LE CONTE DES DEUX FRÈRES
Ce texte, publié dans les Select Papyri from the Collections of the British Muséum, a été traduit et analysé par E. de Rouoé [Revue archéologique, 1852), traduit en allemand par H. Brugsch (Aus dem Orient, 1864), en français par G. Maspxro (Revue des Cours littéraires, 1870, et Revue archéo., mars 1878), et en anglais par Lepage Renouf (Records of the Past, t. II). [P. J. de H.].
Page 1 Ceci est relatif à deux frères, d'une seule mère et d'un seul père. Anubis était le nom de l'aîné, Baïta était le nom du plus jeune. Anubis prit une maison et se maria, et son jeune frère était avec lui dans la condition d'un enfant ; c'était lui [Anubis] qui lui fournissait des vêtements. [Baïta] suivait ses troupeaux aux champs ; c'était lui qui faisait le labourage, c'était lui qui recueillait la moisson, c'était lui qui exécutait, pour [son frère], tous les travaux des champs. Aussi, le jeune frère devint-il un excellent agriculteur ; il n'existait pas son pareil dans le pays entier. Ainsi [vivaient-ils ensemble].
Quelque temps après, le jeune frère, qui [menait] ses bestiaux, selon son habitude de chaque jour, et [revenait] à sa demeure chaque soir, était chargé de toutes les herbes des champs, et tenait dans la main une cruche de lait [qu'il rapportait] de la campagne. Il présenta [ces objets] à son frère, qui était assis avec son épouse ; il but et mangea et [se retira] à son étable pour [coucher près] de ses bestiaux.
Le lendemain matin, [le jeune frère cuisait les pains] et les mettait devant son frère aîné, qui lui donnait des pains pour les champs ; puis il poussait ses bestiaux pour les faire paître dans les champs, marchant à la suite de ses vaches. Elles lui disaient que les herbes étaient bonnes en tel endroit. Il corn- 2 prenait tout ce qu'elles disaient, et il les conduisait aux endroits les plus favorables pour les herbes qu'elles désiraient. Aussi
les vaches qui étaient avec lui devenaient très-belles et multipliaient extraordinairement leurs portées.
Quand vint la saison du labourage, son frère aîné lui dit : « Prenons l'attelage pour labourer, car la terre est sortie [des eaux de l'inondation] ; elle est bonne à labourer. Aussi, tu partiras pour les champs avec les semences, car nous allons exécuter le labourage [en ce moment]. » Ainsi lui dit-il. Le jeune frère exécuta toutes les choses que lui avait dites son frère aîné.
Le lendemain matin, ils partirent pour les champs avec leur [attelage], afin d'effectuer le labourage ; ils prenaient [un plaisir] extrême à leur travail, et ils ne l'abandonnèrent pas.
Plusieurs jours après cela, ils se trouvaient encore dans les champs [à travailler]. Anubis expédia son jeune frère, en disant : « Va, rapporte -nous des semences du village ! »
Le jeune frère trouva la femme de son frère aîné assise à se coiffer. Il lui dit : « Lève-toi et donne-moi des semences ; je retourne aux champs, car c'est mon frère qui m'a diligente, [en disant] : « Ne perds pas de temps. »
Elle lui dit : * Va, ouvre le coffre et prends-y ce que tu voudras. Ne me fais pas interrompre ma tresse. »
Le jeune homme entra dans son étable ; il prit un grand vase, car son intention était d'emporter une grande quantité de semences ; il le chargea de blé et d'orge, et sortit avec [son fardeau].
Elle lui dit : « Quelle quantité as-tu sur [ton épaule] ? > Et il lui dit : « Trois mesures d'orge et deux mesures de blé, en tout, cinq mesures, voilà ce que j'ai sur mon épaule. » Ainsi lui dit- il.
Elle [lui parla ainsi] : t Quelle grande force tu as ! J'ai remarqué ta vigueur chaque jour ! » Son cœur le connaissait de la connaissance du [désir]. Elle se leva, se saisit de lui et lui dit : « Viens, passons une heure couchés ensemble ! Quel bonheur pour toi ! oui ! je te ferai de beaux vêtements. »
Le jeune' homme devint semblable à une panthère du midi en fureur, à cause de la déclaration honteuse qu'elle lui faisait ; aussi elle conçut une frayeur extrême.
