‹ Choix de textes égyptiensChapitre 6 sur 12 · PAPYRUS DE BERLIN N° V · texte numérisé non relu

PAPYRUS DE BERLIN N° V

Ce texte a été traduit une première fois par F. Chajba.s dans la Bibliothèque internationale universelle, Paris 1870, Vol I, p. 175, puis par G. Maspero dans son Histoire ancienne des peuples de l'Orient, p. 33 et suiv. Paris, 1875. [P. J. de H.].

Ligne 1 Adoration à Ra-Har-em-Akhou à la pointe du jour. On dit : Que ton lever est beau, ô Ammon-Ra-Har-em-Akhou ! Tu t'éveilles triomphant, ô Ammon-Ra, seigneur du double

horizon ! *.

O toi qui es le bon, le resplendissant, l'éclatant ! Ils voguent, ces tiens nochers qui sont les Akhimou-Oértou ! Ils naviguent, ces tiens nochers qui ^sont les Akhimou-Sekou ! *. Tu parais, tu t'élèves, tu culmines dans ta beauté. Elle avance, ta barque, [celle] dans laquelle tu navigues, Toi, le justifié de ta mère, la déesse Nou 3 , chaque jour. Tu atteins le sommet du ciel, et tes adversaires sont abattus ; Tu tournes ta face vers l'occident, et tes os sont éprouvés, Tes membres organisés ; vivantes sont tes chairs, 8 Solides sont tes veines, forte est ton âme. Ton auguste puissance divine est adorée ; Ta Majesté est accompagnée sur les voies des ténèbres ;

Le nom de Har-em-akhou signifie Horus aux deux Tiorisons. C'est le soleil dans toute retendue de sa course diurne. Les Grecs ont fait de ce nom le

dieu Ap//a^iç. Ce dieu s'assimile d'ailleurs à toutes les autres formes solaires ; il est ici identifié avec Ammon-Ra.

Les Akhimou-Oértou et les Akhimou-Sekou sont des personnages qu'on voit, dans certaines scènes mythologiques, tirer à la cordelle la barque du soleil.

La déesse Nou représente la voûte céleste.

Tu entends l'appel des dieux de ton cortège, derrière ton arche ; En allégresse sont les nautoniers de ta barque ; Leur cœur est inondé de douceur, [car] le seigneur du ciel est

comblé de joie.

Les divins seigneurs du ciel inférieur sont en exultation ; les

dieux et les hommes en acclamations, Adorant Ra qui est sur son pavois, le justifié de sa mère, la

déesse Nou.

Leurs cœurs sont inondés de douceur, [car] Ra a abattu ses

ennemis.

Le ciel est dans l'allégresse, la terre, dai\s la joie; les dieux et

les déesses, en fête,

10 . Afin de rendre gloire à Ra-Har-em-Akhou, lorsqu'ils le voient

monter dans sa bari, et renverser ses adversaires à son heure.

L'arche est en sûreté, [car] le serpent Mehen est à sa place *.

L'Aspic Aara frappe les adversaires *.

Oh ! rejoins ta mère, la déesse Nou, toi, seigneur du ciel, toi,

qu'on vénère avec crainte !

La satisfaction dans les entrailles, Isis B et Nephthys sont relevées lorsque tu sors du sein 4 de ta mère, la déesse Nou. Oh ! brille, Ra-Har-em-Akhou ! brille, toi, le brillant, le resplendissant ! Triomphe de tes ennemis !

Fais ouvrir l'arche de ta bari ! détourne de toi l'impie, à son

heure ! qu'il ne te rejoigne pas un seul instant. * Anéantis le courage de tes adversaires !

1 Le serpent Mehen enveloppe de ses plis le soleil dans sa barque, et lui sert

ainsi de défense.

3 L'aspic Aara, [l'Uraeus], placé devant les coiffures des dieux ou des pharaons,

est considéré comme un emblème de la force divine dont ils sont supposés doués pour exterminer les coupables ou les ennemis.

3 Le texte écrit ici Osiris ; c'est une erreur facile à commettre en hiératique.

4 L'expression égyptienne désigne plus spécialement l'organe.

5 Littéralement : pendant la durt'e d'un instant.

L'ennemi de Ra tombe dans le feu de la désolation, lorsqu'il

revient à ses heures ; * 24 Les enfants de la révolte ne l'emportent pas ; Ra maîtrise ses

ennemis.

