‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 73 sur 96 · TESTAMENT DE C.-E. DE GOURVOD · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE C.-E. DE GOURVOD

DUC DE PONT-DE-YAVX, MARQUIS DE MARNAT, etC. CtC.

Le testament d'un gentilhomme franc-comtois vivant sous le gouvernement espagnol dans les XVI. * et XVII.* siècle», doit nécessairement respirer une haute piété ; car on sait que l'Espagne et les provinces qui en dépendaient alors , se sont distinguées, dans ces temps de troubles re-* ligieux, par leur fort attachement à l'Eglise romaine et à leurs souverains, et par l'extrême dévotion de leurs habitans, quels que fussent leurs rangs dans la société. L'acte suivant en va fournir la preuve ; mais U démontrera en même temps que cette dévotion, toute expansive qu'elle était,

DE CH.-EMM. DE GOURVOD. Ztyj

surtout in extremis j n'extirpait pas tout-à-faît les germes de cette petite vanité dont les titres, les dignités, les richesses enflent ordinairement le cœur humain. M. de Gourvod est mort en bon chrétien^ très-certainement; cependant il parait, malgré sa profession d'humilité, qu'il n'est pas fâché , avant de niotirir, d'étaler toutes les charges, honneurs et bienfaits dont l'ont comblé ses souverains, ce qui, humainement parlant, peut avoir son côté très-excusable. Quoi qu'il en soit, voici le testament en question , que nous rapporterons presqu'en entier très-littéralement.

« Au NOM de la très saincte, inefable, individue > Trinité, le Père, le Fiz et le Sainct Esprit, mon » seul et vray Dieu toutpuîssant que' j'aime, » craint ^ honore et adore avec toute sorte d'hu- • milité, soubmission et révérence, comme la » source de tout bien, le père, l'autheur, créateur » et le rédempteur de l'univers;

» Noz Charles Emanuel de Gourvod, duc de n Pont de Vaux, prince du sainct empire romain, » marquis de Marbay, vicomte de Salins, baron » de Gourvod de Sainct Sorlins, Liesle, Chissey , » seigneur tics villes de Chalamont, Corcondray , » de Fourg, Buffard , Arson, Monterot, Cordîron, » Virey, Bosgnon, Royes, Cul, Londes, Berbaz » Bermont, étant a présent detenuz de maladie » et ayant neanmoings le jugement sain et entier » et capable de toutes ses fonctions ordinaires ; » considérant qu'il n'y a rien de plus certain que » la mort, iiy de plus incertain que l'heure^ » et le temps auquel elle arrive, crainte d'en » estre surprins avant que je puisse sainement

3o8 TESTAMENt

» disposer de mes affaires et partager les biens

* qu'il a pieu a la souveraine et divine bonté de » m'eslargjT, jay faict, couché ce mien présent j> testament en la sorte et magniere que suyt :

» Premièrement. M'abaissant et prosternant au » pied de mon souverain, de mon juge, de mon » maistre et de mon Dieu, je luy recommande » mon ame affmque lorsqu'elle se séparera de » son corps il luy plaise la recepvoir en son sainct

* paradis ; luy demandant pardon avec toute la » contrition qu'il m'est possible, des faultes, » péchés et offenses que j'ay commis et suppliant » sa divine majesté les vouloir laver de son pre- » cieux sang ; implorant ï'ayde et l'intercession » de la glorieuse Vierge Marie, pour soulager le » poids de mes iniquités , et opposer ses prières » qui sont préparées aux pauvres pécheurs com- » me moy ; recongnoissant les grâces et les fab- » veurs que vous avez tirez, mon Dieu, des » trésors inépuisables de vostre grandeur pour » m'en faire part avec plus de libéralité mille » fois que je n'eusse osé espérer ny attendre ; » m'ayant premièrement faict naistre dan» le x> sein de l'Eglise catholique, apostolique et » romaine , et instruire et eslever en la vraye » croyance qu'il fault pour estre au nombre de vos » eslus; m'ayant de plus comblé de biens, d'hon- » neurs et de prospérité en ce monde , puisque » vostre immense bonté, Monseigneur , a permis » que mes services ayent esté aggreables a feu » monseigneur l'archiduc nostre souverain (i),

(i) L'archiduc Albert d'Autriche, 6.* fits de Maximi-' lien II , naquit en i559, et fut gouverneur des Pays-Bas;

DE CH.-EMM. DE GOURVOB. ZOQ

9 et la seneriasime infante sa généreuse épouse; » ayant été eslevé tant par eulx que par aijltres n rois et empereurs aux dignités de marquis , et » passé par toutes sortes de degrés d'honneurs, » ayant esté faict gentilhomme de la bouche » du feu roy Philipppe second, capitaine de ». cheval légers, du conseil de guerre, gentil- » homme de la chambre de S. A., maistre de » camp, sommelier de corps, chiefz de la cham-^ » bre, capitaine d'une bande d'hommes d'armes, » bailly d'Amont, chevalier de la souveraine n^ cort du parlement de Bourgongne , intendant » des affaires d'estat du dict pays , gouverneur et » capitaine gênerai des duchez de Limbourg, » pays de Flaguemont,, comte d'Alley , de Rôles- » ducq et aultres payz d'oui tre Meuse ; chevalier ». de Tordre de la Toison d'or ; ce que je ne dict «. poinct par gloire ni vanité , mais pour recog- » noissanca de& obligations que )!ay a. sa bonté n divine et pour m-'animer- davantage a sonsainct A amour, puisque ce sont autant d'aguillons qui » m'y doibyent exiter , suppliant les glorieux xt apostres et martyrs , tous les saincts et sainctes » du paradis et particulièrement S. Charles , mon 9 bon patron , me vouloir desjmrtir un peu de ]t leur zèle et ferveur pour m'eschauffer a mon

il mourut le i5 juillet 1621 , à Bruxelles, sans postérité. Son épouse fut l'infante d'Espagne Isabelle-Glaire-Eugénie , née du 5.* mariage de Philippe II avec Elisabeth fille de Henri II, roi de France, et de Catherine de Médicis; leur mariage se célébra en 1 599. L'archiduchesse ^ survécu à squ époux, étant morte le 2 décembre i6^5^ à 67 ans.

3lQ TESTAMENT

9 debvoir et vouloir encore obtenir de Dieu une » clarté en mon esprit et une force en mou jug^- 9 ment pour pouvoir apporter Tordre qu'il con:- » vient aux parties suivantes de mon testament j> qui sont telles :

» Scavoir y qu'au lieu de ma sépulture sera » eslevé un tombeau ny trop somptueux, ny v magnifique, mais aucunement apparçut pour » conserver ma mémoire auprès 4^ mes dessan- 9 dans et les inviter a faire prier Dieu pour le P ssilut et le repos de mon ame.

» Item y je donne et lègue a Teglise curialle » de Marnay 5o fr, par an, a. perpétuité.,,...

» Item y je donne et lègue, l'espace de lo ans, » 100 francs pour* achever la fabrique de Te- 9 glise......

» Item y je donne une petite maison... pour » servir a jamais de demeure au mai&tre des enfant B de chœur

9 Itemj je donne et lègue aux RR. PP. jesi^ites, 9 de Dole , la somme de 4oo eiscus pour une fois , 9 et ce a charge que les dicts PP. quitteront tout 9 ce qu'îlz pourront prétendre leur estre deub 9 par fut la duchesse du Pont de Vaux, m^ mère , » et a condition^ que en la chapelle ou elle est 9 inhumée^ ilz facent dresser quelques marques » soit en escriptaux soit en armoyries , en valeur 9 de 20 escus.

