‹ Choix de testamens anciens et modernes, remarquables par leur importance, leur singularité ouChapitre 88 sur 96 · DE PAUL DUHALDE · texte numérisé non relu

DE PAUL DUHALDE

celles qui sont à Amsterdam et à Madrid; puis met celles de Paris dans des paquets, sur lesquels il inscrit moitié pour les pauvres; et au bas du compte où ce qui revient aux pauvres est réglé, il écrit :

« Malheur et malédiction à mes héritiers, tels » qu'ils soient, qui, sous tel prétexte que ce puisse

> être, ne donneraient point aux pauvres la moitié » de tout ce qui proviendra des susdits articles

> de pierreries, si Dieu disposait de moi avant

> que )*eusse satisfait par moi-même, encore que » mon bien se trouvât, par quelque événement » extraordinaire, réduit à la seule somme qui » serait due aux pauvres, puisquclle doit être » considérée comme un dépôt qu'il faut indis- » pensablement rendre. »

Outre cela , Duhalde, pour assurer en grande partie ce qu'il devait aux pauvres , fait au mois de janvier 1726, huit billets de mille livres chacun, payables à ordre d'année en année , depuis 1725 à 1 732 , et il remet ces billets entre les mains du vicaire de St.-Germain-l'Auxerrois.

Le 1 4 du même mois de janvier 1726, il tombe malade, et fait son testament, dans lequel il déclare :

« Que sur les livres qui font mention de ses

> affaires , il y a plusieurs articles qui rappellent » des choses qui intéressent les pauvres : il prie 9 son exécuteur testamentaire d'examiner ces ar- 9 ticles avec toute l'exactitude possible, et de les 4» faire exécuter dans toute leur étendue. »

Duhalde meurt deux mois après , laissant une veuve mineure et un enfant âgé de trois ans. On

procède à rîriventaîre de la succession. Les administrateurs de rhôpital général y sont appelés ; on trouve , parmi les effets du défunt , des pierreries avec l'étiquette moitié pour les pauvres. Leur portion est estimée 18,188 liv. Les administrateurs la réclament et transigent pour une somme de 15,900 livrés. La jeune veuve s'y oppose; le tuteur traite d'extravagante la volonté du testateur, puisqu'elle est le résultat d*une société contractée avec Dieu , idée bizarre qui n'est jamais venue dans la tète de qui que ce soit. L'affaire est portée devant les tribunaux et très-débattue; enfin un arrêt rendu le 3 avril 1 726 , sur les conclusions de d'Aguesseau , avocat général , ordonne que « le testament de Dubalde, et autres actes » rappelés dans le testament, seront exécutés » selon leur forme et teneur ; en conséquence , n condamne le tuteur de la veuve et du fils , à » remettre aux administrateurs de l'hôpital gé- » néral, les pierreries provenant (Ju legs fait aux » pauvres ; si mieux n'aime le tuteur en payer la • valeur, suivant l'estimation qui en a été faite, » ou suivant une nouvelle estimation qui en sera » faite par experts , dont les parties conviendront, » sinon qui seront nommés d'office; le tout si » mieux n'aime le tuteur payer aux administrax> teurs la somme de huit mille livres ; ce qu'il 9 sera tenu d'opter dans quinzaine , sinon en de- » meurera déchu , tous dépens compensés. »

Page 1