‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 87 sur 96 · TESTAMENT DE PAUL DUHALDE · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE PAUL DUHALDE

Ce testament n'offre aucune singularité, mais une de ses clauses tient à un antécédent que Ton peut mettre au rang de tout ce qu'on connaît de plus original.

Paul Duhalde, né à Paris en 1691 , et fils d'un oaillier, perd son père à 16 ans et demi. Sa mère

renvoie en Espagne pour s'y formerau commerce; il n'y réussit point : on le place à Rouen chez un marchand ; il s'y ennuie : il passe en Amérique ; son humeur inquiète le ramène bientôt en France. On apprend , par un journal qu'il a rédigé de son voyage , qu'il promet aux pauvres le seizième du profit qu'il fera dans cette entreprise; comme elle a été infructueuse, cette promesse n'a pas de suite. Etant de retour à Paris, en 1717, il y ■reste sept mois et fait rendre compte à sa mère de sa tutelle. Il avait alors 26 ans. Il contracte une société avec deux marchands de pierreries, et part pour Madrid. Son voyage n'a pas plus de succès que les précédens ; il revient à Paris au mois de février 1719.

Les réflexions mélancoliques auxquelles le livraient tous ses projets échoués , lui en font naître un fort singulier , c'est celui de contracter une société avec Dieu. 11 rédige cet acte bizarre et le transcrit s\xc son livre-journal le 24 septembre 1719, dans les termes suivans :

« J'ai résolu de contracter une société avec » Dieu, promettant et faisant vœu d'en accomplir » tous les articles qui sont ci-après, et j'engage » mes héritiers , tels qu'ils soient , à la teneur de » tous ces articles, au cas que je meure avant de » l'avoir fait par moi-même. » Puis il déclare que cette société , qui a pour objet le commerce des pierreries , est pour cinq ans, à commencer du 2 octobre 1719. Il fixe son bien à 3, 000 piastres d'Espagne ( i5,oooliv. de France): c'est le fonds qu'il met dans la société ; c'est tout ce qui lui reste. 11 s'interdit la faculté de contracter aucune

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autre société pendant cinq ans , si ce n'est avec une femme par le mariage. Aussitôt les cinq ans écoulés , il fera son bilan ; il prélèvera sur la société, d'abord la niise de fonds de 5,ooo piastres , secondement la dot qu'une femme pourra lui apporter, troisièmement les successions qui pourront lui écheoir pendant ladite société; après quoi , il ajoute : « Et l'excédant se partagera entre » Dieu et moi. »

Cette singulière société ainsi réglée, Duhalde part de nouveau pour l'Espagne. Les commencemens de cette entreprise ne sont pas heureux. Cependant, deux ans après , il est questioii dans le public d'un projet de double mariage entre les cours de France et d'Espagne (i). Duhalde se met en mouvement pour fournir les pierreries dont on doit faire l'achat à l'occasion de ces al-

(i) C'est le 24 septembre 1721 , que l'on fît lecture, dans le conseil , d'une lettre du roi d'Espagne au roi de France, par laquelle ce prince consentait au mariage de sa fîlle avec le roi. Sa Majesté catholique demandait en même temps mademoiselle de Montpensier , fîlle du régent , pour le prince des Asturies , son fîls aîné. L'année suivante (en 1722), on fit l'échange de l'infante d'Espagne accordée au roi et de mademoiselle de Montpensier accordée au prince des Asturies; cette cérémonie eut lieu dans l'île des Faisans, au pied des Pyrénées , par le prince de Rohan de la part du roi, et par le marquis de Sainte- Croix de la part de l 'Espagne . Le mariage du prince des Asturies fut célébré à Lerma le 21 janvier; mais l'infante Marie- An ne- Victoire, accordée au roi, n'étant âgée que de 5 ans, son mariage fut différé. Cette princesse fut logée au Louvre dans le pavillon qu'on appelle encore pavillon de l'Infante. Le mariage n'eut pas lieu; l'infante

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liances; il se réunit avec un joaillier espagnol pour cette affaire , reçoit les fonds, vient à Paris en octobre 1721, pour faire les achats. Il réussit enfin; le succès passe ses espérances , et il prend la résolution de ne plus quitter Paris.

Il se marie en janvier 1722, avec Marie-Anne ^e Hansy , fille d un libraire (1) , qui lui apporte en dot 30,000 liv. ; il hérite de sa mère, en septembre 1722 , et en a 70,226 liv. Il lui naît un fils le 20 mai 1725. Mais il ne perd pas de vue la société qu'il a contractée avec Dieu. Il prend sur les fonds qu'il regarde comme communs, différentes sommes qu'il donne aux pauvres, comme représentant Dieu. Il inscrit tout sur ses registres. Enfin la société expire le 1.*' octobre 1724. Duhalde fait une liquidation de compte, et il se trouve, d'après le relevé de ses registres, qu'il a déjà donné aux pauvres 1 3,684 liv. Ce n'est pas tout : par le compte qu'il rend de la société, il distingue trois sortes de pierreries qui en composent le profit. Les unes sont à Amsterdam, les autres à Madrid, et les dernières à Paris. Il solde le compte des pauvres ; mais comme leur part consiste ^1 pierreries, il leur assigne la moitié de

retourna en Espagne en 1725, et épousa le prince de Brésil en 1729.. Louis XY se maria avec Marie- Charlotte Leczinska, fille de Stanislas, le 4 septembre 1725. Elle avait six ans et demi de plus que le roi , étant née le 23 |uin 1705, tandis que le roi était du i5 janvier 1710.

(1) Ce libraire doit être de Hansy (Claude II), fils de Hansy ( Claude I.") , qui fut libraire en 1689, et qui mourut en 1715. Sa veuve, née Marie-Anne le Gras, est morte le 24 novembre 1 760 , à 89 ans et 9 mois..

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