» Item y je lègue aux RR. PP. Carmes des- 9 çhaulx le bâtiment de, ma grange de Marnay, 9 avec mon verger et le porpris à l'entour de ïi ma dicte grange

?> Je donne et Icgue à Nostre Dame de Gray

DE GH.-EMH. DX GOURYOD. 3ll

» et a Nostre Dame de M ontaigue a chacune 5o fr.

( Tous les legs précédens sont pour prières , messes , etc. )

» Item^ je donne et lègue a la serenissime » infante, la petite paincture que j'ai eu du •» comte de Midelboui^ ; la lui présentant avec « tout respect et humilité, comme un gaige de la » dévotion que j'ai toujours eu pour son très » humble service

» Item y je donne et lègue a madame la du- » chesse de Pont de Vaux , ma femme, la chaine « d'or , venant de feut monseigneur l'archiduc.

9 Item^ je donne a Philippe Eugène, mon fiz n aisné , mon espée nommée fier a bras , avec la- 91 quelle j'eus le bonheur en la bataille de Neupor t » de défendre la vie de feu monseigneur Tarn chiduc mon maistre et la tremper au sang de » ses ennemis.

» Item, je donne et lègue a Charles, mon > second fiz , ma chaine de diamans , avec bou- » tons de diamans, le petit scintille de diamanjs, » aussi avec le vray bois que j'ay de la saincte » croix de Nostre Seigneur Jésus Christ.

» Item,, je donne et lègue a madame la mar- » quise de Messimieux loo escus pour une fois.

» Item , je donne et lègue a M. le marquis de » Spinola ma paincture du Dieu de pitié.

» Item, je donne a M. le baron deMontfartle m portraict de Nostre Dame que ma donné le » capitaine Bel.

» Item , je donne à M. le compte de ChampUtte » un petit horloge d'argent.

•^ Itemj je donne a M. le visse président Sa-

3l2 TESTAMENT

» chot et conseiller Boivin (i) , un petit cordon » d'or qu'ils partageront également.

» Item y je donne a MM. les conseillers GoUut » (2) et Petrey (3), ma chaine des Indes, et a

> chascun de précieuses reliques que j'ay de son » altesse.

» ItesTUy je donne et lègue a M. Rosaret, gref-

> fier au souverain parlement , une petite chaine » esmaillée.

9 Item y je donne au sieur Lisola une petite » scintille d'or.

^i) Jean Boyvin, né à Dôle, savant jurisconsulte, fut d*abord avocat-général , puis conseiller , et enfin président du parlement de Dôle. Il assista, au fameux siège de cette ville , en v^'5^ , commencé le 36 mai par le prince, de Condé , et levé le 14 août suivant ; il en a donné une description intéressante, sous le titre de Siège de Dôie^ cçpitale de Iç. frçiJicJie-Comté de Bourgogne. Dôje, 1637, in-4-*^ devenu rare. Boyvin est mort le i5 septembre i65o«

(2) Ce GoUut était fils de Louis GoUut ^ né à Pesmes, qui fut professeur à l'université de Dôle , et qui a publié des Mémoires historiques ^e la république Séquanoise* Dôle , 1592, in-fol. , ouvrage curieux, rare et recherché. Lauis GoUut est mort à Dôle, en 1595.

(3) Lqius. Pétrey , né à Vesoul , fut le dernier dçs quatre conseillers surnuméraires dont l'archiduc Albert accrut le parlement de Dôle en 1618. Cet homme courageux se rendît célèbre en protégeant Gray, lors du siège dé Dôle en i636, et il concourut à la levée de ce siège si honorable pour les Francs- Comtois. Il a publié à ce sujet une lettre fort curieuse , adressée à son fils, in-4*'' de is^o pag. , que Ton trouve quelquefois reliée avec la relation du siège par Boyvin. Mais cette lettre est plus rare. Louis Pétrey, sieur de Champvans, est mort te a3 juin i63a.

DE CH.-EMM. DE GOTJKYOD. 5l3

» Item y je donne et lègue au sieur Brung, » adyocat, la cîhanie d'or ayec laquelle je porte » mes reliques , puis un grain que S. Â, m'a 9 donné pour mettre au bout

» Itemj je donne au sieur Crevoîseret, pro- » cureur fiscal au siège 4' Amont , une petite boite » d'argent dorée.

» Item , je donne au sieur Camus, docteur en p médecine, qui me traicte a présent, douze 9 pistoles par dessus ce qui lui sera payé pour » ses peines que j'entends estre une pistole par 9 jour.

» Item^ je donne et lègue à M.** de Sesurêe, » dame d'honneur de M."^ la duchesse ma » femme ., deux bichots de blez et deux poinçons 9 de vin par chacune année et sa demeure en 9 telle de mes maisons qu'elle voudra.

» Item y je donne et lègue au conseiller Medin ^ » d'Espagne ^ la' tapisserie qui est tendue en la » salle de ma maison d^ Marnay pourveu qu'il V s'en coutempte et a charge qu'il se tient payé » pour tout ce que je lui pourrois debvoir.

» Item y je donne et lègue au sieur de Cordiron

me servant de gentilhomniç , ma haquenée et » mon hal:])illement de tanne (pu plutôt paone) » passementé d'or.

» Item, j.e donne a Vernerey 5o escus , et un 9 de mes trois chevaux blancs.

» Item y a Janot nK>n domestique, 5o escus et 9 mon habillement gris.

» Item y a Voiturier mon chirurgien, cinq » patagons, pour une fois.

» Item y a maistre Didier ^ maistre Masson^

3l4 TESTAMENT

» six patagons ( i ) oiiltre les trois qu'on lui doibt.

» Itenij^ je veux et ordonne que mes deux » paiges , l'un nommé Etipon , et l'aultre Foélin » de Foix soient reconduits a Bruxelles et qu'on » leur face a chacun un habillement. . . •

» Item j je donne a Scordet , mon domestique , » mon habiUemeut bleu avec une de mes espées.

» Iterrij, je donne a Catherine Rechendal, gou^ » vemante de Charles mon second fils, cent V francs par an, pendant six i^', qu'elle de- » meure|:a auprès de luy.

» liemj, je donne au sieur Vincenet, mon » agent en Bresse, la première main morte qid » escherra en mes terres de Bresse pourvu qu'elle • ^'excede pas mille escus. . ,

» Item s je donne a Abraham, mon valet de.

Il chambre, deux coffres, l'ung de velours violet, » l'aultre de bois d'Inde , puis trois honnestes » habillemens des miens, puis «ne maison, etc.

9 Item^ je donne a Gaspard Sfauvallet la pre-i 9 miere main morte, etc....»

» Item y je donne a M,"^ ta duche^jç dePoiit

( I ) Je trouve dans les curieuses Réckerêhes sur les mon-^ ' noies de Bourgogne ( par D. Grappin ) , Paris , 1 78a , în-8.*, pp. 198 — 204 9 qu'au 5 1 janvier 162a: c Les nouveaux 9 talers ou patagons a la croix de Bourgogne tant a nos 9 coings et armes que du dîct deiTunct archiduo, pesans «32 deniers deux grains, a 2 francs huict gros. 9 £q i656, « les patagons tant de Flandre que de Bourgogne,. 9 a trois francs demy. » Et en i645, « les patagons des ? Pays bas et de Bourgogne , quatre francs. » Le patagon était une monnaie d'argent ; ainsi les legs en questioui étaient assez minimes.