Il lui parla ainsi : « Quoi donc ! tu es pour moi dans la situation d'une mère, et ton mari est pour moi dans la condition d'un père, car il est mon aîné, et c'est lui qui a pourvu à 4 mes besoins. Ah ! qu'elle est grande, l'infamie que tu m'as dite. Ne me la dis pas de nouveau. Pour moi, je n'en parlerai à personne ; je n'en laisserai rien sortir de ma bouche avec qui que ce soit. »
Il chargea son fardeau et partit pour les champs. Il arriva près de son frère aîné et ils accomplirent le travail de leur tâche. Puis, lorsque vint le temps du soir, le frère [aîné] retourna vers sa demeure, et son jeune frère suivait ses bestiaux, chargé de toute espèce de produits des champs. Il poussait ses bestiaux devant lui pour les faire coucher dans leur étable.
Voici que la femme du frère aîné eut peur à cause de la déclaration qu'elle avait faite. Elle apporta un pot de graisse et prit l'attitude [d'une femme] qui a subi une violence de la part d'un malfaiteur, dans le but de dire à son mari : « C'est ton jeune frère qui a commis la violence ! »
Son mari retournait le soir selon son habitude de chaque jour. En arrivant à sa demeure, il trouva sa femme étendue et malade d'un attentat. Elle ne lui versa pas l'eau sur les mains selon son habitude, et n'alluma pas la lampe devant lui. Sa maison était dans les ténèbres et elle [sa femme] restait étendue et souillée.
Son mari lui dit : « Qui donc a parlé avec toi ? » Alors elle lui dit : « Personne n'a parlé avec moi, à l'exception de ton 5 % jeune frère. Lorsqu'il est venu pour prendre des semences pour toi, m'ayant trouvé assise seule, il m'a dit : « Viens ! passons une heure couchés ensemble ; rattache ta tresse. » Il me parla ainsi, mais je ne l'écoutai pas : « Ne suis-je donc pas
ta mère, et ton frère aîné n'est-il pas pour toi dans la situation d'un père ?» Ainsi lui dis-je. Il eut peur et il me maltraita pour que je ne te fisse pas de rapport. Mais si tu le laisses vivre, je me tuerai. Vois ! quand il reviendra [des champs, frappe-le], car je souffre ; la déclaration honteuse, certainement, il la fera demain comme il l'a faite la veille. »
Le frère aîné devint semblable £ une panthère du midi ; il aiguisa son poignard et le prit dans sa main. Le frère aîné se tint derrière la porte de son étable, afin de tuer son jeune frère, lorsqu'il reviendrait le soir, pour faire rentrer ses bestiaux à l' étable.
Or, au soleil couchant, lé jeune frère, s'étant chargé de toutes les herbes des champs, selon son habitude de chaque jour, se mit en marche. La vache qui marchait en tète, en entrant dans l'étable, dit à son gardien : « Prends garde ! ton frère aîné se
tient devant toi, avec son poignard, pour te tuer. Éloigne-toi de lui ! » Il entendit ce que disait la vache qui marchait en tête ; une autre, entrant aussi, lui ayant dit la même chose, il regarda sous la porte d8 son étable, et il aperçut les pieds de son frère aîné qui se tenait derrière la porte, son poignard
à la main. 11 jeta sa charge par terre, et se prit à courir à toutes jambes. Son frère aîné s'élança après lui, tenant son poignard.
Le jeune frère invoqua Phra-Harmakhis, en disant : « mon bon seigneur, c'est toi qui distingues le faux du vrai ! » Alors Phra écouta toute sa prière et fit exister entre lui et son frère aîné un vaste amas d'eau rempli de crocodiles ; l'un d^ux était sur une rive, et l'autre sur l'autre. Le frère aîné lança deux fois sa main, sans pouvoir frapper [son jeune frère]. Ainsi fit-il.
