a Londres, soyt pour defroyer le voyage de mes gens jusques en Vrance.

Ma cosche (mon carosse) jela laysepour mener mes filles, é les chevaulx pour les vendre ou aultrement en faire leur commoditez.

» Il y a environ cent esqus des gages des années passées deus a Bourgoin , que je vculx luy estre payez.

» Je laysse deux mille franks a Meluin , mon maystre d'hostel.

» Je ordonne pour principal exécuteur de ma volonté mon cousin le duc de Guise, é aprez luy Tarchevesque de Glascou, Tevesque de Rosse , et M. Duruisseau mon chancelier.

» J'entends que sans faultc le preau jouisse de ces deux prébendes.

9 Je recommande Marie Pages, ma filleule, a ma cousine madame de Guise , é la prie de pren. dre en son service; é ma tante de S. Pierre fayre mettre Montbray en quelque bon lieu , ou la retenir en service. pour l'honneur de Dieu.

» Faict cejôurd'hui 7 feubvrier mil sing cens octante é sept. »

Signé à [original, Marie R.

Le recueil que nous avons cité plus haut [Lon-dresj 1725, 2 voL in-foL), dît, t. II, p. 629 : t Son testament achevé d'escrire , de mesme cours cscrivit une lettre au roy de France (Henri III), dont la teneur est telle ;

« Monsieur mon beau-^fiusre ,

» Estant par la permission de Dieu , pour mes péchez , )e croy , venue me jetter entre les bras de ceste royne ma cousine, ou j'ay eu beaucoup d'ennuys , passé plus de vingt anjs , )e suys enfia par elle et ses cstats condamuéc a la mort : et ayant demancjké mes papiers ostez par eux , pour faife mon testament, je n ay sceu rien retirer qui me scrvist , ny congé de faire un libre testament, ny qu^aprez ma mort mon corps fust transporté selon mon désir, en vostre royaume, ou i*ay eu rhonneur d'estrie royne , yostre sœur et ancienne alliée,

» Cejourd'hui aprez disner m'a esté dénoncée, s^ns pluç long respect , ma sentence , pour estre exécutée demain comme une criminelle a huict hieures du matin. Je n ay eu loisir de faire un ample discours de tout ce qui s'est passé, mais s'il vous plaist croire mon médecin , et ces aultres miens désolez serviteurs, vous oyrez la vérité; et que grâce a Dieu je mesprise la mort , et fidèle^ ment proteste de la recevoir innocente de tout crime : qu^d je seroy leur subjette, ce que je ne fuz jamais, pour la religion catholique et le maintien du droict que Dieu m'a donné a ceste couronne : voyla les deux poincts de ma coademnation. Et toutes fois ne me veulent permettre dire (jue c'est pour la religion que je meurs ( i) ,

(i) Av^nt le terrible schisme qui a pris naissance en i5i7 , rhistoîre n'avait point été souillée de catastrophes ^ussi épouvantables que celle du réjg;icide légal. J|lari(^

DE MABIE 8TUÂRT. 249

mais pour crainte du change de la leur, et pour preuve ilz m'ont osté mon aumosnier , lequel bien qu'il soit en la maison je n'ay peu obtenir qu'il me vint confesser ny communier en ma mort, mais m'ont faict grande instance de recevoir la consolation et doctrine de leur ministre , amené pour ce faict (i). Ce porteur et la compagnie, la plus part de vos subjets, vous tesmoigneront mes de* portemens en ce mien acte dernier. Il reste que je vous suppliecomme roy trez chrestien , mon beau-frere , ancien allié , et qui m'avez tant faict d'honneur de protester de m'aymer , qu'a ce coup vous faciez preuve en tous ses poincts de vostre vertu ; l'un par charité me soulageant de ce que pour me descharger , et ma conscience , je ne puis sans vous, qui est de recompenser mes serviteurs désolez, leur laissant leurs gages; l'aultre faisant prier Dieu pour une royne qui a esté nommée trez chrestienne et meurt catholique, et desnuée de tous ses biens. Quant a mon filz, je le vous recommande autant qu'il le méritera , car je n'en puis respondre; de mes serviteurs , )evous

3tas>rt meurt sur l'échaf^ud ; deux ans après, son beaufrère, Henri HT, auquel elle écrit, est poignardé par un moine , au milieu des discordes religieuses ; et vingt-un ans après, le bon Henri tombe aussi soui le poignard d*un autre fanatique. Si au moins on s^en était tenu là !

(i) Il y a de l'analogie entre ce passage et celui qui termine la fin de )a lettre que Tinfortunée M^rie-Antoipette écrivit dans une semblable et si déplorable circonstance .On trouve encore plusieurs points de ressemblance pntre ces deilu: lettres.

25o TESTAMENT

en requiers a jointes mains. J*ai pris la hardiesse de vous envoyer deux pierres rares pour la santé, vous la désirant parfaite , et heureuse et longue vie. Yous les recevrez comme de vostre trez affectionnée belle-sœur.