DC CH.-ËMM. DE GOURVOD. 5l5

9 de Vaux ma femme , Tusufruict de la terre de 9 Maroay, sa viduité durant, seulement a charge ^ d'entretenir mes deux fils et ma fille, jusqu'à 9 Taage de douze ans, leur fournissant vestei^ens ». et nourriture.

9 Item^ je donne a Magdeleine ma fille, la » somme de quarante mille francs pour une fois. 9 Et; au surplus de mes aultres biens je institue mes vrais et seuls héritiers, mes bien aymés filz Philippe Eugène et Charles :

9 Scavoir , Philippe en la duché de Pont de Vaux, et des quatre baronniejs en dépendantes, et en tous les aultres biens qui me pourront competer et appartenir hors le pays et compté de Bourgogne, de plus en la baronnie du Mont

Sainct Sorlin et eu la viscomté de Salins

9 Et quant a Charles,, mon aultre filz, je luy donne le marquisat de Mamay , les seigneuries de Concordray, Bosgnon, Cul, Virey, Cordiron, et tous les aultres biens immeubles

assis riere le compté de Boiurgogne

» Yeuillant de plus, entendant et ordonnant expressément qu'au cas l'ung des deux frères mes dicts filz iroit de vie a trespas sans hoirs de son propre corps procrées en loyal mariage , son partaige sUs mentionné retourne a son aultre frère a luy survivant ou a son defiault au masle qui resteroit de luy , procrée de son corps de loyal mariage, substituant les deux

frères l'ung a l'aultre

9 Priant le sieur Hierosme de Lisola de leur vouloir servir de tuteur aux gaiges qui lui seront décernez par l'advis de M. le compte

3l6 TESTAMENT

» de Champlitte » gouverneur de ce pays , M. le » baron de Montfort, MM. les conseillers Boyyîn, » Sachot, GoHut, Petrey, en qui j'ay telle con- >» fiance que j'estime qu'ils ne me refuseront

» cette faveur

9 Le quel mien présent testament je veulx » valoir en la meilleure forme et magniere que » testament peult ou doict mieux valoir, si ce

> n'est comme solennel que ce soit comme nun* » cupatif codicile ou donation a cause de mort,

> implorant sur ce la bénignité du droict canon » et rejettant U rigueur du droict civil.

» Déclarant que j'ay feict esçripre ce présent 9 testament de la main du S. ' advocat Brung. . . a, 9 cause de mon infirmité, qui ne m'a peult 9 permettre de l'escrîpre moy même, l'ayant ». pour ce le dict Brung soussigné. Âinsin signé. «^ À. B.

A la suite de ce testament sont quelques dispositions additionnelles peu importantes : le testateur donne à M. l'archevêque de Besançon deux petites anses d'argent pour mettre de. l'eau de senteur ; à M. le comte de Palais , son beaupère, un portrait appelé ma belle Nostre Dame ; à sa belle-mère , six portraits à choisir ; au sieur Nie. Faret, de Bourg-en-Bresse, l'usufruit d'una maison ; ^nfin M. de Gouryod termijné par Fartîcle suivant :

« Nommant pour exécuteur de ce mien tes-.

9 tament M. le compte de Champlitte et M. le » baron de Montfort ; le tout esçript a ma requi- 9 sition de la main du même sieur advocat Brung. 9 A mon ohasteau de Marnay en la chambre oi^

DE CH.-EMM. DE GOURVOD. Zx'J

» je suis détenu au lict el ou j ay demeuré le long » de ma maladie. Le pénultième d octobre i6:25, » ainstn signé A. B. »

TESTAMEÎNT DU TASSONL

Le Tassoni, né le 28 septembre i565, auteur de la Secchia rapita , poème héroï-comique sur la guerre entre les Modénois et le$ Bolonais au sujet d'un seau qui avait été pris, a porlédans son testament cet esprit d'originalité que Fou remarque dans quelques parties de son poème; il y a même plus de sel. Ce testament a été fait en i6iâ , mais il a été suivi de deiix autres, dont le dernier date de i635, année de la mort du Tassoni. Ces deux-ci nous sont inconnus ; quant ail premier, nous en avons trouvé le début dans la préface de la traduction du Seau enlevé. Paris, 1769, 3 vol. pet. in-12, tom. I, p. 9. Ce début, marqué au coin de la singuliarité qui caractérisait Fauteur, suffira pour faire juger du reste.

Voici le commencement de cette pièce assez curieuse :

« Moi Alexandre Tassoni , par la grâce de Dieu, sain de corps et d'esprit ( si Ion en excepte cette fièvre qui tourmente tous les humains, et qui leur fait désirer de vivre après leur mort) , voulant , dans Fétat où je me trouve , déclarer mes dernières volontés, seul soulagement qui nous reste pour adoucir Famertume d'une aussi grande perte que celle de la vie ;

3l8 TESTAMENT

» Je laisse mon aime , ce que J'ai de plus cher , à son premier principe , invisible , ineffable ^ éternel.

» Pour mon corps, destiné à la corruption^ j'eusse été d*avis quon le brûlât, afin qu'il n infectât personne; mais cela étant contraire aux usages de la religion dans laquelle je suis né^ je prie ceux dans la maison desquels je moulerai, n'en ayant point qui m'appartienne , de m'ensevelir dans un lieu bénit; ou, si l'on me trouvait mort, sans avoir d'autre couverture que la voûte du ciel, je prie les charitables voisins ou lespassans de me rendre ce dernier service.

» Mon intention serait qu'à ma pompe funèbre on ne vît qu'un prêtre , la petite croix el une seule chandelle, et que pour la dépense on n'en fît point d'autre que celle d'un sac pour y fourrer mon corps , et d'un crocheteur qui voudrait bien s'en charger.

» Toutefois je lègue à la paroisse où sera mon cimetière douze écus d'or , sans la moindre obligation ; le don que je lui fais me paraissant fort mince , et d'autant plus que je ne le lui fais , que parce que je ne puis l'emporter.

» A un fils naturel nommé Marzîo, que j*aî eu d'une certaine Lucie, de la vallée de Garfa^ gnane, du moins à ce qu'elle prétend, je laisse cent écus en carlins, afin qu'il puisse s'en faire honneur au cabaret , etc. etc. »

Ce fils naturel était un libertin ( di pessimâ natura) y qui donna beaucoup de chagrin au Tassoni , et qui le volait de temps en temps. Cependant il parait qu'il s'est amendé, car son père,

DUTASSONI. 3l9

dans un troisième testament fait en i655, lui lègue une pension viagère de 25 ducats par mois. Marzio était alors capitaine au service du prince Louis d'Est.

Le Tassoni, mort le 25 avril i655, a institué pour son héritier universel , Marc-Antoine Tassoni , chevalier de Malte. Cette succession a passé depuis au comte Jules-César Tassoni, général des postes et gentilhomme de François III , duc de Modène.

Armand-Jean du Plessîs de Richelieu, cardinal, Fun des plus grands ministres d'état qui aient existé, est né à Paris le 5 septembre 1 585, de François du Plessis, capitaine des gardes de Henri IV, et de Suzanne de la Porte» Son père mourut en 1 590, à 4^ ^i^s. Le jeune du Plessis , après avoir fait d'excellentes études en Sorbonne, passa à Rome et y fiit sacré évêque de Luçon en 1607 ; il n'avait alors que 22 ans : le pape lui donna Fabsolution qu'il sollicita pour cette erreur de date. En 1 6 1 6, il fut nommé ministre secrétaire d'état par la protection de la][reine-mère , et, chose singulière pour un évêque, il eut le département de la guerre. La mort tragique du maréchal d'Ancre, son protecteur et son ami, causa sa disgrâce. Il se retira près de la reine-mère exilée à Blois ; et ayant ménagé un raccommodement entre cette prin-

cesse et son fils Louis XIII , il eut pour récompense le chapeau de cardinal. Âpjrès la mort du duc de Luynes, il rentra au ministère , fut élevé en 1 624 aux places de principal ministre et de chef des conseils , et en 1637 fut nommé surintendantgénéraldelanavigationetducommerce.

