‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 72 sur 96 · TESTAMENT DE F. PITHOU · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE F. PITHOU

Nous avons rapporté ci-devant le testament de

nilustrç Pierre Pithou : nous allons donner celui " ' ' ' ' ■ •

de son frère François Pithou, qui n'était pas moms

versé dans les lettres , et qui a laissé un nom également célèbre. C'est lui qui le premier a découvert le ijpanuscrit des fables de Phèdre vers 1 696 ( 1 ) ;

( 1 ) M . Grosley dît à ce sujets tom . II, Vie de Fr. Pithou, p. 2^5 : « Dire que la découverte de ce petit volume ( les B fables de Phèdre), appartient à François Pithou^ c'est B dire que la république des lettres lui a infiniment plus > d'obligation qu'à tant de gens dont les ouvrages rem- B plissent des in-^folio; souvent il est plus glorieux de con- » server que de créer : rien de si commuft que les écrivains, B rien de si rare que les chefs-d'œuvre >

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et c'est son frêne qui le fit publier à Tf oyes par Jean Oudot ( 1 ) , eh 1 596. François Pithou «st né à Troyes , le 7 septembre 1 543 , et il y eèl mort le â5 janyier 1 621. Son testament est curieux^ non** seulement par la fotme employée dans te tempe^

( 1 ) L'impreiRiiion de ce petit volume a été faite sous Jet yeux de P. Pithou, et terminée au mois d'août i5g6* Yoîci le titre de cette première édition : Phiédri Augustl iiberti fabularum Msopiariim libriV, ntmc priniàm in Imeem editL AugustobonseTricassium , excudebat JoaA. Odotius typogr. rcgios anno cio. 9. xcvi^ in-i <t de 70 pag., eo caractères italiqueA , avec les titres en romain; le tout fort bi^ exécuté. P. Pithou y mit en tête une épitre dédicatoîre à son frère François , dans laquelle il lui dit : Rtddo tibi^ frater, prt> novellis constitutionibus imperatcris, veieres faèeilas imper atorii Iiberti. « Je vous rends, moU cher frère, pour ces

> Novelles d*un empereur, les anoîennes fables de Taffran-

> chi d'un empereur, etc. > C'était la traduction des Novelies de Justinien par i'antécesseur Julien , sur un manuscrit de la bibliothèque de P. Pithou, <)ae son frère François lui avait cfédiée précédemment. Cette épttré dédicatoîre était accompagnée dans la première édition de Phèdre, d'une pièce de quinze ïambes latins par Florent-Chrestlen , qui remercie son ami, au nom de la république des lettres, du précieux ouvrage donlril ren*^ richissait. Yoici la pensée qui termine cette petite pièce f adressée Petro Pithao antiquitatis vindici :

Tantùm 6 viderem doctiores principes ^ .Qa&in UUeratos servolos, quales erant JSsopus et libertui iste principis !

c Quand trouverons«nous chez nos grands seigneurs , > les lumières, les connaissances, les talens que nous 1 admirons datis de petits valets, tels qu*an Esope et un » Phèdre. »

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mais par la fondation du collège de Troyes dû à sa munificence. Citons-en le début et quelques articles. "'

« Je François Pithou, sain, grâces à Dieu, d'eur tendement , veux et entends faire mon testament, que l'ay escrit et signé de ma main en la manière que s'en suit :

» Premièrement , je prie mon Dieu d'avoir pitié deinoy pour tant de crimes que j'ai commis contre sa majesté ( divine ) , le suppliant bien humblenrent de tout mon cœur vouloir oublier ceux que j'ay commis en ma plus tendre jeunesse, plutost par ignorance qu'autrement; et que je n'ay pas assisté a l'église ainsy que je le debvois.

» Je désire estre enterré avec mes père et mère aux Cordelie|*s , auxquels je laisse cinquante escus pour prier Dieu pour moj et pour mon am'e , sans que mon convoy soit conduict avec pompe, mais seulement avec les mendians et clergé ordinaire de ma paroisse (i), laissant à ma sœur de Luyeres cent esciM ^pour estre distribués aux pauvres après mon decei.

» Je^veulx et entends que ma maison ou je demeure et es environs d'icelle, soit dressé un collège pour enseigner la jeunesse, sans estre employé ailleurs , et sans que les jésuites y soyent aucunement reçus ; aultrement je désire que le tout soit vetodu , pouf estre empk^é aux pauvres.