» Mourant et vous rendant tesmoygnage de sou bon cœur pour vous , je vous recommander^y mes serviteurs par un mémoire, et vous ordonnerez que pour mon ame soy payée de partie de ce que me devez, s'il vous plaist , et qu'en l'honneur de Jésus , lequel je prieray demain a ma mort pour vous , me laissiez de quoy fonder un obit et faire les aumosnes requises*

» Ce mercredy deux heures aprez minuict.

» Votre affectionnée et bonne sœur»

» Marie R. «

Puis aprez ( dit toujours le recueil} , escrivit ce qui s'en suit sur un autre papier a part :

« Memoyre des dernières requestes que je fay au roy , de me faire payer tant de ce qu'il me doibt de mes pensions , que d'argent advancé par la feu royne ma mère en Escosse, pour le service du roy mon beau-pere en ces quartiers , pour le moings tant que un obit soit fondé pour mon anie annuel , é que les aumosnes et petites fondations par moy promises soyent parfaictes.

» Plus , qu'il luy playse me laisser la jouissance de mon douaire un an aprez ma mort , pour recompencer mes serviteurs.

» Plus, je luy supplie recevoir mon médecin en service, comme il a promis, é l'avoir pour recommandé.

DE MARIB STUART. 25l

9 Plus , si il luy plaist, laysser les gasges é pensions d'iceulx leur vie durant, comnie fiist fayct a ces officiers de la royne Âlienor (i).

» Plus que mon aulmosnier soit remis a son estât, é en ma faveur proveu de quelque petit bénéfice , pour prier Dieu pour mon asme le reste de sa vie.

» Plus. que Didier, un vieulx officier de ma bouche, auquel j'ay donné un greffe pour recompense, en puisse jouir sa vie durant, estant ja fort asgé.

» Faict le matin de ma mort , ce mercredy 1 8 feubvrier, »

Signé à l'original, Marie R.

Le grand recueil précédemment cité , après avoir rapporté les deux dernières pièces qu'on vient de lire (2] , ajoute :

• Il est a noter qu'en son testament et en ses derniers articles de requestes , sa majesté escript quelques choses obscurément , de peur que^si les ÂDgloys les visitoient , ils ne fussent entendues d eux , et ne les retinssent, ayant déclaré l'interprétation a ses serviteurs pour le dire quand ils

( 1 ) Je pense qu'il éist là question d'Eléonore d'Autriche , qui mourut veuve de François I.*' , à Talaveyra en Espagne , le 18 février i558 , onze ans après le roi son époux.

(a) Le testament , comme nous l'avons dit, n'est pas dans ce recueil , mais à la fin de la copie que nous a envoyée M. Weiss, et qui est tirée des Pièces fugitives, etc«; il est écrit : « L'original (du testament) est gardé au colip lége des Ecossais à Paris.

» Mélanges, tom. II, pp. 78 — 81. »

seroient en France, Elle escrivit aussi une lettre a monseigneur de Guyse , pleine de pitié et de commisération. »

L'auteur entre ensuite dans les détails les plus minutieux sur ce qui s'est passé depuis le moment où la reine a cessé d'écrire jusqu'au moment de son exécution et même au-delà. Douze pages» in-fol. , de 63o 4 64^9 l^î ^^^ ^ peine suffi pour ce récit. Rien n'est plus touchant que cette narration faite avec la plus grande naïveté. On y voit la reine se faisant laver les pieds ; puis après |>étoe vêtue de ses plus beaux habits ( i ) , elle fut venir tous ses domestiques et leur distribue des bourses qu'elle avait préparées avec des étiquettes , et renfermant pour chacun une somme plus ou moins forte, selon leur rang ou lent besoin;*^ elle ne possédait que cinq mille écus comptant » et le

(i) On ne sera peut-être pas fâché de voir en quoi consistait la toilette de Marie. L'auteur du recueil co donne ainsi la description > p. 64o, à 1-inslant oh on va la dépouiller de ses iiabits pour l'exécuter : , j.

» Avoit eu premier lieu un voile de crespe blanc, Ten couvrant depuis la teste , et trainant par terre ; sa co^« fure de même estofe , qu'elle avoit accoustumé porter quand elle se meltoit en meilleur poinct, les ^stes solennelles; un grand manteau de satin noir gofré, piarélbifcbs de martre sublime , doublé de taietas noir^ les mabches pendantes, a longue queue, et le collet. à l'itaiieimey uu pourpoint de satin noir , une Juppé de \ékoxm cramoisybrun, une vasquine ( jupe de dessous ) de tafetas vdlouté, caleçons de futaine blanche, des bas de soje bleue , jarretières de soye, et des escarpins de maroquin. De tous lesquels habillemens fut d«spouiUée jiusqaes au coliUon , etc. »

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