Les égarés de cœur * tombent frappés du glaive. #

Fais vomir au serpent Sou ce qti'ii a mangé ! 3

Sois relevé, ô Ra, au milieu de ton sanctuaire !

Que puissant soit Ra ! Que débiles soient les impies !

Qu'élevé soit Ra ! Que bas soient les impies !

Que vivant soit Ra ! Que morts soient les impies !

Que grand soit Ra ! Que petits soient les impies !

Que rassasié soit Ra ! Qu'affamés soient les impies !

Qu'abreuvé soit Ra ! Qu'altérés soient les impies !

Que brillant soit Ra ! Que ternes soient les impies !

Que bon soit Ra ! Que mauvais soient les impies !

Qu'opulent soit Ra ! Que misérables soient les impies !

Que Ra soit frappant du glaive le serpent Apap [Apophis] ! 4 32 Ra ! accorde la plénitude de la vie au Pharaon !

Accorde la nourriture à ses entrailles, l'eau à son gosier, le

divin parfum à sa chevelure ! 8

1 Cette expression : à son moment, à son heure, est d'occurence fréquente dans

le style égyptien. Il s'agit ici de la lutte perpétuelle, renouvelée chaque jour, entre le Soleil, principe du bien, et le Serpent, principe du mal. Le Soleil triomphe chaque jour, mais la lutte est éternelle.

2 Les égarés de cœur. C'est une désignation ordinaire des impies, des ennemis

du Soleil.

3 Cette image, quoique grossière, est d'une grande énergie. Se serpent Sou est

Set, l'adversaire d'Osiris.

4 Ce texte forme une litaine à contrastes, fort importante pour la lexicologie

égyptienne.

5 Dans le Conte des deux frères, il est question d'un parfum dont était impré-

gnée la chevelure d'unejeunc fille formée par les dieux. Ce parfum était un indice de divinité ; c'est sans doute celui qui s'échappait du corps d'Isis, au dire de Plutarque, et qui fut communiqué aux jeunes filles coiffées par la déesse. L'odeur aber y dont il est ici question, est mentionnée par les textes hiéroglyphiques comme employée pour parfumer les vêtements des déesses. Le m^me aromate servait aussi de remède pour les maux d'oreilles.

l'excellent Ra-Har-em-Akhou ! navigue avec lui en triomphe !* Ceux qui sont dans ta divine bari sont dans l'allégresse ; troublés et confus sont les impies.

Un bruit de réjouissance est dans le lieu grand ; L'arche de la barque est en allégresse ; exultation dans la bari

des millions d'années. * Les nochers de Ra, leur cœur est inondé de douceur ; ils aperçoivent Ra, qui, lui,* se réjouit au haut du ciel. Ifis grands ordres divins, comblés de joie, sont à rendre gloire à la grande bari divine, à adorer dans le mystérieux

sanctuaire.

Oh! brille, Ammon-Ra-Har-em-Akhou, qui s'est formé lui-même.

Les deux sœurs sont debout à l'Orient. Accorde qu'elles soient

40 accueillies, qu'elles soient portées dans ta bari, cette

bonne bari de toutes les délices.

Ra, qui procrées le bonheur ! Viens, ô toi, Ra qui s'est formé

lui même !

Fais que le Pharaon reçoive les offrandes dans Habenben 5 sur

les autels du Dieu dont le nom est caché !

Honneur à toi, vieillard qui sort à son heure, qui possède des

faces nombreuses ; Urœus produisant le rayonnement qui détruit les ténèbres ! Toutes les voies sonl remplies de tes rayons. C'est à toi que les singes sacrés présentent ce qui est dans leurs

mains ; *

1 L f hymne demande que le roi soit admis à faire partie de l'équipage de la bar-

que du Soleil.

2 C'est le nom de la barque solaire.

3 Suivant M. Brugsch, Habenben serait le temple du phénix à Héliopolis. Le dé-

terminatif employé dans notre texte montre bien qu'il s'agit de l'oiseau Bennou.

4 Ceci fait allusion à la scène que j'ai figurée et expliquée dans le Papyrus

Magique Harris, p. 91.

Ils te célèbrent par leurs chants et par leurs danses ; Ils te consacrent les bénédictions de leurs formules ; Ils s'y appliquent au ciel et sur la terre ; Ils sont conduits à tes gracieux levers ; 48 Us t'ouvrent * les portes de l'horizon occidental du ciel ;

Ils réunissent Ra, en paix et en allégresse, à ta mère ", la

déesse Nou.