» Je lègue au dict collège toute ma bibliothèque

( 1 ) Groslie j, compatriote de^Pithou , a montré la même simplicité et humilité dans son testament que nous donlierons dans la suite.

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et tous les livres qui se trouvent en ma maison, en outre tous mes meubles et argent pouf faire bâtir et augmenter le dit collège avec les rentes, si peu que j'en ay, mon testament entièrement accomply*

> Je donne et lègue au dict collège , toute» les acquisitions que j'ay faictes de terres , héritage^ et prez en la paroisse de Moussey

» Je donne a mon neveu Pierre Fithou la tet*re et seigneurie de Bierne, qui m'est advenue de la succession de ma défUnle mère que Dieu absolve: ensemble le fief de Champ-Gobert*

» Je lui donne et lègue les vieux ba^hiitz qui sont en ma galarie et les livres et papiers qui sont dans les ditz bahutz

> Je donne et lègue à M. ÂUen , mon singulier amy (i), dont j'ai reçu beaucoup de'plaisirs, deux cents escus, monbuQet et estuy d'argent qui est en bahut , rempli de toutes ses pièces et ma ■ ■> ■ ■■ ■ » ■■ ■ ■ I I

(i) Cet Allen est celui auquel on doit les( demièresP éditions de la Coutume de Troyes , avec les commentaires et les additions des frères Fithou^ Il était digne par ses connaisKances et ses lumières de Tamitié de ces deux savans. On a de lui quelques dissertations latines inanuscrites, sur plusieurs points importans de notre histoiref. On eu trouvera Tannonce et le titre dans^ la Bibliothèque historique de la France , tom. II, n.*' iÔ^SqS, 16,022 et 1 6,652. La première renferme des dissertations chronologiques, depuis Phàramond à Pépin, et depuis Charles- Ic-Simple à Philippe I.*' La seconde est sur le passage de Clovis; la troisième est composée de notes sur la Chronique de Sigebert. Ces manuscrits étaient jadis- conservés dans la bibliothèque de M. Le Pelletier, ministre du roi; que sont-ils devenus ?

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bonne robe de palais (i) ; le suppliant très bien humblement de vouloir bien prendre la charge d'eslre rexecutèur de mon présent testament..., et a madame Allen ma chariotte : priant mondit sieur Allen de vouloir bien prendre soin de mon collège sa vie durant.

» Je donne et lègue à Claude Lambigier, moû cher et fidelle serviteur , 900 livres , avec le meilleur manteau de drap que )aye, et ses gaiges dont je veulx qu'il soit payé et nourry tant et si longuement qu'il demeurera en ma maison, le priant d'assister M. Allen en l'exécution de mon présent testament; à la charge qu'il sera nourry sur ce que je lègue audit collège; ensemble logé en ma dite maison.

» Je donne et lègue à Marsilly, mon serviteur, cent cinquante livres , avec mon manteau de drap qui reste, oultre ses gaiges; et à Bastienne, ma servante , cent livres , oultre ses gaiges.

Faict et arresté mon présent testament après qu'il a été leu et releu par moy le 25 novembre 1617, et l'ay signé. Signé Pithou*

» Le jeudy 18 mars 1621^ à l'audience des plaids du baillage de Troyes, le présent testament

(1) Un tel legs était alors une marque honorable de souvenir, et la personne qui en recevait de semblables, ne manquait jamais, dans les grandes^ solennités, dand les occasions importantes, de se parer du vêten^ent légué. Aujourd'hui il ne viendrait pas dans Tidée d'un conseiller de faire un pareil legs , et bien moins dans celle du légataire de s^en faire honneur dans les grandes occasions. ( Cette note m'est communiquée par un savant compatriote des frères Pithou^ M. P. D.B.)

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a esté leil et registre au registre des insinuations, et ce faict, rendu a M. ÂlIen. »

Ce testament, quant à son objet principal, c'est-à-dire la fondation du collège, ne fut exécuté qu'en lôSo-. Les derniers arrangemens furent concertés sous les yeux de Louis XllI, qui passa à Troyès cette année, et y laissa deux conseillers d'état, pour mettre en son nom la dernière main à l'établissement dudit collège.

François Pithou fut enterré auprès de son frère, dans le tombeau dé ses ancêtres. Nous venons de voir qu'il a disposé de ses biens d'une manière digne du nom qu'il portait , digne des sentimens dont tous les Pithous étaient animés pour le bien public.

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