Le fameux siège de la Rochelle, ville boulevard des protestans , qui se rendit à discrétion le 28 octobre 1628, prouva de quelle force de caractère était doué le Cardinal , et quelles étaient ses ressources et son activité , quand Une fois il avait pris une résolution. Tous les actes de son ministère sont marqués au même coin, et si jamais homme a été dans le cas de prendre pour devise, ma vie EST UN COMBAT, c'cst bien Certainement cet illustre prélat ; et quel que fût le nombre et le rang de ses ennemis, il en sortit toujours victorieux. Sa puissance, comme la confiance du roi dans ses talens , fut sans bornes. Il porta de grands coups qui le firent accuse^ de despotisme et même de cruauté ; aussi fut-il très-redouté. Il acquit une fortune immense , comme le prouvera son testament. Son luxe fut au niveau de sa fortune. La dépense de sa maison montait à mille écus par jour; sa splendeur et son faste surpassaient tout ce que la cour et même la dignité royale pouvaient offrir en ce genre. Le trait suivant dénrantre â quel degré de prévenance , de petits soins et de vénération on était parvenu à l'égard de sa personne. Dans la dernière année de sa vie, étant en Languedoc , où depuis quelque temps il était atteint d'une grave maladie , il résolut de revenir à Paris ; et ne pouvant supporter ni la voitiure ,

ni la litière , on lui construisit uûe chambre en planches couvertes de damas , pouvant contenir son lit, deux chaises et une table pour son secrétaire, qui écrivait sous sa dictée. C'est dans cette chambre qu il traversa la France , porté depuis Tarascon jusquaParis, par dix-huit de ses gardes, toujours nu-tête, quelque temps quil fît, et qui se relayaient de distance en distance. On abattit les portes et les murailles des villes et des lieux qui se trouvaient sur son passage , et qui pouvaient entraver sa marche. Quand il arriva à Paris (en septembre 1642), toutes les chaînes furent tendues dans les rues où il devait passer pour contenir la foule du peuple, contemplant dans le silence de Tétonnement et de TefFroi ce ministre, qui, peu de jours auparavant , venait d'envoyer à la mort le jeune Cinqmars et le vertueux de Thou (1). Il ne leur survécut pas beaucoup. Après avoir encore langui quelques semaines , son médecin l'ayant averti que dans vingt-quatre heures il serait mort ou guéri , il ne s'occupa plus que de sa fin prochaine. On assure que son confesseur lui demanda s'il pardonnait à ses ennemis : « Je n'en ai jamais eu » d'autres , répondit-il , que ceux de l'état. » Au moment où on lui présenta le viatique , il regarda

(j) Cette entrée du cardinal de Richelieu à Paris, est toujours restée gravée dans la mémoire du grand Bossuet, car c'est ce jour-là mémo qu'étant âgé de 1 5 ans, il arriva à Paris pour la première fois. Cet appareil le frappa singulièrement. (V. V Histoire de Bossuet^ par M. le cardinal de Bausset, liv. I9 6.)

le saint ciboire , et dit avec les sentimens de la piété la plus vive : « mon juge! condamnez- » moi, si j*aî eu d'autre intention que de servir » le roi et Tétat. » Il expira peu après , le 4 décembre 1642 5 âgé de 56 ans et 10 mois.

Abordons maintenant son testament , qui fut fait à Narbonne , le 23 mai 1 642 , pardevant Pierre Falconis , notaire royal. Comme cette pièce est très-longue , nous serons obligé de nous en tenir à ce qu'elle renferme de plus essentiel ; mais nos extraits seront copiés littéralement sur un imprimé du temps, in-4**' de 12 pages, grande justification, en caractère petit-romain, très-serré. Voici le début de ce testament , précédé de quelques lignes d'un préambule dressé par le notaire, qu'il est inutile de rapporter :

« J'ay Armand Jean du Plessis de Richelieu , » cardinal de la saincte église romaine, déclare » qu'ayant plu a Dieu dans la grande maladie en » laquelle il a permis que je sois tombé , de me » laisser l'esprit et le jugement aussi sains que je » les ay jamais eus, je me suis résolu de faire » mon testament et ordonnance de dernière » volonté.

» Premièrement. Je supplie sa divine bonté de » n'entrer point en jugement avec moi , et de me » pardonner mes fautes par l'explication du, pré- » cieux sang de Jésus Christ son fils mort en » croix pour la rédemption des hommes, par » l'intercession de la saincte Vierge Sa mère , et » de tous les saincts , qui , après avoir vescu en » l'église catholique, apostolique et romaine, en » laquelle seule on peut faire son salut, sont » maintenant glorieux en paradis.

» Lorsque mon ame sera séparée de mon corps, » je désire et ordonne qu'il soit enterré dans la » nouvelle église de Sorbonne de Paris, laissant » aux exécuteurs de mon testament cy aprez nom- » mes, de faire mon enterrement et funérailles » ainsi qu'ils l'estimeront plus a propos.

» Je veux et ordonne que tout l'or et l'argent » monnoyé que je laisseray lors de mon decez, » en quelque lieu qu'il puisse estre, soit mis es » mains de M.'"'' la duchesse d'Eguillon (sic) ma » niepce (i), et de M. de Noyers, conseiller du » roi en son conseil d'estat , secrétaire de ses

(i) Celte nièce éldit Marie- i\Iagdeleine Vignerot, fille de Françoise du Plessis , sœur du cardinal , et mariée à René Vignerot , marquis de Pont de Courlai , eu Poitou. Elle a été , par la protection de son oncle , dame d'atour de Marie de Médicis, et mariée à Ant. de Beauvoir du Roure de Gombalet, dont elle n'a point eu d'enfans. £lle devint veuve. Le cardinal l'aimait beaucoup, parce qu'elle avait comme lui de la hauteur, de'la générosité et du goût pour les plaisirs et les arts. Ayant tenté en vain de la marier au frère du duc de Lorraine , il lui acheta le duché d'Aiguillon, et la fit recevoir duchesse en i658. Après la mort dû cardinal , elle se mit sous la direction de S. Vincent de Paul, et seconda toutes ses bonnes œuvres. Dans un seul jour elle engagea par contrat j 80,000 livres de fonds, parce qu'on l'avait assurée que 10,000 livres de rente feraient revenir à l'église catholique la moitié des ministres protestans du royaume. Elle mourut en 1676 , et légua son duché à sa nièce Marie- Thérèse, sœur du maréchal duc de Richelieu , son neveu, laquelle mourut religieuse en 1 704 . Elle substitua à Mario- Thérèse son neveu Louis marquis de Richelieu, dont le fils fut déclaré duc d'Aiguillon, par arrêt du parlement, en 1731.