Son jeune frère l'appela de la rive, en disant : « Attends jus- . qu'au matin. Lorsque le soleil luira, je m'expliquerai avec toi devant lui, et je te ferai découvrir la vérité. Mais je ne vivrai plus avec toi jamais, et je ne serai plus en aucun lieu où tu seras ; je partirai pour la Vallée du Cèdre ».
Or, le lendemain matin, lorsque Phra-Harmakhis s'était levé, chacun d'eux aperçut l'autre. Le jeune homme parla à son frère aîné en ces termes : « Pourquoi me poursuis-tu pour me tuer traîtreusement, sans avoir écouté l'explication de ma bouche ? Cependant, je suis bien réellement ton jeune frère,, et tu es pour moi dans la situation d'un père, et ta femme est pour moi dans la situation d'une mère ! Ne serait-ce pas, lorsque tu m'as envoyé pour nous apporter des semences, que ta femme m'a dit : « Viens, passons une heure couchés ensemble ! » Or, vois ! Elle t'a tourné cela en autre chose ». Il lui fit connaître tout ce qui s'était passé entre lui et la femme [de son frère aîné]. Il jura par Phra-Harmakhis, en disant : « Tu as voulu me tuer traîtreusement ; tu as pris ton poignard sous l'influence d'une bouche de tissu d'abominations ! » Il prit une lame tranchante, se coupa le phallus, et le jeta à l'eau. Un crocodile le dévora.
8 Puis, il s'aflaissa et s'évanouit. Son frère aîné éprouva une
peine extrême. Il resta à pleurer à sanglots, ne pouvant pas traverser [pour aller] près de son jeune frère, à cause des crocodiles.
Le jeune frère l'appela et lui dit : « Ainsi donc, tu t'es figuré que c'était une abomination ! Ainsi donc, tu ne t'es pas figuré que c'était un acte de vertu, ou une des choses que j'avais faites pour toi ! Ah ! pars pour ta demeuré, occupe-toi de tes bestiaux, car je ne resterai plus dans un lieu où tu seras; je vais partir pour la Vallée du Cèdre. Or, ce que tu auras à faire pour moi lorsque tu seras retourné à tes occupations, je vais te le faire connaître. Ecoute ! Des choses m'arriveront : Je retirerai mon cœur et je le poserai sur le sommet de la fleur du Cèdre. Si le Cèdre est coupé, il [fe cœur] tombera à terre . Tu viendras le chercher. Si tu as sept années de recherches à faire, ne te dégoûte pas, et quand tu l'auras trouvé, tu le placeras dans un vase d'eau fraîche. Oui ! je revivrai alors, et je porterai plainte de la trahison. Or, tu
sauras que ces choses me sont arrivées, lorsque, t'étant mise une cruche de bière à la main, elle fera effervescence. Ne t'arrête point quand cela te sera arrivé » .
Il partit pour la Vallée du Cèdre, et son frère aîné retourna à sa demeure, la main sur sa tête, barbouillé de poussière. Aussitôt qu'il fut arrivé à sa maison, il tua sa femme et la jeta aux chiens; puis, il demeura en deuil de son jeune frère.
Bien des jours après ces événements, le jeune frère était à la Vallée du Cèdre ; personne n'était avec lui, il passait son temps à chasser les animaux du pays, et venait se coucher le soir sous le Cèdre, sur le sommet de la fleur duquel son cœur était posé, 9 Quelque temps après, il se construisit, de sa main, dans la
Vallée du Cèdre, une habitation ; elle était remplie de toute espèce de bonnes choses, car il désirait s'établir . Étant sorti de son habitation, il rencontra le Cycle des dieux qui venait pour présider aux destinées de leur pays entier . Les dieux demandèrent à l'un d'eux de lui dire : « Ah ! Baïta, taureau des dieux, ne restes-tu pas seul ? Tu as quitté ton village à cause de la femme d'Anubis, ton frère aîné. Apprends qu'il a tué sa femme, car tu l'avais accusée de trahison contre toi ».