Ton âme divine porte son examen sur ceux qui sont dans le ciel

inférieur, Et les âmes divines sont dans le ravissement dans l'un et l'autre

temps 5 .

Tu as donné le fléau qui tue, et tu as adouci la souffrance

d'Osiris ; Tu as donné le souffle à ceux qui étaien t dans la vallée [funéraire] ; * Tu as illuminé la terre, alors qu'elle était dans les ténèbres ; Tu as adouci la souffrance d'Osiris, Et ceux qui existent goûtent le souffle respiratoire ; 5 Ils te célèbrent par leurs acclamations et par leurs danses, Sous cette forme qui est la tienne, de Seigneur des formes. Ils adressent des adorations à ta puissance, Sous ton apparence, cette apparence magnifique de Matin 6 .

1 Au lieu de l'expression ouvrir, le texte emploie une variante, le mot enlever,

détruire.

2 On- s'attendait à lire : sa mère et non ta mère. Cependant cette tournure est

correcte ; c'était même une élégance de style dont les exemples abondent.

3 Cette expression désigne le jour et la nuit.

4 II s'agit ici des mort*. Le texte dit seulement dans la vallée. Mais on voit par

une foule d'exemples recueillis dans les excellentes publications de M. Dumichen, que le mot an, vallée, gorge de montagne, remplace souvent les expressions occident, ciel inférieur, etc. pour désigner le tombeau.

5 Ce texte est très- remarquable : Ammon y remplit le rôle du dieu unique ; les

soins qu'il donne à Osiris sont l'emblème de la création et de la conservation des êtres.

Le chapitre XVII du Rituel explique, en effet, que Ra est le matin, c'est-àdire, la vie qui commence. Osiris est le passé, la vie qui s'est achevée et qui recommence par l'action de Ra. .

Les dieux tendent leurs bras vers toi, eux qu'a enfantés ta

mère, la déesse Nou.

Viens au Pharaon ! accorde-lui sa félicité dans le ciel et sa

puissance sur la terre !

Ra ! en toi se réjouit le ciel ! Ra ! devant toi la terre est dans la crainte ! toi l'excellent Ra-Har-em-akhou !

58 Tu as soulevé le ciel en élevant ton âme divine ;

Tu as caché le ciel inférieur dans tes mystiques emblèmes ; Tu as élevé le ciel à la longueur de tes bras ; Tu as élargi la terre par ton embrassement ; 4 Tu as réjoui le ciel par la grandeur de ton âme ; La terre est saisie de crainte devant toi à cause de la sainteté

de ton image divine.

Épervier auguste, à l'aile de tahen ! " Divin oiseau symbolique, aux couleurs multiples ! Grand lion divin, se protégeant lui-même !

Toi, qui rends accessibles les voies de l'arche divine ! Ton rugissement frappe tes ennemis et fait avancer la grande

bari divine.

Par toi, les hommes se livrent à l'allégresse ; les dieux te

redoutent ; Par toi les impies tombent sur leurs faces.

Coureur du ciel qu'on ne saurait atteindre, Qui illumines la terre à ta naissance, Qui es plus élevé que les dieux et les hommes, Brille pour nous, qui ne connaissons pas ton image ! Sois donné à notre face, à nous, qui ne connaissons pas ton

corps ! 5

1 Le ciel soulevé, la terre étendue au-dessous, tel est le premier tableau de la

Genèse égyptienne.

2 Le tahen est un minéral précieux, peut-être le cristal de roche.

3 Le poëte égyptien constate ici que la véritable image du dieu reste inconnue ;

toutes les figures sous lesquelles on le représente ne sont que des symles.

toi l'excellent Ra-Har-em-akhou !

68 Tu t'approches, toi, le mâle pour les femmes, .... l'épervier d'or ; Taureau la nuit, seigneur le jour ; beau disque de mafek, * Roi du ciel, chef suprême sur la terre, divin symbole à l'horizon céleste !

71 C'est Ra, qui a créé les êtres, Totnen, qui donne la vie aux

intelligents.

Le mafek est un métal ou un minéral. On a d'abord pensé que c'était le cuivre natif. M. Brugsch a trouvé au Sinaï des mines de turquoises en exploitation, 'dans le même lieu où s'exploitait, jadis, le mafek, et il propose de traduire mafek par turquoise. Cette solution s'accorderait peu avec la comparaison qu'emploie notre texte.

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