» commandemens , fors et excepté la somme de » 1 ,500,000 livresque j'entends et veux estre mise » entre les mains delSa Majesté incontinent aprez » mon decez, ainsi que je Tordonnerai cyaprez.i

Par Tarticle suivant , le cardinal ordonne que ses dettes seront payées , si aucunes existent à son décès, et que le surplus sera employé en œuvres de piété utiles au public , ainsi qull la prescrit a sa nièce, à M, de Noyers et à M. Leiscot , son confesseur, nommé à Tévêché de Chartres, sans qu'ils aient à rendre compte aux héritiers des sommes employées à cet effet. Puis il continue ainsi :

« Je déclare que par contract j'ai donné a la » couronne mon grand hostel , que j'ai basti sous » le nom de palais Cardinal ( i ) , ma chapelle d'or > enrichie de diamans, mon buffet d'argent cizelé, » et un grand diamant qu<e j'ai acheté de Lopes.

(i) C'est le Palais-Royal actuel. Il fut commeiicé en 1629 par Jacques Le Mercier, sur les ruines des hôtels de Mercœur et de Rambouillet ; il ne fut aehevé qu'en 1686. Après la mort de Louis XIII, à qui le cardinal eu fit présent, Anne d'Autriche, quittant le Louvre, vint l'habiter avec ses deux fils Louis XIV et le duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans : alors cet hôtel fut nommé Palais- RoyxiL Louis XIV en céda l'usufruit à son frère unique, et en donna la propriété à son petit-fils le duc de Chartres { depuis régent ). Ce palais s'est appelé pendant le fort de la révolution Palais-Egalité^ du nom qu'avait adopté ^ son propriétaire. Après sa mort , on en fit des salles de vente , des cafés , des tabagies , des salles de jeux et de bals; puis il fut le Palais du Tribunal, Rendu enfin à son légitime propriétaire , Mgr. le duc d'Orléans , il a repris le nom de Palais-Royal.

» Toutes lesquelles choses le rot a eu agréable » par sa bonté d'accepter a ma trez humble et

9 trez instante supplication

" » Je supplie trez humblement S. M. d'avoir »^ agréables huit tentures de tapisserie et trois lits » que jeprieM."* laduchessed'Eguillonmanîepce » et M. de Noyers de choisir entre mes meubles » pour servir a une partie de Fameublement des » principaux appartemens dudît palais Cardinal. » Goimne aussi jela supplie d agréer la donation » que je lui fais en outre de lliostel qui est devant » le palais Cardinal, lequel j'ay acquis de feu M. le » commandeur de Sillery, pour au lieu d'icelui » faire une place au devant du dit palais.

9 Je supplie aussi trez humblement S. M. de » trouver bon que Ton lui mette entre tes mams » #la somme de i ,500,000 livres dont j'ai fait men- » tion cy dessus, de laquelle somme je puis dire » avec vérité de m'estre servy trez utilement aux 9 plus grandes affaires de son estât, en sorte que » si je n'eusse eu cet argent en ma disposition, » quelques affaires qui ont bien succédé eussent » apparemment mal réussi, ce qui me donne » sujet d'oser supplier S. M. de destiner ceste » somme que je lui laisse, pour employer en di- •^ verses occasions, qui ne peuvent souffrir la » longueur des formes de finance.

» Et pour le surplus de tous et chacuns mes » biens presens et a venir de quelque natuj^ 1 qulls^ soient, je veux et ordonne qu'ils^ g^^nt > partagez et divisez ainsi qu'î* ^ensuit ^^

.. Je donne et lègue r>-^^^^^d de JJ^Ué , mon » neveu et fiJJenJ^ ^^s d'Urban de M^^é , marquis

» de Brezé, inareschal de France, et de Nicole » du Plessis ma seconde sœur, et en ce Je Tinsti- » tue mon lierilier pour les droîcts qu'il pourrait .) prendre en toutes les terres et autres qui ae trou- » veront en ma succession ainsi que s'ensuit. »

Ces biens consistent ( pour la portion seulement de ce neveu) dans le duché et pairie de Fronsac et Caumont; dans la terre et marquisat de Graville; dans le comté de Beaufort en Vallée; dans la terre et baronnie de Tresne { mais le maréchal de Brezé aura, sa viç durant, la jouissance de cette terre de Tresne ) ; dans 3oo,ooo livres qui sont déposées au château de Saumur; et dans la ferme des poids de Normandie, dont le bail est de 5o,ooo livres par an. Passant à sa nièce , le testateur s'exprime ainsi :

« Je donne et lègue a M."* la duchesse d'E- » guillon, ma niepce, fille de defunct René de » Vignerot et dame Françoise du Plessis,- ma sœur » aisnée, pour tous les droicts qu'elle pourroit » avoir et prétendre en tous les biens de ma suc- » cession , outre ce que je lui ai donné par con- » tract de mariage , et en ce que je l'institue mon » héritière , savoir : la maison ou elle loge a pre- » sent, vulgairement appelée le Petit-Luxem- » bourg, seize au fauxbourg St. -Germain, joignant » le palais de la reine mère du roi ; ma maison et » terre de Ruel , et tout le bien en fond de terre, *- et droicts sur le roi que j'ay et aurai au dit lieu

^ i^s de mon decez , a la charge qu'aprez

» monri^c^j^^ iivQ dite maison de Ruel avec ses » appartCà-ï^nces etleh^f<j(ji.Qictssurle roi revien- » dront a ceiti des enfans mac^..^ ^^ ^^^ nepveu

» du Pont de Courlaî , qui sera mon héritier , et » portera le nom et les armes de Richelieu , a la » charge des institutions et substitutions qui se- » ront ci aprez apposées : et quant a la maison » dite le Petit-Luxembourg, elle appartiendra » aprez le decez de ma dite niepce la duchesse » d'Eguillon, a celui qui sera le duc de Fronsac , » aux conditions d'institutions et substitutions » cy aprez , etc.

» Itenij je lui donne le domaine de Pontoise. . .

» Itenij je lui donne la rente que j*ay a prendre j» sur les cinq grosses fermes de France, qui » monte a 60,000 livres par an

» Item y je donne et lègue a ma dite niepce la » duchesse d'Eguillon, tous les cristaux, tableaux » et autres pièces qui sont a présent ou pourront » estre icy aprez et lors de mon decez dans le » cabinet principal de la dite maison , le Petit- » Luxembourg , et qui y servent comme d*ome- » mens, sans y comprendre l'argenterie du buffet, » dont j*ay déjà disposé, qui y pourroit estre lors » de mon decez.

» Je lui donne aussi toutes mes bagues et pier- » reries, a l'exception seulement de ce que j'aylaîs- » se cy dessus a la couronne ; ensemble un buffet » d'argent vermeil doré neuf, pesant 535 marcs » 4 gï*^s, contenu en deux coffres faits exprez.

» Je donne et lègue a François de Vignerot, » sieur du Pont de Courlai, mon nepveu, et en » ce l'institue mon héritier , savoir : la somme de » 200^000 livres qui lui seront payées, a la charge » qu'il les employera a l'acquisition d'une terre , » pour en jouir par lui sa vie durant , et aprez

» son decez appartenir a Armand de Yignerot, » son fils aisné, ou a celui qui aprez lui sera le » duc de Richelieu , aux conditions d'institution » et substitution cy aprèz déclarées.

» Item^ je donne et lègue audit Armand Vi- » gnerot, scavoir : mon duché pairie de Richelieu, » ses appartenances et dépendances avec toutes » les terres

» Item^ je lui donne la terre et baronie de Rar- » bezieux que j'ay acquise de M. et M."** Vignier.

» Item^ }e lui donne la terre et principauté de * Mortagne, que j'ai acquise de M, de Lomenie, » secrétaire d'estat.

» Item^ je lui donne et lègue la comté de Cos- » nac , les baronies de Coze^ de Saugeon et d'Aï- » vers.