Leur cœur était extrêmement affligé à cause de lui. Phra- Harmakhis dit à Khnumis : « Oh ! fabrique une femme pour Baïta, afin qu'il ne reste pas seul » .
Khnumis lui fit une compagne pour demeurer avec lui ; elle était belle dans ses membres, plus que toute autre femme du pays entier, [car] toute divinité était en elle.
Les Sept Hathors vinrent la voir ; elles s'écrièrent unanimement : « Qu'elle meure de mort violente ! »
Baïta l'aima à l'excès ; elle demeurait dans sa maison, tandis 10 qu'il passait le temps à chasser les animaux du pays, et à lui apporter le produit [de sa chasse] •
11 lui dit : « Ne va pas dehors, de crainte que la mer ne te saisisse. Je ne pourrais te sauver d'elle, car je suis une femme
comme toi. Mon cœur est placé sur le sommet de la fleur du Cèdre; si un autre le trouve, je souffrirai à cause de lui. » 11 lui fit connaître son cœur dans toutes ses particularités.
Quelque temps après, Baïta étant parti pour chasser, selon son habitude de chaque jour, la jeune femme sortit pour se promener sous le Cèdre qui était près de sa demeure. Voici qu'elle aperçut la mer qui poussait [ses] eaux contre elle ; elle se prit à courir devant elle et rentra dans sa maison.
La mer invoqua le Cèdre en ces termes : « Oh, que je me saisisse d'elle !» Et le Cèdre apporta une boucle de ses cheveux. La mer la porta en Egypte et la déposa à l'endroit [où se tenaient] les blanchisseurs du roi.
L'odeur de la boucle de cheveux se mit dans les vêtements
du roi. On eut des discussions avec les blanchisseurs du roi, en
disant : « Une odeur a imprégné les vêtements du roi. » On se
11 mit à discuter avec eux chaque jour, et ils ne savaient plus ce
qu'ils faisaient.
Le supérieur des blanchisseurs du roi vint au rivage ; son cœur était dégoûté, à l'excès, des discussions qu'on avait avec lui journellement. Il s'arrêta et se tint sur la terre en face de la boucle de cheveux qui était dans l'eau. Il fit descendre quelqu'un, et on la lui apporta. Ayant trouvé une odeur extrêmement délicieuse, il la porta au roi.
On amena les scribes et les savants de Sa Majesté. Ils dirent au roi : « La boucle de cheveux appartient à une fille de Phra- Harmakhis ; l'essence de chaque dieu est en elle. Comme la terre entière te rend hommage, fais partir des messagers vers tout pays pour ta chercher. Quant au messager qui ira à la Vallée du Cèdre, qu'on envoie des hommes nombreux avec lui pour la ramener. »
Alors Sa Majesté dit: « C'est très-bien, ce que vous nous avez dit. » Et l'on fit partir [les messagers].
Quelque temps après, les hommes qui étaient partis pour toute la terre, revinrent pour rendre compte à Sa Majesté ; mais ceux qui étaient allés à la Vallée du Cèdre ne revinrent pas ;
Baïta les avait tués, ayant laissé un seul d'entre eux pour faire rapport au roi.
Sa Majesté fit partir des hommes de guerre nombreux et aussi de la cavalerie, pour l'amener de nouveau. Il y avait avec
12 eux une femme, chargée de lui mettre aux mains toutes sortes de belles parures de femme.
La femme revint en Egypte avec elle, et Ton se réjouit à cause d'elle [de la fille de Phra-Harmakhis] dans tout le pays. Le roi en fut excessivement épris ; il réleva à la dignité d'Auguste Favorite.
On s'entretint avec elle pour lui faire dire ce qu'était son mari. Elle dit au roi : « Que l'on coupe le Cèdre, et il sera anéanti. »
On fit partir desguerriers, munis de leurs haches, pour couper le Cèdre. Arrivé auprès du Cèdre, ils coupèrent la fleur sur la . quelle était posé le cœur de* Baïta, et celui-ci tomba mort en cette heure fatale.
Le lendemain, au lever du soleil, après que le Cèdre eut été coupé, Anubis, le frère aîné de Baïta,' entra dans sa maison ; il s'assit et se lava les mains ; on lui apporta une cruche de bière, et elle fit effervescence ; on lui en donna une autre de vin, et elle devint trouble.
13 H prit son bâton et ses chaussures, ainsi que ses vêtements et ses instruments de travail, et se mit à marcher vers la Vallée du Cèdre. Il entra dans la demeure de son jeune frère, et le trouva étendu mort sur sa natte. Il pleura lorsqu'il aperçut son jeune frère étendu mort. Puis, il sortit pour chercher le cœur de son jeune frère sous le Cèdre spus lequel celui-ci couchait le soir. Il passa trois années à le chercher sans le trouver. Comme il commençait la recherche la quatrième année, son cœur désira revenir en Egypte ; il dit : « je partirai au matin.» Ainsi dit-il en lui-même [Litt. : en son cœur] .
Le lendemain, lorsqu'il fit jour, [Anubis] alla sous le Cèdre et passa son temps à chercher [le cœur]. Il revint au soir et s'occupa à le chercher de nouveau ; il trouva un fruit et le re-
tourna par dessous ; le cœur de son jeune frère était là. Il apporta un vase d'eau fraîche, y jeta le cœur et s'assit selon son habitude de chaque jour. Lorsqu'il fit nuit, le cœur ayant
14 absorbé l'eau, Baïta frémit dans tous ses membres ; il se mit à
regarder son frère aîné, mais son cœur était comme en paralysie. Anubis, le frère aîné, prit le vase d'eau fraîche dans lequel était le cœur de son jeune frère ; celui-ci ayant bu [l'eau], son cœur revint à sa place, et il redevint tel qu'il avait été. Ils s'embrassèrent l'un l'autre et se mirent à converser ensemble. Baïta dit à son frère aîné : « Vois ! je vais prendre la forme d'un grand taureau ayant toutes lçs bonnes couleurs, mais dont on ne connaîtra pas la nature. Toi, tu t'assiéras sur mon dos, et dès que le soleil luira, nous serons dans le lieu où est ma femme, et je l'accuserai de trahison. Toi, tu me conduiras à l'endroit où est le roi. Certainement, on te fera toute bonne chose, et l'on te chargera d'argent et d'or pour m'avoir conduit à Sa Majesté, car je serai une grande merveille et l'on se réjouira à cause de moi dans le pays tout entier ; puis, tu t'en retourneras à ton village » .
15 Le lendemain, lorsqu'il fit jour, Baïta prit la forme [d'un taureau], ainsi qu'il l'avait dit à son frère aîné. Anubis, le frère aîné, s'assit sur son dos, au lever du soleil, et arriva à l'endroit où était le roL
On en prévint Sa Majesté qui vint regarder [le taureau] et fut dans une joie extrême. Elle lui fit une grande oblation, en disant : « C'est une grande merveille, celle qui est arrivée ! » et Ton s'en réjouit dans le pays entier. On chargea d'argent et d'or le frère aîné, qui s'établit dans son village. On donna [au taureau] beaucoup d'hommes et beaucoup de choses, et Sa Majesté l'aima extrêmement, bien plus que toute personne dans le pays entier.
Quelque temps après, [le taureau] entra dans le sanctuaire, se tint à l'endroit où était l'Auguste Favorite, et se mit à lui parler en ces termes : « Vois ! je vis bien réellement* » Elle lui
dit : « Toi, qui es-tu donc ?» Il lui répondit : « Je suis Baïta. Tu savais que je cesserai de vivre si tu faisais détruire par Sa
16 Majesté le Cèdre qui tenait lieu de moi. Vois ! je vis bien réellement; je suis taureau. »
L'Auguste Favorite fut extrêmement effrayée de la déclaration que lui avait faite son mari. Celui-ci sortit du sanctuaire.
Le roi se mita faire un jour de fête avec [l'Auguste Favorite]; elle était à la table de Sa Majesté, qui se montrait extrêmement bonne pour elle.