» Item/]e lui donne et lègue le domaine d'Hiers » en R rouage....

» Itemj je lui donne et lègue l'hostel de Ri- » chelieu, que j'ai ordonné et veux estre basti n joignant le palais Cardinal.....

» lient ^ je lui donne et lègue ma tapisserie de » l'histoire de Lucrèce, que j'ai achetée de M. le » duc de Chevreuse ; ensemble toutes les figures, » statues, bustes, tableaux, cristaux, cabinets, » tables et autres meubles , qui sont a présent » dans les sept chambres de la conciergerie du » palais Cardinal, et dans la petite galerie qui en » dépend , pour meubler et orner le dit hostel de » Richelieu.

» Itenij je lui donne et lègue outre ce que des- » sus , tous mes autres biens tant meubles qu'im- 9 meubles, droits sur le roi ou de ses domaines

* que je possède par engagement, et généralement » tous les biens que j'auray lors de mon decez ,

> dont jenauray disposé parlepresent testament. » Je veux et entends que tous les legs que j'ay

» cy dessus faits audit Armand Yignerot , mon » petit nepveu, soient a la charge et condition » expresse qu'il prendra le seul nom du Plessis » Richelieu , et que mon dit nepveu ni ses des- » cendans ne pourront prendre , ni porter autre » nom , ny escarteler les armes de la maison du

» Plessis Richelieu, a peine de déchéance

» Je veux et entends qu'Armand de Yignerot, » ou celui de mes petits nepveux enfans de » François de Yignerot , mon nepveu , qui vien- » dra a ma succession , donne par chacun an » audit François de Yignerot leur père , la somme

> de trente mil livres sa vie durant, a prendre » sur tous les biens que je leur ay cy dessus » légués

» Item^ je donne et lègue audit Armand de » Yignerot, mon petit nepveu, ma bibliothèque, » non seulement en l'état auquel elle est a pre- » sent, mais en celuy auquel elle sera lors de » mon decez, déclarant que je veux qu'elle de- » meure au lieu ou j'ay commencé a la faire bas- » tir dans l'hostel de Richelieu, joignant le palais » Cardinal , et d'autant que mon dessein est de

> rendre ma bibliothèque la plus accomplie que » je pourray et la mettre en un estât qu'elle puisse » non seulement servir a ma famille, mais encore » au public; je veux et ordonne qu'il en soit fait » un inventaire gênerai lors de mon decez par » telles personnes que mes exécuteurs testameu-

53o TESTAMENT

» taires jugeront a propos , y appelant deux doc- » teurs de la Sorbonne qui seront députés par * leur corps pour estre présents a la confection » dudit inventaire; lequel estant fait, je veux » qu'il en soit mis une copie en ma bibliothèque, » signée de mes exécuteurs testamentaires et des » dits docteurs de Sorbonne, et qu'une autre » copie soit également mise en ladite maison de » Sorbonne , signée ainsi que dessus »

Le cardinal s'étend encore beaucoup sur sa bibliothèque : il ordonne qu'il y ait un bibliothécaire aux gages de looo livres par an; il sera choisi entre trois candidats présentés par la Sorbonne et nommés par ses successeurs. Il veut aussi qu'il y ait un homme chargé de balayer tous les jours la bibliothèque, de battre et essuyer les livres très-souvent, etc. etc.... ; il aura 4oo Jiv. de gages. De plus , il assigne i ooo livres par an pour acquisitions de livres nouveaux (i).

Ensuite il ordonne que sa nièce M. "*' la duchesse d'Aiguillon ait l'administration des biens de la

(i) Cette bibliothèque du cardinal devait être considérable et très-belle; un passage du Mémoire histerique sur la Bibliothèque du Roi s p. xxij (catalogue de cette bibliothèque , în-fol. , tom. I ) , prouve que ce ministre enrichissait quelquefois sa collection sans qu'il lui en coûtât beaucoup. Voici le passage : « Lotiis XIII avait » fait acheter des héritiers de M. de Brèves, ancien am- » bassadeur à Gonstanlinople, plus de iio beaux ma- » nuscrits syriaques, arabes, turcs et persans....; le tout » fut payé des deniers du roi , mais nous savons que ces « manuscrits furent remis dans la bibliothèque du car- « dinal de Richelieu, comme le fut aussi la bibliothèque

DU CARDINAL DE RICHELIEU. ^ 33l

succession jusqu'à ce que son petit-neveu Armand de Yiguerot ait atteint sa majorité. Puis il donne audit Armand 44^9^00 liy. que lui cardinal a prêtées à son nevqu du Pont de Courlay, père dudit Armand, pour payer ses dettes, etc. Après cette clause, il s'exprime ainsi :

« Et d'autant qu'il a plu a Dieu bénir mes tra- » vauK, et les faire considérer par le roi mon » bon maistre , en les reconnoissant par sa mu- » nificencè royale , au dessus de ce que )e pouvois 9 espérer, j'ay estimé, en faisant ma disposition » présente , devoir obliger mes héritiers a con- » server l'establissement que j'ay fait en ma fa- » mille , en sorte qu'elle se puisse maintenir lon- » guement en la dignité et splendeur qu'il a plu » au roi lui donner , afin que la postérité con- » nbisse que si je Tay servi fidellement, il a sçu par » une vertu toute royale m aymer et me combler » de ses bienfaits.

» Pour cet effect , je déclare et entends que tous » les biens cy dessus léguez et donnez le soient a » la charge des substitutions ainsi qu'il s'ensuit. »

Ces dispositions du testateur sont trop longues pour être rapportées en détail ; elles regardent

* de la Rochelle, après la prise de cette ville. » Quoi qu'il en soit, la bibliothèque du cardinal passa par la suite dans la maison de Sorbonne; et elle n'a rien eu de coounun avec la bibliothèque du roi, que le régent fit transporter en 1721 à Thôtel de Nevers, rue de Richelieu^ où avait été la Banque. En 17249 ^^^ lettres-patentes du roi affectèrent à perpétuité cet hôtel au logement de sa bibliothèque. Il a été question dans ces derniers temps de la transporter au Louvre.

Oaa TESTAMENT

ses petite-neveux 5 fils et petîts-fils desa^'ceur aînée, marîéeavec M. Vignerot du PontdeCourlay, et ceux de sa jsœur cadette, mariée avec M. de Maillé , marquis de Brezé , maréchal de France» 11 dit ensuite :

« Je ne fais aucune mention en ce mien testa- » ment de ma niepce la duchesse d'Enguien, » d'autant que par son con tract de mariage elle » a renoncé a ma succession , moyennant ce que » je luy ay donné en dot , dont je veux ei ordonne » qu'elle se contente. »

Après quelques autres dispositions relatives aux bâtimens de la Sorbonne, au collège qu'il y a fait bâtir, à son enterrement, À diverses constructions à ajouter à l'hôtel de Richelieu , aux vingt pères de la mission établis à Richelieu , et auxquels il donne 60,000 livres , il continue ainsi : « Je défends a mes héritiers de prendre alliance » en des maisons qui ne soient pas vrayement » nobles, les laissant assez a leur aise pour avoir » plus d'esgards a la naissance et a la vertu qu'aux » commodités et aux biens.

» Et d'autant que l'expérience nous fait con- » noistre que les héritiers ne suivent pas toujours » la trace de ceux dont ils sont successeurs, de- » sirant avoir plus de soin de la conservation de » l'honneur que je laiisse aux nviens , que de celle » de leur bien , je recommande absolument aux » dits Armand de Vignerot et Armand de Maillé, » et a tous ceux qui jouiront aprez eux desdits » duchez pairies et biens que je leur ay ci dessus •^ substitués, de ne se départir jamais de l'obeys- » sance qu'ils doivent au roi et a ses successeurs,.

» quelque prétexte de mécontentement qu'ils » puiissent prendre pour un si mauvais sujet ; et B déclare en ma conscience que si )e prevoyois » qu'aucun d'eux deust tomber en telle faute, je » ne lui laisserois aucune chose en ma succession.

» Je donne et lègue au sieur du PlessisdeCivray » mon cousin , la somme de 60,000 liv. qui m est B deue par M. le comte<le Charost , capitaine des 9 gardes du corps du roi, sans que luy ni mes * héritiers puissent reclamer d'intérêts

» Pour marque de la satisfaction que jay des » services qui m'ont esté rendus par mes domes- 9 Ijques et serviteurs, je donne au sieur Didier, » mon aumosnier , i , 5oo liv. ; — au sieur de Bar, » 10,000 Uv. ; — au sieur de Afanse, 6,000 liv. ; » — i au sieur de Belesbat, parce que je ne lui ay » «ncorerien donné , 1 0,000 liv. ; — a Beaugensi, » 3,000 liv. ; — a Estoublon , 3, 000 liv. ; — au » sieur de Marsal , 3, 000 liv. ; — au sieur de Pal- » voisin , parce que je ne lui ay jusques icy rien » donné, 12,000 liv.; — a^Grenillé, 2,000 liv.; — » a Blouin , 6,000 liv. ; — au sieur Cytois, 6,000 » liv.; — au sieur Renaudot, 2,000 liv. ; — a 9 Bertereau, 6,000 liv. ; — a des Bornais, mon » valet de chambre, 6,000 liv. , et je désire qu'il » demeure concierge , soubz mon petit neveu du » Pont de Courlay, dans le palais Cardinal ; — au » Cousin, 6,000 liv. ; — al'Espoletteet a Prévost, » chacun 3,ooo liv. ; — a Picot, 6,000 liv. ; — a » Robert, 3, 000 Uv. ; — au sieur de Graves et de » Saint-Léger, mes escuyers , chacun 3, 000 liv., » et en outre, mes deux carosses avec leurs deux attelages de chevaux, ma litière et les trois

» mulets qui y servent, pour estre également par- » tagés entre mes dits deux escuyers ; — ^ a Cha- » marante et du Plessis, chacun 3,000 lîv. ; —a » Vilandry , i ,5oo liv. ; — a de Roques , dix huit » chevaux d'escole , aprez que les douze meilleurs » de mon escurie auront esté choisis par mes » parens; — au sieur de Fortes Cuieres, 6,000 » liv.; — a Grandpré, capitaine de Richelieu, • 3,000 liv. ; — a la Jeunesse , concierge de Ri- » chelieu, 3, 000 liv.; — au petit Mulot, qui » escrit soubz le sieur Charpentier, mon secre- 1, taire, i,5oo liv.; — a la Garde, 3, 000 lîv.; » — a mon premier cuisinier, 2,000 liv.; — a » mon credencier , 2,000 liv. ; — a mon premier » cocher, 1 ,5oo liv. ; — a mon premier muletier, » 1,200 liv. ; — a chacun de mes valets de pied, » 600 liv. ; — et généralement à tous les autres » officiers de ma maison, sçavoir : de la cuisine, » sommeliers et escuyers , chacun six années de » leurs gages, outre ce qui leur sera deu jusques » au jour de mon decez.

» Je ne donne rien au sieur Charpentier, mon » secrétaire, parce que j'ay eu soin de lui faire » du bien pendant ma vie; mais je veux rendre » ce témoignage de luy, que durant le long temps » qu'il m'a servy, je n'ay point connu de plus » homme de bien , ny de plus loyal et plus » sincère serviteur.

» Je ne donne rien aussi au sieur Cherré , mon » autre secrétaire , parce que je le laisse assez » accommodé, estant néanmoins satisfait des ser- » vices qu'il m'a rendus.

» Je donne au baron de Broyé, héritier du feu

» sieur Barbin, q^e ) ay sceu estre en nécessité, » la somme de 3o,ooo livres. Je prie mon frerc » le cardinal de Lyon (i) de donner au sieur de » Sagilly, le prieuré de Coussaye, que je possède » présentement , lequel est a sa nomination.

» Et pour exécuter le présent testament, et » tout ce qui en dépend , j'ay nommé et esleu » M. le chancelier et MM. Bouthillier, surinten- » dant, et de Noyers, secrétaire d'estat, ou ces » dieux qui les survivront, voulant qu'ils ayent un » soin particulier que rien ne soit obmis de tout » ce que dessus, quî est mon testament et or- > donnance de dernière volonté, laquelle j*ay » faite , ainsy qu'il est dit ci dessus , aprez y avoir

(i) Alphonse-Louis du Plessis-Richelîcu était frère atné du ministre. Il avait d^abord été nommé par Henri IV, évéque de Luçon, à la place de Jacques* du Piessis, 8on oncle ; mais avant d'être sacré , il céda cet évèché à son frère. Il se fit chartreux en 1606, et resta 20 ans à la grande Chartreuse. L'élévation de sou frère , devenu ministre, l'en fit sortir : il fut nommé à l'archevêché d'Aix en i6a6, puis à celui de Lyon en i6a8. Le pape Urbain VIII le nomma cardinal- prêtre en 1629, malgré l'ordonnance de Sixte-Quint, qui défend de nommer deux frères cardinaux en même temps. En i652, il fut grand-aumônier de France; en i655, il fut envoyé à Rome pour affaires importantes , qu'il termina heureusement. Il revint en i563; il retourna à Rome en 16449 pour l'élection du pape Innocent X. Il est mort en i653, âgé de 71 ans. Il paraît par l'épitaphe qu'il se fit luimême , que ses richesses n'approchaient pas de celles de son frère : Pauper natus sum, dit-il, paupertalem vovi ^ pauper morior , et inter pauperes sepeliri volo.,. Tout occupé des affaires de son diocèse, il se mêla peu des intrigues de cour.

» meurement pensé plusieurs fois , parce que la 9 plus grande part de mon bien estant venue des » gratifications que j'ay receues de leurs majesté/ » en les servant fidellement et de mon espargne, » il m'est libre d'en user comme bon me semble, » joint que je laisse a chacun de mes héritiers 9 beaucoup plus de bien qui ne leur appartiens » droit de ce qui m'est arrivé a succession de ma » maison

» Je supplie trez humblement le roi vouloir » traiter mes parens qui auront l'honneur de T) servir aux occasions qui s'en présenteront, selon » la grandeur de son cœur vrayement royal , et » de tesmoigner en cela l'estime qu'il fera de la » mémoire d'une créature qui n'a jamais eu en » si singulière recommandation que son service. » Et je ne puis que je ne die pour la satisfaction » de ma conscience, qu'aprez avoir vescu dans » une santé languissante, servy assez heureuse- » ment dans des temps difficiles, et des affaires 9 trez épineuses , et expérimenté la bonne et » mauvaise fortune en diverses occasions, en ren- » dant au roi ce a quoy sa bonté et ma naissance 9 m'ont obligé particulièrement, je n'ay jamais » manqué a ce que j'ay deu a la reyne mère, 9 quelques calomnies que l'on m'ait voulu ini- » poser sur ce sujet.