Elle dit à Sa Majesté : «Jure-moi par Dieu, disant: « Quelque chose que demande [l'Auguste], je la lui accorderai.» 11 consentit à tout ce qu'elle demandait. « Fais-moi manger le foie (?) du taureau, car il ne sert à rien. » Ainsi lui dit-elle. Le roi fut extrêmement affligé de ce qu'elle avait dit, et son cœur en fut très-malade.
Le lendemain, lorsqu'il fit jour, on célébra une grande fête avec oblations au taureau ; puis, l'on fit pattir l'un des premiers contrôleurs royaux pour faire tuer le taureau. Or, après qu'on l'eût fait abattre, et lorsqu'il était entre les mains des hommes, il secoua son cou et lança deux gouttes de sang du côté des deux pylônes de Sa Majesté ; l'une d'elles tomba d'un côté de la grande porte du roi, et l'autre de l'autre côté. Elles
17 poussèrent en deux grands perséas, et chacun d'eux était remarquable.
On alla dire à Sa Majesté : « Deux grands perséas ont poussé par miracle à Sa Majesté, cette nuit, près la grande porte de Sa Majesté». Tout le pays s'en réjouit et on leur fit des offrandes.
Quelque temps après, le roi, portant le pectoral de lapis, ayant£une guirlande de toute espèce de fleurs à son cou, était sur son char d'or et sortit du palais royal pour voir les perséas. L'Auguste Favorite sortit sur un char à deux chevaux, à \a
suite du roi.
Sa Majesté, s'étant arrêtée sous l'un des perséas, [l'autre] se mit à parler à sa femme [à celle qui fat^ la femme de Baïta] ;
Ah ! traîtresse ! Je suis Baïta et je suis vivant ; tu est déçue. Tu savais bien que si tu laissais abattre par le roi ce qui tenait lieu de moi, alors que j'étais taureau, c'est comme si tu me faisais tuer. »
Quelque temps après, l'Auguste Favorite se tenait à la table du roi, qui se montrait bon pour elle. Elle dit à Sa Majesté : « Jure-moi par Dieu, en disant : « Quelque chose que fasse et que me demande l'Auguste Favorite, je la lui accorderai. Disle ! » Il consentit à tout ce qu'elle demandait. Elle dit : « Qu'on
18 coupe les deux perséas et qu'on en fasse de beaux meubles ! » Il accorda tout ce qu'elle demandait.
Quelque temps après, Sa Majesté fit partir des ouvriers habiles. On coupa les perséas "du roi, l'épouse de Sa Majesté, l'Auguste Favorite, se tenant là regardant [l'opération]. Un copeau s'envola et entra dans la bouche de l'Auguste Favorite. Alors elle s'aperçut qu'elle était devenue enceinte. [Quant aux perséas], on en fit tout ce qu'elle voulut.
Quelque temps après, elle mit au monde un enfant mâle. On alla dire au roi : « Il t'est né un fils !» . On l'apporta, on lui donna une nourrice et des gouvernantes, et l'on s'en réjouit dans le pays tout entier. Le roi se mit à faite un jour de fêfe, et Ton en établit un en son nom. Le roi l'aima à l'excès sur l'heure. Il l'éleva à la dignité de Fils Royal de Koush.
19 Quelque temps après, Sa Majesté le nomma prince héritier du pays entier.
Après bien des années, lorsqu'il avait passé beaucoup [d'années] comme prince héritier, le roi s'envola au^ciel. Le prince dit : « Que l'on introduise auprès de moi mes grands chefs royaux, que je leur fasse connaître tous les événements qui me sont arrivés. » On lui amena sa femme et il s'expliqua avec elle en leur présence. Il s'éleva un cri parmi eux.
Puis on lui amena son frère aîné, et il le fit prince héritier de son pays tout entier. Il régna trente ans sur l'Egypte. Ayant terminé son existence, son frère aîné occupa sa place, le jour même de son inhumation.
C'est fini heureusement et paisiblement.
De la part du Scribe Kakebou du Trésor royal, du Scribe Hora, du Scribe Meri-em-ap.
Fait par le Scribe Ennana, maître des écrits.
Quiconque parlera sur cet écrit, que Thoth lui soit un compagnon hostile !