9 J'ay voulu pour plus grande seureté de ce 9 mien testament , déclarer que je révoque tout 9 autre que je pourrois avoir fait cy devant , et » ne vouloir aussi en cas qu'il s'en trouve cy aprcz » quelqu'autre de date postérieure , qui révoque » celuy cy , que l'on n'y ait aucun égard , s'il n'est

» escritdemamain et reconnu de notaires, et que » les mots suivaus , saliabor chm apparuerlt gloria B tua y ne soient inserez à la fin et immédiate- » ment avant mon seing,

» Et d autant qu'a cause de ma dite maladie et » des abscez survenus sur mon bras droict , je » ne puis escrire ny signer, j*ay fait escrire et » signer mon présent testament , contenant seize » feuillets et la présente page, par Pierre Falconis , » notaire royal , aprez m'en estre fait faire lecture » distinctement et intelligiblement. FaitenThôtel » delà vicomte (deiNarbonne) , le vingt troisième » jour du mois de may Tan 1642, avant midi.

» Signé Falcojvis. »

Ensuite est rapportée la suscrîption suivante du notaire et des témoins :

» L'an 1642, le 2 3 may, aprez midi, dans l'hos tel » de la vicomte de Narbonne, régnant le trez » chrétien prince Louis XllI , roy de France et » de Wavarre, devant moy notaire, fut présent » en personne Mgr. Armand Jean du Plessis, » cardinal delà saincte Eglise romaine, duc de » Richelieu et de Fronsac, pair de France, com- » mandeur de l'ordre du S. Esprit, grand maistre, » chef et sur-intendant gênerai de la navigation » et du commerce de ce royaume , gouverneur » et lieutenant gênerai pour S. M. en Bretagne, » lequel détenu de maladie, et sain d'entende- » ment, a dit et déclaré avoir fait escrire dan^ » les seize feuillets et demi de papier escrit, fer- » mez et cacheptez du cachet de ses armes avec » cire d'Espagne, par moi notaire, son testament » et acte de dernière volonté, lequel moy dit 110-

» taire ay signé, mon dit seigneur cardinal n'ayant » peu escrire ny signer son dit testament de sa » main, a cause de sa maladie, et des abscez » survenus sur son bras droict. Tout le contenu » auquel testament Son Eminence veut valoir par » droict de testament , clos et solennel , codicile,

» donation , causé de mort et a prié les tes-

» moins bas nommez d'attester son dit présent » testament; et moy nottaire luy en donner le » présent acte, concédé en présence de Mgr.

» Teminentissime cardinal Mazarini; MM. Lescot, » nommé par S. M. a Fevesché de Chartres ; Dau- » mont , abbé d'Uzerches ; de Perefixe , maistre » de chambre de mon dit seigneur cardinal duc; » de la Barde , secrétaire du cabinet du roy et » trésorier de France a Paris; Le Roy, secrétaire » de S. M., maison et couronne de France; et de » Remefort , abbé de la Clairté-Dieu , soussignez, » et moi dit nottaire avec iceux tesmoins , mondit » seigneur le cardinal duc n'ayant pu signer le » présent acte a cause de sa maladie. Signé le » card. Mazarini; I. Lescot; R. Daumont; I. de » LA Barde; Denis de Remefort; Le Roy; Har- » DoriN de Perefixe; Falconis. »

Tel est le testament du cardinal de Richelieu , dans lequel on voit les soins extrêmes qu'il prend pour que l'éclat qu'il a répandu sur sa famille et les richesses dont il l'a comblée , ne diminuent point en passant à ses arrièi:e-petits-neveux. 11 est certain que le fameux maréchal et son petitfils qui est mort le 17 mai 1822, à l'âge de 56 ans , ont très-bien soutenu le nom de Richelieu, surtout le dernier, dont la vie , entièrement con-

DU CARDINAL DE RICHBLIEU. oSg

sacrée au bien public , n'offre aucune des taches qui, sous le rapport de la conduite morale, si ^ on en croit la chronique scandaleuse , ont quelquefois terni celle de son grand-père.

D après les richesses immenses (i) que le cardinal a laissées et tâché de fixer dans sa famille , qui croirait que toute la fortune du dernier duc, cet homme si vertueux, et si estimé des souverains qu'il a servis , n'a consisté à son décès que dans une inscription de i3,ooo livres de rente sur le grand-livre? Voilà cependant tout ce que possédait le dernier rejeton de cette famille. 11 est vrai que ses biens subirent le sort commun pendant la révolution ; et lorsque vers 1802 il revint en France pour solliciter sa radiation de la liste des émigrés, tous les débris de sa fortune qu'il put recouvrer, furent employés à payer intégralement les dettes de son père et de son grand-père.

Révenons au testament du cardinal. L'imprimé sur lequel nous l'avons copié, nous a été communiqué par M. Bourée, D. M. à Chiitillon, qui réunit aux connaissances de son art, l'amour des lettres, un goût particulier pour l'archéologie, pour la bibliographie, et surtout une obligeance

(1) Nous ne savons pas au juste à combien elles pouvaient se monter, mais nous les croyons inférieures à celles que laissa le cardinal Mazarin , qui succéda dans le ministère à Richelieu, et qui était plus avide d'argent que lui. On a toujours estimé à cent millions, monnaie du temps, la succession de Mazarin. Il mourut le 9 mars 1G61 , 19 ans après Richelieu.

extrême, qui est le caractère du vrai . savant. Parmi les livres curieux qu'il possède, se trouvait le testament en question, auquel il a accolé une infinité de pièces isolées très-piquantes, et fort rares sur le cardinal : ce sont des écrits satiriques, apologétiques , des épitaphes, des éloges ampoulés, tous publiés en 1642, et par conséquent dans reffcrvescence des diverses passions auxquelles la mort du redoutable ministre permettait de prendre l'essor. Nous regrettons de ne pouvoir en donner la liste, ou du moins en citer quelques-unes ; nous nous contenterons de rapporter le titre de la première pièce du Recueil : Theologia gallico transsubstantiationem Riclielii in Detim ex ^t verborum factain expendens : ex coœtaneis Franciœ scriptoribm industriâ Theophili Alethini collecta. Coloniae Agrippinœ, anno 1642, în-4-'', à 2 colonnes de 27 pages. Nous ne connaissions point cet ouvrage, et nous ignorons le nom de son auteur.

Nous n'avons pas cru devoir parler , dans cet article , du Testameut politique du cardinal. Nous pourrons en faire mention dans la bibliographie que nous consacrerons aux livres qui portent le titre de Testament.

Dans le recueil de M. Bourée se trouve un feuillet manuscrit , d'une écriture ronde très-ancienne et qui a plusieurs mots raturés; il doit avoir été écrit le lendemain de la mort du cardinal : c'est un brouillon ou projet de billet d'enterrement, qui sans doute a été distribué aux personnes de la cour. Voici comment il est conçu :

.^ « Nobles ET DEVOTES personnes, priez Dieu pour

» Famé de trez hault, trez puissant, trez \er- » tueux, illustrissime 5 eminentissime seigneur, » monseigneur Jean Armand du Plessis , cardinal, » ducdeRiclielieu, grandmaistreetsurintendant » de la navigation et commerce de France, l'un » des prélats commandeurs de l'ordre du Saînct » Esprit , chef du conseil et principal ministre » de Testât du roy , pour Famé duquel se feront » les services et prières en l'église de Paris, au- » quel lieu, lundy prochain , aprez midy, seront » dictes vespres et vigiles des morts , pour y estre » le lendemain mardy , a dix heures du matin , » célébré son service, priez Dieu qu'il en ayt » l'ame. »

Page 1